‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 120 sur 226 · Les Moines d'Occident, 5e édition, t. II, p · texte numérisé non relu

Les Moines d'Occident, 5e édition, t. II, p

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une semaine. Ce fut une première couche de terre labourable, d'un mètre environ de profondeur ; puis un banc de terre glaise de quatre à cinq mètres. Sous la terre glaise on rencontra du gravier et du sable... L'eau jaillit, abondante et bonne. Les sauvages n'en revenaient pas et ils se disaient les uns aux autres : « Le Missionnaire voit loin ! »

Entre temps, le P. Verjus apprend la langue mot par mot, se fait un petit dictionnaire, et, surtout, soigne les malades. Dès les premiers jours, les sauvages, voyant qu'il avait des remèdes, accoururent en foule. Les uns étaient couverts de larges plaies, malpropres et mal soignées. D'autres avaient le feu dans le corps, — c'est ainsi qu'ils nomment la fièvre ; d'autres enfin toussaient de façon déchirante. A chacun, et avec, à défaut de langage, « force gestes pour explication », l'infirmier donnait son remède.

C'est principalement à la guérison des plaies qu'il s'appliqua. Sous ce climat brûlant, le sang se corrompt vite. Une égratignure, négligée et non couverte, s'envenime et produit l'inflammation de tout un membre. Les sauvages cautérisent les plaies des enfants avec des pierres rougies au feu. Imaginez le martyre des pauvres patients ! Comme ils ne savent pas soigner la plaie qui résulte de la brûlure, le remède est souvent pire que le mal. Avec de l'eau fraîche et de l'eau phéniquée, le P. Verjus en vint plus promptement à bout. Les sauvages comprirent que la propreté est un grand remède, et ils s'étonnaient de ne l'avoir pas deviné tout seuls. Si la maladie est interne, ils ont recours à la sorcellerie. On se réunit autour de la cabane, la nuit. Une femme prend des herbes, elle les mâche fort et longtemps; puis elle rentre dans la maison d'un air mystérieux. Là, elle expectore sa mastication sur la partie malade et frictionne hardiment. Cependant, au dehors, les compagnons de l'empirique chantent une chanson lamentable sur un air plus lamentable encore. Si l'in-

firme a la fièvre, deux femmes entrent dans la hutte, et, prenant le malade, elles le pétrissent, littéralement, comme nous faisons de la pâte, des pieds à la tête. L'opération a pour but de chasser le principe morbide qui doit sortir par la bouche. Quand le patient est baigné dans sa sueur et brisé, il est, disent-elles, en voie de guérison, et elles se retirent. La bonté du P. Verjus pour les malades insensiblement lui attirait les cœurs. « Quand pourraisje, écrivait-il, leur donner le grand remède1, le saint baptême ? »

Ce n'est pas que, de temps en temps, les sauvages ne lui jouassent des tours. Un soir on lui déroba ses clefs. Le lendemain, c'était dimanche. Pas de clef pour ouvrir la chapelle portative. Point de messe. En désespoir de cause, le P. Verjus va se plaindre au chef. « Eh ! missionnaire, répond Raouma sans s'émouvoir, je sais bien que depuis hier tes clefs te manquent. C'est Goaé qui les a volées. » Goaé est un vieux qui demeure en face de la cabane des Missionnaires, au milieu des bananiers. Tandis que le P. Verjus travaillait au milieu de la vallée, Coaé s'était emparé du petit trousseau. « Comment, Raouma, reprit le Père, tu le sais et tu ne me le dis pas ! Tu n'es pas un chef! » Un peu piqué, le sauvage crie à tue-tête du haut de la colline, en s'adressant à sa femme qui était de l'autre côté de la vallée. La femme répond sur le même ton et ce dialogne à distance continue assez longtemps. La conclusion fut celle-ci : la femme de Raouma avertira le vieux Coaé que son vol est connu du Missionnaire et qu'il ait à rendre les clefs sur-le-champ. Le voleur, un peu intimidé par tout ce ramage, fit porter le trousseau par son cousin Tooro ; puis, dans la journée, il aborda luimême le P. Verjus. « Tu es mauvais, Coaé, lui dit le Père. Pendant deux jours, tu ne remettras par les pieds sur la porte du Missionnaire. » Coaé s'en alla tout confus ; mais, les deux jours écoulés, il revint et s'accroupit sur la

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