Môme lettre
vain le chemin du ciel. Il lui vint à la pensée que la prière devait connaître ce chemin si désiré. Il alla donc dans une maison de prières pour en saisir une au vol et monter avec elle jusqu'au trône de Dieu! Mais, hélas! la prière était mal faite, elle resta en route, et l'ange aussi. Il revint sur cette terre et, cherchant toujours, il découvrit, attiré par je ne sais quel charme secret, la Petite-Œuvre du Sacré-Cœur. La première prière qu'il entendit, c'était le Souvenez-vous à Notre-Dame du Sacré-Cœur; il monta avec elle à tired'aile, et le jour même il était en Paradis.
Si l'histoire est vraie, mes chers petits frères, vous nous encouragez beaucoup. Écoutez donc une proposition que nous voudrions vous faire. Vous savez que chaque nation a son ange gardien, chaque province aussi, de même chaque ville, chaque famille et chaque individu. La Nouvelle-Guinée a donc elle aussi son ange; il doit être bien triste. Il m'a semblé le voir sourire de joie, pour la première fois, le jour où j'eus le bonheur de dire la première messe sur ses domaines. Chaque village, chaque indigène enfin, a aussi son ange gardien. C'est au nom de tous ces anges que je viens vous proposer une chose qui certainement fera plaisir à votre piété si ingénieuse. Voici : On me dit que vous êtes soixante-dix. Je supposerai que vous êtes quatre-vingts, comme je le souhaite. Et alors, cherchant bien dans ma mémoire, sur nos cartes et dans mes notes, je vous enverrai quatre-vingts noms de village. Districts et personnes particulières, vous les tirerez au sort, et chacun de vous sera chargé de conduire au ciel tout ce qui sera porté sur son billet. Si c'est un village qui tombe en votre partage, ce sera votre village adoptif : vous devrez l'aimer et prier pour lui jusqu'à ce que vous ayez obtenu sa conversion. Si c'est un enfant, vous l'adopterez comme votre frère, vous l'aimerez bien et penserez souvent à lui.
Voyez, mes bons petits frères, il en est plusieurs parmi vous qui sont entretenus à l'Œuvre, grâce aux généreuses offrandes faites régulièrement par une bienfaitrice que vous appelez votre mère adoptive. Vous aimez cette nouvelle mère, vous priez pour elle, vous correspondez même avec elle. Eh bien, ce que je vous demande, c'est d'agir de même pour nos chers sauvages. Adoptez-les, parlez souvent d'eux au bon Dieu, à Notre-Dame du Sacré-Cœur, et, un jour, nous serons tout étonnés des nombreuses conversions qui auront lieu en Nouvelle-Guinée. Ce sera vous qui aurez tout fait. Mais que les sauvages ne vous fassent pas oublier les pauvres Pères Missionnaires qui souffrent et qui travaillent de toutes leurs forces. Pour ma part, dans le sens que je viens de vous indiquer, je serais enchanté d'être adopté par quelqu'un, voire même par plusieurs d'entre vous.
C'est donc bien entendu, n'est-ce pas, mes bons petits frères,
334 l'apôtre
vous allez être Missionnaires en Nouvelle-Guinée, sans vous déranger et sans laisser votre chère Petite-Œuvre. Vous n'aurez pas, comme vos Pères, à courir les dangers de la mer, endurer la faim ou la soif. Gomme vous le voyez, cette manière de donner les Missions, est fort avantageuse, et ce n'est peut-être pas la moins efficace. Cependant, en prévision de l'avenir, je vous en conjure au nom de la Mission, devenez des saints avant tout. Habituez-vous à vivre des choses d' en-haut-. C'est ainsi que vous reproduirez en vous notre bon Maître. Et, voyez-vous, c'est nécessaire. Il faut que le sauvage soit attiré à vous par ce je ne sais quoi (le divin que mettra en vous l'iiabitude d'étudier et d'imiter Notre Seigneur Jésus-Cbrist et surtout son divin Cœur. A ce propos, écoutez une dernière petite histoire :
Il y a quelques mois, avant d'aller en Nouvelle-Guinée, je faisais le catéchisme à un groupe de sauvages dans une île du détroit. Ils étaient fort attentifs et profondément émerveillés de la pensée qu'après leur mort, par le moyen du baptême, ils pourraient aller voir le bon Jésus et non se promener sur les cimes des montagnes comme ils le croyaient auparavant. Je leur fis voir alors une srrande et belle ima^e de l'Enfant Jésus. Jamais ils n'avaient rien vu de si beau!... « Voilà, leur dis-je, celui qui m'a enseigné toutes les belles choses que je vous ai racontées. C'est lui que vous verrez en Paradis, si jamais vous pouvez être baptisés. » Tous, alors, se mirent à baiser avec transport ce saint Enfant-Jésus. Ils voulaient tous être baptisés à l'instant. Je dus les modérer, et, depuis, j'ai vu avec bonheur que leurs bonnes dispositions sont sérieuses. Le roi Malno et un autre veulent que nous allions les instruire.
Voyez-vous, mes bons petits frères, si l'image de Jésus Enfant a produit tant d'effet sur ces pauvres noirs qu'ils veulent tous obéir à ce beau et bon Jésus, vous serez mille fois plus puissants que cette image matérielle, lorsque vous vous présenterez à nos chers sauvages, reproduisant en vous-mêmes les vertus du divin Cœur.
Ces sauvages, comme nous les appelons, sont peut-être, après tout, moins sauvages que beaucoup d'Européens. Nous ne leur faisons pas peur : nous portons le costume, et ils n'y trouvent rien à redire. Au contraire, ils nous admirent dans nos grandes chemises, comme ils nomment nos soutanes ; ils voudraient bien en avoir de pareilles; mais ils trouvent que c'est bien compliqué de chausser des souliers, de porter des pantalons et de revêtir une chemise pardessus, et enfin une troisième chemise très longue lorsque l'on veut célébrer la messe, et, avec tout cela, un manteau et une foule d'appendices; c'est trop se charger, disent-ils. Admirez leur simplicité. Quand je leur dis que vous viendrez après moi ou avec moi,
ils veulent savoir vos noms et qualités. Pour moi, je suis déjà mitsinari (missionnaire) ou Pé Arl (Père Henry). Le P. Navarre est Pé Navara capéna (Père Navarre) le capitaine. Nous continuons à leur faire le catéchisme. Priez bien pour nous et pour eux... Votre frère bien affectionné dans le Cœur de Jésus,