‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 187 sur 226 · A TOUS MES CHERS PETITS FRÈRES DE LA PETITE-ŒUVRE · texte numérisé non relu

A TOUS MES CHERS PETITS FRÈRES DE LA PETITE-ŒUVRE

Port-Léon, Yule-Island, le 14 septembre 1889.

Mes bien chers petits frères,

Que le Sacré Cœur de Jésus vous bénisse mille fois et vous rende au centuple toute la joie et le bonheur que votre bonne lettre du 1er mai m'a apportée ! Quelle grande consolation pour les pauvres Missionnaires d'Océanie de voir derrière eux, aspirant à partager leurs travaux et leurs croix, un bataillon si fervent et si nombreux !...

Oui, mes chers petits frères, un de vos aînés est évêque... et ce n'est pas de sa faute, je vous assure, le pauvre homme!... Vous en êtes fiers, dites-vous... Il n'y a pas de quoi! si vous le connaissiez bien, vous sauriez qu'il fait triste figure sous cette charge, et qu'il n'est pas fier du tout. Car, enfin, il s'agit de savoir si en cette charge il pourra et saura sauver votre honneur!... Et j'ai de justes raisons de trembler pour vous, mes pauvres petits frères. Donc, à l'ouvrage, s'il vous plaît! C'est l'honneur qui est en question. Evidemment, vous devez prier pour Mgr Navarre et tous nos Missionnaires. Mais X Eve que de la Petite-Œuvre est à vous, à vous... A vous de le soutenir, non seulement par vos prières, mais aussi en payant de votre personne. Vous comprenez bien, mes chers petits frères, qu'en acceptant, par force, cette charge si lourde, j'ai jeté les yeux sur vous et je me suis dit : Evidemment, tout seul, je ne ferai rien... Presque seul, je ne ferai presque rien; mais, avec tout ce bon monde, nous ferons prou!... si le bon Dieu le veut. En avant donc, pourvu que mes frères me suivent! Aussi vous ne sauriez croire combien votre jeunesse me désole!... Dire qu'il faudra encore vous attendre de longues années!... Hâtez-vous donc, devenez saints et savants avant l'heure, et venez vite suppléer à mon ignorance et à ma tiédeur.

Allons, c'est donc bien entendu, chers petits frères. Je n'ai accepté qu'en comptant sur vous. J'ai bonne envie de vous crier : « Qui aime la Petite-Œuvre, me suive!...» J'aime mieux vous dire: « Qui aime le bon Jésus, le suive/... » Je tâcherai de ramper de mon mieux après vous, et, l'un portant l'autre, nous Unirons par arracher nos pauvres sauvages de leurs ténèbres.

Mgr Navarre va assez bien. Il vous bénit de toute son âme. Vos frères aussi. Le P. Toublanc et le P. Vitale travaillent comme dix. Ils feront les fonctions d'évêques-assistants à mon sacre. Il n'est pas jusqu'aux Frères et aux Pères qui ne vous envoient le bonjour.

Priez pour tous ; mais, souvenez-vous que votre honneur vous engage à prier encore plus pour celui qui est si heureux de se dire,

a l'épiscopat 449

Votre frère bien affectionné et tendrement dévoué, et qui vous bénit tous et chacun en particulier,

STANISLAS-HENRY VERJUS, Évêque de Limyre, vie. apost. de Nouvelle-Bretagne.

Le 15, c'est dans l'àme de sa mère que Mgr Verjus épanche son âme : « Mère bien-aimée, depuis quelque temps déjà vous aurez appris la nouvelle de ma nomination comme évêque de Limyre et vicaire apostolique de la Nouvelle Bretagne. Sans doute, votre cœur maternel se réjouit, et mon cœur comprend le vôtre. Oui, chère mère, soyez pleine de joie, parce que le Souverain Pontife Léon XIII a daigné abaisser ses yeux sur votre cher Henry, le fruit de votre propre sang, l'enfant de tant et tant de sacrifices que vous avez faits pour me rendre moins indigne d'un tel honneur.

« A la première nouvelle que les journaux m'apportèrent, je refusai en mon âme ce poids et cet honneur. Je priai que l'on songeât à d'autres Pères plus dignes que moi. Il n'était plus temps. Malgré mes larmes et mes désolations, cette charge effrayante me fut imposée. Donc, vous, chère mère, soyez heureuse de l'honneur qu'on fait à notre famille ; mais, laissez-moi pleurer, moi qui comprends plus que jamais combien c'est terrible d'être évêque en Mission, et, aussi jeune que je le suis, de commander à des religieux plus âgés et qui ont été mes supérieurs. Ensuite, répondre devant la sainte Eglise, devant le Pape, d'un vicariat deux ou trois fois grand comme la France ! Trouver de la nourriture pour tous mes fils ! Convertir tous les sauvages ! Voilà le travail qui repose sur mes pauvres épaules. Mère bien-aimée, vous voyez si j'ai raison de trembler. D'autre part, vous le savez, et Dieu le sait, ce n'est pas le travail qui me fait peur. J'ai du courage et de la santé. C'est ma jeunesse qui m'épouvante et aussi mon peu de moyens. Enfin, j'ai une grande confiance dans vos prières et dans celles de tous nos amis. Priez donc, et faites prier pour moi...

« De toutes les parties du monde je reçois des lettres.

Celles de France et de Rome surtout m'apportent des choses si belles et si affectueuses qu'en les lisant je me mets à pleurer...

« Bénissez-moi, comme je vous bénis de tout mon cœur, mère très aimée, en vous donnant un baiser. »

En Papouasie, cette nouvelle de la promotion du P. Verjus au vicariat de Nouvelle-Bretagne, tout en réjouissant les âmes, les jetait clans la tristesse à la pensée de l'isolement dans lequel allait se trouver Mgr Navarre, d'autant que le vénérable archevêque, en ce temps-là même, était gravement malade.

Certes, il en coûtait à Mgr Verjus de quitter son père et d'abandonner cette Mission de Nouvelle-Guinée où, depuis cinq ans, il avait tant souffert, tant travaillé, prié et pleuré; mais la sainte Église l'appelle ailleurs : il faut partir. Il part pour Sydney, où il recevra, des mains du cardinal Moran, la consécration épiscopale, et où il espère trouver quelques ressources.

Sur cette journée du départ, le 4 septembre, nous lisons dans les notes du Père : « Je n'oublierai jamais cette journée. Monseigneur me montra une affection profonde. Il me donna un de ses anneaux. Précieux souvenir d'un père que j'aime. Qu'il fait bon s'aimer! Il a fallu dire adieu à toutes les Sœurs en particulier, et se séparer de nos bons Pères et Frères, tous en larmes1... »

D'un autre côté, nous lisons dans une lettre d'une des religieuses de Port-Léon : « Le départ du bon Père ressemblait à un enterrement. Tous les membres de la Mission s'y trouvaient, et chacun marchait en silence, retenant ses sanglots. Mais les plus affligés étaient, sans contredit, Mgr Navarre et Mgr Verjus. »

Puisque nous avons ouvert la correspondance des Filles de Notre-Dame du Sacré-Cœur, ne la refermons pas sans lui avoir fait de larges emprunts qui nous feront assister à des scènes intimes et charmantes :

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