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Journal, 28 mars

LES PREMIERS MOIS d'aPOSTOIAT 317

pour la recevoir, quand le Père, tranquillement, lui dit : « Bouré, tu as menti! Tu ne l'auras pas. » Le sauvage se retira, un peu triste, mais bien convaincu que le Missionnaire détestait le mensonge.

La juste horreur que le P. Verjus avait de la secte hérétique ne l'empêchait pas d'être serviable aux protestants. Un jour, Hénéré n'a ni sel ni tabac. Il en demande au Missionnaire catholique. « J'ai été tout heureux, écrit le Père, de rendre en sa personne à la Mission protestante le secours qu'elle m'avait apporté naguère, alors que j'étais aussi dans la disette. »

Ce jour-là, 20 mars, le Père apprend de mauvaises nouvelles de la bouche du « teacher ». Les protestants ont fait l'acquisition d'un nouveau navire, le John -William, un trois-màts qui doit débarquer prochainement à Port- Moresby de nombreux catéchistes. Le bruit se confirme qu'un « teacher » va s'établir à Yule et d'autres le long de la côte, jusqu'à Motou-Motou. De plus en plus le Père soupire après la venue du R. P. Navarre. La présence du « grand chef de la Mission » produirait un effet merveilleux et ferait échouer bien des intrigues. Mais, qui oserait conseiller au P. Navarre d'affronter sur le Pie-IX, frêle et misérable esquif, l'effroyable traversée de Thursday à Rabao? [1 faudrait un autre bateau, au moins un « shooner » pourvu d'une cabine1. Là Providence y pourvoira bientôt.

Une autre raison des impatients désirs qu'avait le Père de voir enfin débarquer son supérieur, c'est que la provision d'autel s'épuisait. Dire la sainte messe, c'est la joie quotidienne du prêtre, son festin matinal, son réconfort. Et voilà le P. Verjus réduit à « économiser » ses hosties ! Quelle souffrance pour cette âme que nous pouvons bien appeler eucharistique! Dès son retour en Nouvelle-Guinée, le fervent Missionnaire n'a eu de repos que lorsqu'il a pu faire à Notre-Seigneur une place dans sa cabane.

1. Lettre du R. P. Durin au T. R. P. Chevalier, datée de Thursday, février ou mars 1886. Annales de Notre-Dame du Sacré-Cœur, numéro de juin de la même année.

318 l'apôtre

« Nous avons le Très Saint Sacrement. Quel privilège ! Si les saints l'avaient eu, quel profit! 0 mon Dieu, que je n'abuse point de cette nouvelle et immense grâce ! Gardeznous. Protégez-nous, mon Sauveur. Vous seul êtes ici notre soutien1. » Le même jour, le Père reprend la plume pour redire sa triomphante allégresse : « Après bien des épreuves de tout genre, le bon Maître veut nous consoler divinement. 11 est là, près de moi, au moment où j'écris ces mots. Quelle joie inonde mon pauvre cœur! Quelle consolation! Vive, vive le bon Jésus! Malgré notre pauvreté extrême, spirituelle et temporelle, il daigne habiter avec nous ! » — « Le bon Jésus me fait la grâce de le désirer de plus en plus. Mon Dieu, oui! tout pour vous. Je jouis à plein cœur d'être en Mission... Il me semble que le bon Maître m'attire de plus en plus à sa divine connaissance. Jamais je n'ai tant goûté les choses de Dieu, des âmes, l'oraison, la réparation, la souffrance. Merci, mon Jésus! Doce me orare2. Plus que jamais je veux être tout à vous, de plus en plus, de mieux en mieux, partout, en tout et toujours. Tout pour Jésus par ma Mère Marie... Les travaux de la nouvelle maison avancent. Il me tarde d'y loger mon bon Jésus, bien qu'il m'en coûte de me séparer de lui. Nous sommes si bien ensemble ! Mais, je prendrai une petite cellule tout près de lui. Une cloison d'herbes sèches sera seule entre lui et moi. Et encore, à côté de ma table de travail, je ferai une petite fenêtre pour le regarder de temps en temps ; une porte conduira de ma cellule chez lui. Je ferai de même pour l'appartement du R. P. Supérieur. Le bon Jésus sera entre nous deux \ » Voilà le fond candide de cette belle âme. « Avec Notre- Seigneur au milieu de nous, écrivait-il en ce temps-là au T. R. Père général, nous sommes en Paradis*. » Effectivement, la finale de celte lettre est comme une strophe de

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