‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 182 sur 226 · janvier · texte numérisé non relu

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FONDATION DE MOIIOU 425

qui était si brave enfant. Et ils n'étaient pas baptisés! Peut-être mon pauvre Aitsi aura-t-il eu le baptême de désir! Mon Dieu, le reverrai-je?... J'irai demain au village les consoler. »

11 y va, en effet, et il apprend que les gens de Rabao, furieux de la conduite des gens de Maïva, n'attendent que la fin du deuil officiel pour leur déclarer la guerre : « Missionnaire, lui dit un des sauvages, nous voulons tous t'obéir, parce que nous avons reconnu que tu viens ici pour nous ; mais il y a une chose que je ne veux pas te dire parce qu'elle te ferait de la peine. — Laquelle? — Maïva s'est mal conduit, nos femmes et nos enfants mouraient de faim, nous leur apportions de la nourriture, les grandes vagues ont renversé notre pirogue. Notre sagou est allé à la mer, et ceux de Maïva nous l'ont pris. Nous nous en vengerons; mais ferme les yeux. D'ailleurs nous ne t'avertirons pas d'avance. » A quelques jours de là, des hommes de Maïva vinrent apporter aux Missionnaires des cocos dont leur pays abonde. Les Pères les avertirent que « les enfants de Roro » étaient fâchés contre eux à cause du sagou volé et allaient leur déclarer la guerre. « Nous ne l'avons pas volé, répondirent-ils; c'est la coutume de s'emparer de tout ce que la mer apporte sur notre rivage. Cependant nous ferons la paix. » En effet, peu de temps après, plusieurs chefs rapportèrent quelques sacs de sagou et se présentèrent, tenant en main des grappes de noix d'arec et du bétel qu'ils mangèrent avec les chefs de Yule, en signe de paix. Et tout rentra dans l'ordre1.

Le vieil Abaou-Ebara avait dit au P. Verjus: « Ne va pas à Mohou. N'en parle plus. Reste avec nous. » Mais, depuis longtemps, depuis surtout l'exploration du Saint- Joseph, l'ardent Missionnaire rêvait la conquête de l'inté-

1. Lettre de Mgr Navarre au T. R. P. Chevalier. Port-Léon, 24 février

rieur. D'être immobilisé au village de Rabao, il souffrait, on le voit en plusieurs endroits de son Journal. Sans doute il obéissait cordialement; mais, le sacrifice, pour méritoire qu'il soit devant Dieu, n'empêche pas de souffrir. Ce lui fut donc une grande joie, quand Mgr Navarre l'autorisa à tenter la fondation de Mohou. 11 eût désiré occuper tout d'abord Inawi pour, de là, mieux rayonner et prendre une place forte non loin des montagnes. La pauvreté se mit en travers de ses desseins. Il dut se contenter de Mohou, village d'environ cinq cents âmes, assez près de la mer, assez près du Saint-Joseph et d'où, plus tard, si le bon Dieu en octroie les moyens, on pourra monter plus haut. Mohou est le trait d'union entre Port-Léon et les grands villages de la vallée du Saint-Joseph. On va donc l'occuper. Le P. Fernand Hartzer en sera le supérieur, avec la perspective de bâtir lui-même sa maison et de créer la nouvelle station, de toutes pièces. « J'eus l'honneur, écrit l'admirable P. Verjus, de lui être adjoint l. »

Le 28 janvier au matin, on partît sur une petite baleinière le Saint-Michel, avec tentes, provisions, instruments, et bagages pour plusieurs semaines. En route, on prie, ons'égaye; on fait des plans magnifiques. On rencontre une pirogue qui se rendait à Yule. Ceux qui la montent, disent aux Pères que tous les chefs sont au village, mais que personne n'attend les Missionnaires.

« C'est étonnant, leur dit le P. Verjus; car, les PP. Hartzer et Thomas sont allés chez vous, il y a trois lunes, et vous ont manifesté notre intention. » Les gens de la pirogue ne répondirent pas; leur froideur frappa le Père; mais les plaisanteries des rameurs firent diversion. « Père, dit le premier, nous portons deux Missionnaires à Mohou; que nous donneront-ils en échange ? — Je ne sais pas trop, répondit le Père ; mais toi, que penses-tu que cela vaille?... — Moi? je pense que nous pouvons bien

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