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cette voile qui approchait, je pus distinguer YEllangowan, le voilier des missionnaires protestants. » Le Père courut cependant à la maison, et, à l'entrée du bateau dans le port, il lui fit, avec le drapeau du Sacré-Cœur, les saints ordinaires de politesse, désirant aller à bord et lui remettre son courrier pour le P. Navarre lequel, sans doute combattait à Thursday pour secourir ses frères. L'Ellangoar/u ne s'arrêta pas. Tout en marchant, il correspondit avec le catéchiste protestant qui l'avait accosté avec sa barque, puis il vira de bord et disparut.
Aux approches du 15 août, les trois religieux commencent une neuvaine pour obtenir du Ciel enfin quelque secours. Hélas ! ils ne sont pas au bout de cette cruelle épreuve. Le 14, dans l'après-midi, le Frère cuisinier dit au Père Verjus : « Père, il n'y a plus rien, absolument rien, pour ce soir et pour demain. — Comment cela ? Il n'y a que quelques jours, nous avons acheté des patates douces. — C'est vrai, Père, mais il n'en reste que trois ; après quoi, on pourra balayer la maison. — Que le bon Dieu soit béni ! Puisque nous voilà désespérés, c'est son affaire. Vous, frère Salvatore, récitez un Ave Maria, coupez quelques têtes de clous, puisqu'il n'y a plus de plomb, et partez pour la chasse. De mon côté, j'irai au village, et j'espère rapporter quelques fruits. » Chemin faisant, le pieux Missionnaire pria Notre-Dame du Sacré-Cœur de ne pas les laisser périr... Le Frère revint avec une poule et un perroquet, le Père avec un petit sac de patates. Ensemble, ils remercièrent leur chère bienfaitrice, et le lendemain, en grande liesse, ils firent fête.
Voici ce que nous lisons dans le Journal, à la date de l'Assomption : « Toutes les années, cette fête a été bonne pour moi. Cette année, je suis en Mission ; quel bonheur ! Il est vrai que la Croix du bon Jésus nous visite. Mes enfants sont malades et nos provisions s'épuisent. Encore quelques jours et ce sera la fin. Mon Dieu, malgré la terreur que cette pensée m'inspire, je suis heureux ; car. maintenant plus que jamais, je suis entre vos seules.
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mains. — Ce matin, j'ai bien prié. Ce soir, j'ai fait reposer mes enfants et, pendant ce temps, j'ai fait mon chemin de Croix. Nous sommes allés ensuite au bord de la mer pour y faire la lecture spirituelle et parler un peu de Notre-Dame du Sacré-Cœur. Pour la première fois, aujourd'hui, son drapeau flotte à côté de celui du Sacré-Cœur. »
Quelques jours après, le Père jette le grand cri de détresse : « Seigneur, sauvez-nous, nous périssons1! » Que faire? Aller dans la grande terre, en pleine Nouvelle - Guinée, « chercher à manger ».
Au moment de partir, il est obligé de s'aliter, en proie à une fièvre qu'il ne peut maîtriser. « Mon Dieu, que d'épreuves ! Je suis au lit, mes deux Frères également, plus malades que moi peut-être. Domine, ad adjuvandum me festina. » Le 23, en la fête du Saint-Cœur de Marie, il écrit : « Je suis guéri, me semble-t-il. Les Frères vont mieux. Le bon Maître est admirable à nous doniler jour par jour notre petite nourriture. C'est un miracle perpétuel, car nous n'avons absolument plus rien. » Puisque le bateau n'arrive pas, il faut aller sur la terre ferme et y acheter des provisions pour un mois.
Mais, deux difficultés se présentent. Point de barque et plus d'objets d'échange. D'autre part, lés habits sont en lambeaux. Le frère Nicolas qui devait accompagner le Père, traîne aux pieds on ne sait quoi qui fut jadis une paire de souliers. Ses genoux passent à travers son pantalon. Son chapeau n'a ni forme ni couleur. Le P. Verjus est à peu près dans le môme costume. Voilà pour les personnes. Comment s'embarquer? Le chef Raouma avait bien vendu aux Missionnaires une vieille pirogue; mais, s'il n'en avait plus la propriété, il s'en réservait l'usage. Or, précisément en ce moment où ils en avaient un besoin