‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 133 sur 226 · Journal, 25 janvier · texte numérisé non relu

Journal, 25 janvier

Tous sont trempés jusqu'aux os. On va faire une tente. Avant qu'on ait pu la dresser, éclale un autre orage. On travaille quand même. Avec les voiles du bateau, on a fait un abri, rudimentaire sans doute, mais suffisant. On allume trois grands feux que deux hommes vont entretenir pendant la nuit. On change de vêtements. On se réchauffe. On boit un peu de café. On prépare des lits quelconques. Le soir vient. On remercie Notre-Seigneur et saint Joseph. On s'endort.

Au réveil, impossible de remettre à la voile. La mer est toujours mauvaise. La journée se passe sous la tente ou à la chasse : a La fièvre me prend », note le P. Verjus, et il ajoute : « Bonté de Dieu * ! » C'est mercredi, jour consacré à saint Joseph. On l'a bien prié. On doit pouvoir partir. En effet, on lève l'ancre vers six heures et demie.

On franchit l'île Double. On vogue par un bon vent. La brise dut tomber dans la journée ; car, à onze heures du soir, on n'était encore qu'à l'île du Bateau-Brisé, près de l'île du Mont-Ernest. Il y a partout dans ces parages de formidables récifs, notamment de Pipenipe-Rock. Le'capitaine a pris, pour l'éviter, mille précautions; mais, comment, à la pâle clarté d'un rayon de lune, se diriger à travers tous ces écueils? Au moment où, croyant l'avoir heureusement évité, le capitaine a hissé toutes les voiles, il l'aperçoit à quinze pas du bateau. Qu'on imagine son épouvante ! « Saint Joseph aime le Pie-IX, écrit tranquillement le P. Verjus2; il nous a sauvés. » On aurait voulu aborder à un banc de sable que l'on savait par là, pour y passer la nuit. Personne ne l'aperçoit. Le capitaine se décide à virer sur un îlot où l'on jette l'ancre à deux heures et demie du matin. Le P. Verjus n'écrit qu'un mot dans son Journal : « Jamais passage plus dangereux 3. » On descend sur la grève. On s'installe, comme on peut, sous deux gros arbres, et telle fut la seconde nuit. Au matin,

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