‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 161 sur 226 · En langue de Roro : Koûkou · texte numérisé non relu

En langue de Roro : Koûkou

jusqu'à nous tàter les pieds et les mollets. Nous croyant endormis, ils engagèrent conversation avec nos hommes, qui leur racontèrent avec un certain orgueil tout ce que nous faisions à Yule, énumérant avec emphase combien nous leur donnions de tabac, de couteaux, de haches, de vêtements; combien nous avions fait de maisons, c'est-àdire avec la nôtre et celle des Sœurs, la maison des chèvres, des poulets, du bois, du puits, sans oublier surtout les cabinets. Ils parlèrent avec plus d'estime encore des catéchismes et des classes que nous leur faisions chaque jour, des soins que nous donnions à leurs malades, du nombre des enfants et des malades que nous avions baptisés, et du peu de crainte que nous avions du népou et àxk.païpaï. Ils firent même le parallèle avec les « teachers » de la Société biblique de Londres qui, disaient-ils, peu différents d'eux-mêmes par la couleur et la science, étaient loin de ressembler aux Missionnaires blancs. C'était une apothéose en règle, écoutée avec le plus grand intérêt par les naturels d'Inawi, et surtout avec u,n plaisir extrême pour nous qui voyions ainsi les cœurs s'ouvrir et les voies s'aplanir pour l'établissement du règne de Dieu dans ces contrées.

« Vers onze heures seulement, le silence et le vide se firent autour de nous". Dans le village cependant, le bruit continua jusque vers minuit. A certains moments nous entendions des hommes parler avec tant de force que nous croyions à des disputes prêtes à se terminer par des coups. Béra nous assura que c'étaient des orateurs qui haranguaient la foule. Il parait, en effet, que l'éloquence joue un grand rôle dans les mœurs de ce peuple, et que chaque soir il y a des discours prononcés par des orateurs en renom. »

Les Missionnaires ont trouvé sur les rives du Saint- Joseph un village important. Ils pourront y établir une station centrale. Le but principal de l'expédition est donc atteint. Cette fois on ne remontera pas le fleuve plus haut.

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A pied, les apôtres explorateurs, accompagnés de quelques indigènes d'Inawi, parmi lesquels Oboùgnou et ses deux aines, visilent, à trois kilomètres, Inawépaë : 110 cases; Béipaha, a dix minutes: 119 cases, et, à trois minutes plus loin, Aïpéana : 48 cases. Un total de 461 cases, y compris Inawi; soit plusieurs centaines d'habitants, des âmes à instruire, à baptiser, à sauver.

Détail charmant. Chemin faisant, le long des sentes, l'un des fils d'Oboûgnou qui marchait en tète, d'une branche d'arbre balayait la rosée devant les Missionnaires ou écartait les lianes qui embarrassaient le passage.

En rentrant à Inawi, il fut convenu avec Oboùgnou qu'il ferait construire une maison pour les Missionnaires. On en choisit l'emplacement. On en traça les dimensions. A la nuit, les gens de Rabao qui étaient restés avec les Pères chantèrent les cantiques de la Mission. Les Pères entonnèrent Y Ave maris Stella, et Béra fit dans la langue d'Inawi un panégyrique éloquent des Missionnaires de Yule. On chanta encore. On soupa, et l'on s'endormit.

Le lendemain, les habitants d'Inawi acclamaient, comme des amis, les prêtres blancs qui redescendaient le grand fleuve.

Les deux mêmes Pères, aussi intrépides l'un que l'autre, inlassables, passionnés pour l'avènement du royaume de Dieu en ces régions païennes, — à force d'entendre dire aux sauvages que Raraï est un plus grand village qu'Inawi et mieux situé sur le Saint-Joseph, — reprennent, quelques semaines plus lard, au mois d'août, du 12 au 19, avec douze indigènes, l'exploration. Nous ne la raconterons pas. Nous n'en donnerons que les résultais.

A Eboa, ils constatent que la rivière Ama-Ama n'est autre que l'Hilda. D'Eboa elle s'en va à lnawaboui d'où elle se perd dans les montagnes de Bioto. D'Eboa à Bébéo, village d'une quarantaine de cases, les voyageurs sont

dans l'eau constamment et dans la boue, dans les fossés et les rivières. De Bébéo, un mauvais chemin sous bois conduit au Saint-Joseph. Là, les montagnes se découvrent. On en distingue à l'œil nu les arbres. Comme les deux Missionnaires aimeraient à explorer ces vallées, à gravir ces sommets ! En cet endroit, le fleuve se divise et se subdivise en un grand nombre de bras qui, se rejoignent à l'infini, formant de nombreux îlots, et que l'on voit venir, en des directions diverses, des hautes montagnes. On le traverse et, après une marche pénible et longue, périlleuse, sous une pluie de déluge, on arrive à Raraï. La pluie redouble d'abondance et de violence. Le village est une rivière. Les Missionnaires se réfugient dans la maréa où le chef les rejoint aussitôt. Il se nomme Baoura. Le P. Gouppé s'attarde volontiers à crayonner ce type, fameux, parait-il, dans toute la région.

« Il est peut-être âgé de soixante-quinze ans, grand, décharné, efflanqué et surtout d'un visage de squelette qui lui donne une parfaite ressemblance avec ce portrait de la mort que tout le monde connait : il n'y manque que la faux et les ailes de vampire. Quand il fut près de nous, il commença par nous saisir les mains avec cette sorte de tremblement nerveux naturel aux vieillards; il nous embrassa alternativement, en frottant son nez contre le nôtre. Notez qu'il s'était enduit le visage de noir de fumée, en signe de deuil pour la mort récente d'un de ses fils, et que la pluie avait détrempé ce fard d'un nouveau genre. Il se mit ensuite à gesticuler et à crier à tue-tête comme un énergumène en fureur, et cela pour nous exprimer son bonheur de nous voir, pour nous assurer que nous serions bien chez lui et que sa maison était désormais la nôtre. »

Peu à peu, malgré l'orage, les gens, poussés par la curiosité s'approchent. Ils portent, en guise de parapluie, une feuille de bananier. Bientôt, la maréa fut pleine, trop pleine. Tout à coup, de sinistres craquements se font en* tendre. Les pilotis chancellent, le toit s'abime. En un clin d'œil tout le monde est à terre. Les Missionnaires ont

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trouvé ailleurs un abri. Raraï n'a point l'importance que disaient les gens de Roro. On reste persuadé qu'Inawi doit être la station maitresse. Les Pères auraient désiré remonter le Saint-Joseph jusqu'à Taéna et, de là, à un village qui, de loin, paraît être sur la croupe du Mont- Yule ; mais aucun sauvage n'a voulu les accompagner. Ils rentrent donc à Port-Léon.

Maintenant, ils peuvent formuler leurs conclusions:

La voie de terre vers l'intérieur est impraticable.

Le Saint-Joseph est navigable.

De nombreux villages dont quelques-uns parlent la langue de Roro et, un plus grand nombre, celle de Mékéo, sont assis sur les deux rives.

La région qu'il baigne, est fertile et splendide. Elle est saine aussi, ou, du moins, plus saine que la côte.

L'avenir de la Mission, pour un long temps, est sur ce fleuve.

Mais, à cause de l'impétuosité de son courant, trop souvent encombré d'arbres énormes que les inondations amènent et qui s'enlisent, vu aussi la difficulté de trouver des rameurs et le peu de crédit que l'on doit accorder à leur parole, Tachât d'un bateau à vapeur s'impose.

Enfin Inawi semble le meilleur emplacement pour une station centrale dans la grande terre.

Les Missionnaires, dans ces explorations, ont peiné, assurément, et cent fois plus que ne l'a dit l'historien; mais, qu'est-ce que la fatigue, qu'est-ce que la souffrance, si l'on peut faire avancer d'un pouce, ici-bas, le royaume de Dieu1 ?

1. On peut être, à bon droit, étonné, en voyant dans les papiers de Mgr Verjus la preuve frappante qu'il s'était déjà procuré, en interrogeant les indigènes, des renseignements détaillés et précis sur des tribus très éloignées de Rabao, par exemple la tribu d'Ouni-Ouni, qui n'a été visitée qu'en 1896 par les PP. André Jullien et Victor de Kijke, et la tribu d'Orou, qui n'a pas encore été visitée. On la dit anthropophage.

Voici les noms des vingt et un villages de la tribu d'Ouni-Ouni, tels que nous les trouvons dans les papiers du Missionnaire : Kaipa, Okamo,

Ito-Ito, Poriko, Dinaba, Inaomolopa, Kaouta, Biona, Boubouni, Onomou- Baeina, Deva-Deva, Valé, Arabouré, Aono, Méméa, Outo, Boboréba, Boboï, Zitou-Zitou, Paoula, Bei-Kené. En regard des villages, le Père a inscrit les noms de la plupart des chefs.

Donnons encore les noms de douze villages de la tribu d'Orou. Ces villages, lisons-nous dans les papiers du Père, sont dans les chaînes du Mont-Yule. Dans cette liste il n'y a point de noms de chefs : Lopiko, Jnaooréna, Popohi, Ahifa, Lopiko, Inaooréna, Mahi-Mahi, Pohi, Iavi, Pohi, Ipi-Ipi, Kopo.

On remarquera dans cette liste des villages de même nom. Cela vient souvent, nous a dit notre confrère, le P. Jullien, de ce qu'un village s'est fractionné par suite de guerres.

Le même Père nous a engagé à publier cette note pour l'édification et l'instruction de nos chers Missionnaires de Nouvelle-Guinée.

Nous trouvons des renseignements non moins précis sur la tribu de Pokao, la tribu de Mékéo et la région de Port-Moresby ; mais ces contrées sont maintenant connues.

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