Lettre au R. P. Jouet. Thursday, 22 avril
Sœurs instruisent les jeunes filles. Les Pères les baptisent, et on les marie régulièrement. Ce travail est long, mais sûr. L'homme ainsi marié cesse de dépenser follement son argent, et la femme, tout en continuant d'aller à l'école chez les Sœurs, soigne son ménage tout aussi bien qu'une femme blanche '.
On voit, dans ses notes journalières ou dans ses lettres, le P. Verjus sans cesse à la recherche de ces « braves Manillois », comme il les appelle. Et, quand le prêtre du Sacré-Cœur est là, au service des âmes, on est sur que la Fille de Notre-Dame n'est pas loin.
« Ces braves Manillois nous donnent quelques consolations. Dernièrement, j'ai eu le bonheur d'en marier deux et de leur administrer les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie. Les Filles de Notre-Dame du Sacré- Cœur avaient préalablement instruit leurs femmes (des noiresses de nos iles), et ces pauvres filles, si méprisées du monde, sont devenues de vraies consolations pour nous. J'ai eu l'immense joie de les baptiser et de leur faire faire leur première communion, le jour même de leur mariage. Ce fut une vraie fête, et, depuis lors, ces bonnes âmes sont bien sincèrement au bon Dieu. Une brave Portugaise, mariée ici à un Manillois, a soin d'elles. Il paraît qu'elles prient souvent à la maison et sont d'une conduite excellente. D'autres Manillois vont suivie l'exemple. Les Sœurs instruisent trois autres sauvagesses qui se mettront en ménage sitôt qu'elles seront baptisées. Les Sœurs, comme vous le voyez, nous sont bien utiles pour avoir ces chères âmes2. »
Si bien secondé par les Filles de Notre-Dame du Sacré- Cœur, le zèle du P. Verjus fait comme la ilainme que pousse le vent : toujours il monte. « Il y aurait, écrivaitil un jour à MM. les Directeurs de l'Œuvre de la Propagation de la foi, il y aurait une bien belle œuvre à faire.
1. Cf. une lettre du P. Verjus à MM. les Directeurs de l'Œuvre de la Propagation de la foi. Thursday, 20 novembre 1888.