‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 142 sur 226 · Lettre du 15 février · texte numérisé non relu

Lettre du 15 février

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cantique : « Malgré les immenses distances qui nous séparent, mon cœur est souvent près de vous et de tous nos Pères d'Europe. Sur les fleuves, sur la mer, au milieu des bois, je pense à tous, et je suis tout fier et tout heureux de redire mille et mille fois dans ces solitudes qui n'ont jamais entendu le nom de Dieu la belle devise que vous nous avez donnée et qui résume notre apostolat : « Aimé soit partout le Sacré Cœur de Jésus! » Partout je la redis, partout je sème la médaille de notre mère, Notre- Dame du Sacré-Cœur; et tout cela, je le fais en votre nom, montrés révérend Père, et à votre intention. » Ce ne sont pas seulement les médailles de Notre-Dame qu'il sème dans les cases, comme le laboureur sème le grain dans les sillons, mais les images du Sacré Cœur. « Un petit progrès de nos chers sauvages : ils comprennent maintenant ce que c'est qu'une image. Ils aiment beaucoup celle du Sacré Cœur, que je leur ai donnée. Ils ont promis de la baiser avant de se coucher et en se levant, après avoir fait le signe de la croix. Ils n'ont pas encore des idées bien claires en fait de doctrine; mais déjà ils savent et entendent que nous sommes « les envoyés de Jésus », et que partout, en faisant le signe de la croix, ils seront reconnus et respectés comme fils de Jésus et du Missionnaire. » Pour mieux faire comprendre le Sacré Cœur, il plante la croix. Pour glorifier Notre-Dame, il hisse son drapeau au haut d'un mât et il le fait flotter dans les airs à de certains jours plus solennels, le 25 mars par exemple, anniversaire de la fondation de la Petite-Œuvre, et il écrit : « Je me suis uni à tous nos chers enfants. C'est leur belle fête. Heureuse fête, que de bons souvenirs tu me rappelles! Saint Père Vandel, jouissez, jouissez ! Le bon Jésus est dignement glorifié par votre œuvre. Vos enfants sont grands et nombreux. Bénissez-les. Obtenez-leur votre esprit de douceur et d'humilité. Que tous soient des saints, et que beaucoup viennent un jour dans nos chères Missions ! » Un dernier mot conclura le récit de ces trois premiers mois de Mission : « (A l'exemple de sainte Madeleine de Pazzi), désirant

L APOTRE

aimer beaucoup notre bon Jésus, le lui témoigner et obtenir la grâce du martyre, toutes les fois que je dirai le Gloria Patri, j'inclinerai la tête comme pour être martyrisé et donner à Jésus la grande preuve d'amour. »

Si le P. Verjus soupirait après l'arrivée du R. P. Navarre, il tardait bien au supérieur de là Mission d'aller rejoindre son cher et intrépide précurseur; mais, nous l'avons dit, de s'exposer sur le Pie-lX, en une telle saison, c'eût été d'une imprudence folle, sinon criminelle... Le P. Navarre semblait compter sur l'établissement prochain d'un service régulier entre Thursday et la Nouvelle-Guinée. Voilà pourquoi il remettait de jour en jour son départ. Enfin il apprend que son paroissien, M. Mac Nulty, a un « schooner » à vendre. On l'examine. C'est un bateau solide. Il jauge de 35 à 40 tonnes. On y pourra construire deux bonnes cabines et ménager un salon qui servira de chapelle. On débat le prix. On tombe d'accord : dix mille francs. Le marché ayant été conclu le 25 mars, en souvenir de la fête, on nomme le bateau YAnnonciade. Un beau nom et bien choisi : ne portera-t-il pas, avec les messagers de l'Evangile, la bonne nouvelle du royaume de Dieu aux peuplades infidèles ? Mais, comment le payer ? On compte sur saint Joseph, le pourvoyeur de la Sainte- Famille, et on a raison. En effet, les Annales de Noire- Dame du Sacré-Cœur feront un appel à leurs généreux abonnés. Elles ouvriront une souscription qui bientôt sera couverte. Donner à Notre-Seigneur un mètre de terre sanctifiée à Jérusalem, une pierre au sanctuaire de Montmartre, c'est une joie douce pour un fils de l'Église; mais, ne sera-t-elle pas plus douce encore la joie de lui avoir donné une planche de la barque apostolique ! Gomme les anges portent dans leurs mains le juste, comme la barque de Nazareth portait Jésus, ainsi YAnnonciade portera les les Missionnaires du Sacré-Cœur à tous ces rivages où

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les infidèles de l'Océanie attendent, tristement assis dans les ombres de la mort. La liste des bienfaiteurs décorera l'humble cabine, où le prêtre offrira, pendant la traversée, l'adorable sacrifice. Les apôtres montreront aux sauvages ces caractères tracés à la manière européenne et ils leur diront : Ce sont les noms des amis que le Cœur de Jésus vous a donnés par delà l'immense océan. A leur générosité, vous devez la visite des anges de paix qui parcourent vos rivages et vous apportent, avec la civilisation, la lumière du saint Evangile.

Le P. Navarre n'attendit point la réponse des Annales. Le 5 avril, avec deux Frères coadjuteurs, il s'embarquait sur le navire de la Mission, et, le 16, il arrivait à Port-Léon.

L'APOTRE

A peine le R. P. Navarre a-t-il touché du pied la Nouvelle-Guinée que le P. Verjus, l'âme débordante, écrit au T. R. Père supérieur général : « Le divin Cœur de Jésus nous accorde grâce sur grâce. Le R. P. Navarre vient d'arriver à Yule... Je ne saurais vous dire avec quelle joie j'ai vu arriver ce vénéré Père et les deux excellents Frères qui l'accompagnent, et enfin le grand bateau définitivement acquis au service de la Mission... Puis, avec tout cela, des lettres, des lettres, et encore des lettres de nos chers Pères de Sydney, d'Europe et d'Amérique, tous si désireux, s'ils le pouvaient, de partager nos travaux! Ce fut une extase de bonheur comme on ne peut en avoir qu'en Nouvelle-Guinée1! » Quand le R. P. Navarre, les frères Mariano Travaglini et Salvatore Gasbarra se furent un peu reposés, quand ils eurent tout à leur aise admiré le paysage splendide, quand le P. Verjus eut dit ses trois premiers mois d'apostolat, à son tour le supérieur de la Mission raconta leur longue et périlleuse traversée de Thursday à Port- Léon -. Le temps avait été mauvais, la mer mauvaise, le capitaine maladroit. Plus d'une fois on s'égara et souvent l'on faillit échouer contre les récifs. Un soir, on aperçut un grand feu sur un rivage. C'était l'île York. Yankee Ned avait reconnu le bateau de M. Mac Nully. Il savait d'ailleurs que les Pères l'avaient acheté. Sans doute il y a quelques Missionnaires à bord. Pendant trois heures,

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