Journal, 1er juillet
Ce besoin de souffrir, ce désir de mourir pour le salut des âmes et pour ressembler au divin maître, c'est toujours, — on ne cesse de le voir cl on le verra plus encore dans la suite de cette histoire, — le fonds et le tréfonds de l'âme du P. Verjus. De ne pas souffrir davantage, de ne pas mourir encore, « c'est pour lui un vrai tourment1 ».
La mort, le P. Verjus l'a vue de près, plus d'une fois, notamment le 5 novembre 1887. Il revenait de l'Ouraio, avec les Frères, sur une réba-réba, chargée de bois. Faute d'équilibre sans doute, l'une des pirogues se remplit d'eau, soudainement, et s'enfonça dans la mer. Les Missionnaires n'eurent que le temps de sauter dans l'autre. « Encore un peu, écrit le Père, et nous étions devant notre juge! » Sur quoi, avant de prendre le repos de la nuit, il fait les réflexions suivantes : a Je suis destiné à une mort de ce genre, violente plus ou moins; mais j'espère avoir le temps, même au milieu des supplices, de remettre mon àme à Dieu, en toute connaissance, dans un suprême acte d'amour, sans le trouble de la surprise... L'incertain en cela, l'imprévu, l'inconnu, c'est terrible. » Et il revoit dans son imagination toute la scène, et il paie à ses compagnons un juste tribut de louanges. « Les bons Frères ont été admirables de sang-froid et de piété. Au milieu du trouble causé par le chavirement de la pirogue, au milieu du bruit du bois roulant à la mer, au milieu de la confusion produite par le repêchement de divers objets, pas un cri; la paix, le calme, l'offrande au bon Jésus de notre vie et de tout notre être. Enfin, grâce à Dieu, la seconde pirogue ne coula pas. Seulement elle resta terriblement penchée par le poids de la première qui nageait sous les eaux2. » C'est dans cette position critique qu'ils arrivèrent à la côte, rendant grâce à Notre-Seigneur et à Notre-Dame.
Quand, à défaut de la mort, survient la maladie, le Père est en joie : « J'ai passé tous ces jours au repos forcé,