Journal du 4 au 8 septembre
A. l'épiscopat 451
« Après le départ du bateau qui emportait le P. Verjus vers Port-Moresby et, de là, à Sydney, Mgr Navarre alla chercher force et consolation près du saint autel; puis, le lendemain, il surmonta sa douleur pour venir nous visiter. Il ne nous cacha pas ses regrets cruels. Soudain, une lueur d'espoir passa, comme l'éclair, dans tous les cœurs, et chacune de dire : « Monseigneur, nous allons prier « Notre-Dame pour qu'Elle fasse revenir le Père. Vous ne « pouvez rester seul, et personne ne connaît si bien la Mis- « sion que lui. Rien n'est impossible à l'Espérance des « désespérés. Il doit y avoir des lettres de perdues. Sans « cela, certainement, Rome et Issoudun ne vous l'eussent « pas enlevé. — Eh bien, oui, dit Monseigneur, priez! « Toutefois, que la volonté de Dieu soit faite ! » — Et nous voilà récitant neuf Sub tuum à Notre-Dame du Sacré-Cœur après chaque exercice, puis un Souvenez-vous à Notre- Dame et un autre à saint Joseph. Nous prions avec une sorte d'acharnement et un espoir invincible.
« Nous sommes au 8. Notre Tricluum devait finir le soir. La cloche du chapelet sonne. En traversant la véranda pour nous rendre à la chapelle, la mère Liguori aperçoit un bateau : « Voilà le bateau ! » Il fallait avoir une grande confiance pour parler ainsi, car souvent il arrive des bateaux pour les protestants. « Voilà le bateau ! » répètent sans hésiter toutes les bouches ; et, cependant ce n'était pas le même que celui qui avait emmené le Père : « Allons dire a notre chapelet et finir nos neuvaines; puis nous irons à « la mer. » Ce que nous ne faisons jamais pour l'arrivée des navires. Le chapelet et les prières finis, nous demandâmes à Monseigneur si nous pouvions aller au port. Sa Grandeur répondit : « Oh ! c'est un bateau pour les protes- « tante deDéléna. — Etcs-vous sûr, Monseigneur ? — Non; « mais, si c'est pourDéléna, il ancrera vers Déléna; sinon, « il ancrera chez nous... » Et, comme instinctivement, Monseigneur prend son chapeau. Sur ce, arrive le P. Vitale qui, lui aussi, était poussé par je ne sais quoi : « Monsei- « gneur, dit-il, allons-nous au bateau ? — Où est-il ancré ?
« — Chez nous, devant la maison de Raouma. » Les cœurs battaient fort. Les Sœurs partent d'un côté, le P. Vitale de l'autre avec Angelo, qui disait qu'il allait voir le Mitsinari. Ils arrivèrent avant nous, car ils traversèrent les herbes. Après avoir bien des fois regardé dans la chaloupe qui venait à terre, nous reconnûmes enfin le P. Thomas et le P. Verjus. Jugez de notre joie !
a Etant partis pour Port-Moresby, il y a trois jours, ils en revenaient.
« Pourquoi?
« Pour faire, disaient-ils, un nouvel arrangement avec un bateau qui acceptait de passer chaque mois chez nous en allant à Port-Moresby. Les deux Pères avaient bien hésité pour revenir sur leurs pas. « Les tristes adieux sont faits... Il faudra recommencer. » Cependant, le P. Verjus demande au capitaine : « Combien nous prendrez-vous pour passer « par Yule en retournant à Cooktown ? — Rien, dit le « capitaine. » Et ils montèrent. »
Telle était la raison humaine qui ramenait Mgr Verjus à Port-Léon : des négociations à conclure, en présence de Mgr Navarre, avec un commandant de Port-Moresby, pour le passage régulier d'un bateau qui desserviraitla Mission; mais, dans leur foi radieuse et leurs fermes espérances, les Filles de Notre-Dame du Sacré-Cœur voyaient, de ce retour invraisemblable, une autre raison : « Depuis trois jours, dirent-elles à Mgr Verjus, nous n'avons cessé de prier, et vous voici ! — Merci, mes Sœurs; mais, demain soir, je repartirai. — Non, mon Père, vous ne partirez pas : la sainte Vierge ne fait pas les choses à demi. — Il est vrai, reprenait Monseigneur, que je ne comprends rien h ce retour. Notre voyage n'a pas été un voyage ordinaire. Il y a là quelque chose d'étrange. »
Au soir, Mgr Verjus s'en alla chez les religieuses. Les bonnes Sœurs se jettent à ses genoux et le supplient de se faire sacrer à Port-Léon par Mgr Navarre1. Devant ces