Dieu voit le cœur... Il sonde les reins
n'ai pas assez profité de la grâce d'être en Mission. Je ne suis pas meilleur. Mon amour-propre gâte tout à mesure. Oui, l'amour-propre est au fond. Je le vois et ne lui tords pas le cou par une de ces humiliations comme les saints savaient s'en imposer. Parce, Domine, parce fîlio tuo. Miserere l. » Le lendemain, 1er janvier 1886, il reprend la plume : «Vive le bon Maître! J'ai fait une bonne direction avec le R. Père supérieur. Il faut que je sois humble. Je ne sais pas encore ce que c'est que V humilité du cœur. Je ne suis pas encore bien aise d'être humilié, et il faut l'être pour être humble. Je dois donc remercier le bon Dieu et me soumettre à tous et être heureux d'être méprisé. Vive Jésus! Il me semble que je suis bien maintenant dans ces dispositions. » Et, de plus en plus, le pieux Missionnaire s'adonne à l'étude et à la pratique de l'humilité : « Il faut que j'y arrive coûte que coûte, sous peine de nullité. La nullité pour un prêtre équivaut à la damnation. Oui, il faut que je sois humble. Sans quoi, jamais le bon Maître ne se servira de moi. » La pauvreté aussi lui est chère, au point qu'en plusieurs rencontres il s'est réjoui de manquer du nécessaire. « Je suis heureux, disait-il, d'avoir été à même d'observer mon vœu de pauvreté dans toute son étendue2. » N'avoir pour se couvrir que des haillons, manquer de pain, manquer de tout et se complaire dans ce dénuement, c'est l'un des traits les plus saints de l'amour, et, qui ne le sait? Jésus, le Fils de l'Homme, qui n'avait pas où reposer sa tête, en a voulu marquer ses élus. Saint François Xavier, notamment, est mort dans ce bienheureux état.
Le P. Verjus ne s'en tenait pas à la pauvreté extérieure. Il donnait à cette vertu une portée et une profondeur peu communes. Ce qu'il appelle « la pauvreté intérieure » doit aller jusqu'au renoncement complet, jusqu'à l'immolation radicale de tout l'être. « On a lu ce soir de belles choses sur la pauvreté dans le Manuel du religieux du Sacré-
1. Pardonne/., Seigneur, pardonnez à votre enfant. Ayez pitié de lui.