‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 145 sur 226 · mai · texte numérisé non relu

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hommes, arrive chez nous sain et sauf. Son odeur le trahissait, pauvre homme!... On ne lui donna pas même le temps de reposer. Frère Mariano, notre menuisier, arrive avec un ciseau à froid et un gros marteau. J'eus peur un moment qu'il ne voulût se mesurer avec M. le baron des Gruyères; mais il me rassura et, en trois coups, il fit sauter le couvercle... Une... deux... trois... Voilà monsieur ! — « Quelle lune ! » s'écria le R. Père supérieur ; mais en y regardant de près, je vis que ce n'était pas la pleine lune. Il en manquait un morceau. Figurez-vous que le pauvre baron des Gruyères, durant son voyage, fut attaqué par certaines petites botes, si bien qu'en arrivant à Thursday, il fit une maladie fort sérieuse. Le R. P. Durin lui fit une visite et, le voyant si mal, crut l'amputation nécessaire. Il coupa un morceau, remit du papier huilé sur la plaie et m'expédia le baron par la première occasion. Mais, me croirez-vous ? après Mariano, voilà notre cuisinier qui arrive armé d'un gros couteau. Il veut se battre avec le baron et, malgré mon intervention, il en emporte un morceau dans un plat!... Pauvre baron, si la guerre qu'on lui fait" continue, il ne sera venu ici que pour y laisser sa peau ! Mais il faut avouer qu'il est tentant. Tous les malins, il nous fait un excellent déjeuner, et l'on dit : Merci mille fois à notre cher parrain, à maman, à Jean, à Pauline! »

Dans une lettre à sa mère, un trait achève le tableau. Les sauvages assistent au débarquement du « baron des Gruyères», et, devant cette nouvelle espèce de pain, comme ils disent, c'est d'abord de l'étonnement ; puis ils sont émerveillés quand le Père leur explique que cela vient de loin, de très loin, du pays natal, là-bas, tout là-bas, par delà des océans, que ce pain s'appelle du fromage et qu'on le prépare avec du lait de bouloumakao. C'est ainsi qu'ils appellent la vache; mammifère qu'ils ne connaissent du reste que pour en avoir vu la viande chez le Missionnaire, en conserve, au fond d'un tonneau.

Tout ce qui vient du pays lui fait battre le cœur : « Je reçois régulièrement le Petit Savoisien. Ce journal me

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fait passer quelques lions moments à Annecy. Je le lis ordinairement en voyage. C'est mon seul temps libre. Je le trouve si intéressant dans sa brièveté qu'il me fait oublier la mer que je sillonne et mes sauvages qui rament. Les bons enfants me disent, en me voyant sourire de bonheur : « Il te dit de bonnes choses, ce papier? Qui « donc a écrit tout cela ? » Et je leur parle de vous, mon cher parrain, du bon abbé Yeyr.at d'Annecy, et de la famille l. »

Les sauvages ont nommé « chef » le P. Verjus. Tl lui faut un bâton, un sceptre, ce qu'on appelle vulgairement une canne à épée. Il désire qu'elle lui vienne du cher pa}Ts de Savoie. Il la demande à son parrain : « Celle que vous m'aviez donnée à mon départ a été cassée sur mer, durant un voyage assez mauvais. J'en garde la poignée comme souvenir. Elle me sert de porte-manteau. C'est du luxe, comme vous le voyez ! En ce moment, j'ai celle d'un de nos Pères. II l'a un peu fracassée sur l'échiné d'un gros serpent. Envo}Tez-moi donc quelque chose de solide, le bâton du chef, le sceptre royal "2. »

Citons maintenant, tout entière, une lettre aux enfants de la Petite-Œuvre. Elle est d'une grcàce souriante, cette grâce dont le poète disait justement qu'elle est plus belle encore que la beauté.

Mes rien chers petits frères,

Je vous assure qu'ici nous pensons bien à vous. Et, si je ne craignais de faire des jaloux, je vous dirais tout doucement qu'en Océanie, on vous aime peut-être encore mieux qu'en France. Quand nous considérons tout le bien qu'il y a à faire, et que, d'autre part, nous nous disons : « Ces chers enfants feront tout cela un jour », nous vous aimons alors de tout l'amour que nous portons aux âmes et aux intérêts du divin Cœur de Jésus.

Il paraît, mes bons petits frères, que vous savez bien prier. On m'a conté, je ne sais où, une belle histoire à votre sujet. Ecoutez-la. — Un jour, un ange, égaré sur cette terre de larmes, cherchait en

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