‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 195 sur 226 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Voir sa lettre au directeur des Missions catholiques, dans les fascicules du 19 et du 27 juin 1891.

Si vous l'accueillez comme un envoyé d'en-haut, tout ira bien pour vous. Vos plantations produiront presque sans travail. Vous serez heureux dans vos chasses et dans vos pêches. Vous serez rarement malades. Vous vivrez en paix les uns avec les autres. Au contraire, si vous le recevez mal, vous souffrirez toutes les misères, et ce sera chez vous la guerre perpétuelle. »

Les ancêtres n'ont pas voulu recevoir l'envoyé d'Oa- Bové. Ils l'ont, comme ils disent, laissé tombé à terre1.

Depuis lors, la vie n'est qu'un enchaînement de troubles, de querelles, de haines, de toutes sortes de calamités. Les inimitiés se transmettent de père en fils, de génération en génération. Si une querelle surgit entre deux personnes et qu'il n'y ait pas d'arrangement à l'amiable, tout le village y prend part, moitié d'un côté, moitié de l'autre. C'est ainsi que des familles, des villages, des tribus même, à la longue, ont été exterminées.

Tout doit donc se trancher par les armes, a dit le dieu, et il a envoyé du Ciel aux Canaques la lance, l'arc, les flèches, le bouclier et le pohamé. Le pohamé est une manière de sabre en bois de fer, long de cinq pieds.

« Dans le cas d'une guerre intestine, les sauvages ne se servent que du pohamé. Les hommes le manient avec l'habileté de nos maîtres d'escrime ou de soldats se défendant à la baïonnette contre la cavalerie. Les coups qu'ils portent, tendent toujours à fendre la tête de leur adversaire ou à lui casser l'épaule ou les bras. Mais ils sont aussi très habiles à parer les coups en élevant leur pohamé horizontalement au-dessus de leur tête et le tenant du bout des doigts, afin que le coup ne puisse atteindre ni les mains, ni les doigts, à la façon du fantassin qui pare le sabre d'un cavalier.

« Cette guerre au pohamé se fait avec apparat. Les hommes d'un parti se retirent à une extrémité du village et ceux de l'autre parti à l'autre extrémité. Ils s'avancent

1. N'y a-t-il pas là comme une idée confuse de l'incarnation du Verbe : « Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont pas reçu » ?

lentement au-devant les uns des autres en chantant. Si le refrain se termine juste lorsqu'ils sont à portée de frapper, alors commence le combat; sinon ils reculent en chantant toujours et calculent leur marche en arrière, de manière à ce qu'en revenant le refrain finisse à la rencontre des deux armées. Pendant ce temps, les guerriers du côté qui touche aux maisons, poussent des cris sauvages et frappent du pohamé sur toutes les plates-formes. Quand le combat est commencé, il ne se termine que lorsqu'il y a du sang versé des deux côtés. Il pourrait y avoir cinq ou six tètes fendues d'un côté, le combat ne s'arrêtera qu'au premier sang répandu de l'autre côté. Alors tous les cris cessent ; les coups de pohamé frappant sur le pohamé de l'adversaire ne se font plus entendre; ils redeviennent tous amis; les femmes, qui avait pris part au combat, retournent à leurs cuisines; les hommes à leurs travaux. Ils se racontent longuement leurs prouesses, leur adresse dans le combat. L'un dira : « Si tu n'avais pas paré le coup, je te fendais « la tête. » Et l'autre de répondre avec fierté : « As-tu « vu comme j'ai été prompt à dégager mon pohamé pour « parer ton coup? »

Un jour, une femme du nom d'Abia passait près du jardin de Raouma. Elle incita des enfants à y aller cueillir des bananes. Ce qu'ils firent avec empressement. Ils ne furent pas moins prompts à tout raconter au chef. Quand Raouma se fut assuré de la réalité des choses, il s'en va avec son fils Tohoro au village de Rabao où demeurait la femme.

Abia était sur la plate-forme de sa cabane préparant le repas du soir. La dispute s'allume vite et s'enflamme. Topina, le mari d'Abia, défend sa femme et, de son pohamé, menace Raouma. Raouma, qui avait le sien en main, donne le signal de la bataille. En un clin d'œil pour ainsi dire le village est en deux camps. Tohoro, comme de juste, prend parti pour son père. Une autre Abia, lille de Raouma, mariée au village, fait de même; mais, son mari, Myria, attaque vigoureusement son beau-père. Dans

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la mêlée il casse un bras à sa femme. Raouma, lui, a la tête fendue. Un morceau de chair, large comme la main, s'est détaché du crâne. Il est vrai qu'avant de recevoir ce coup, il avait assommé, pour sa part, sept ou huit personnes, et il s'en vantait.

Le lendemain, Mgr Verjus se rend au village. Là, il tempête et vocifère. Finalement il prêche la paix. En compensation du vol, il obtient pour Raouma douze régimes de bananes. Raouma était si content de cette aubaine qu'il allait répétant : « Pour douze régimes de bananes, je me ferais casser la tête toutes les semaines. »

Un dimanche, au mois d'août 1890 *, au sortir de la grand'messe qu'il avait chantée, et où il avait prêché sur la mission pacificatrice du prêtre, Mgr Verjus apprend que Rabao tout entier, en dépit de son éloquence, allait partir en guerre. Voici à quelle occasion : Un homme du village de Râpa avait volé une femme du village de Pinoupaka. Le voleur était marié. La femme était veuve. Dans l'état des mœurs et coutumes indigènes, le cas était particulièrement grave. Râpa avait outragé Pinoupaka. Le frère de la victime, Aitsi-Oboùgnou souleva toute la tribu de Roro contre Râpa. Râpa appela à son secours toute la tribu de Païtana. Quatre villages : Ghiria, Pinoupaka, Déléna, Béréïna vont donc se battre contre Râpa, Bioto, Mohou et Babiko, quatre autres villages.

A la première nouvelle, Mgr Verjus arrête les chefs de Chiria qui sortaient de la messe et, d'une voix dominante, il leur défend de mettre le pied hors de l'ile pendant trois jours. « Le premier, dit-il solennellement, qui prendra sa pirogue et se dirigera vers Râpa, sera mon ennemi; j'écrirai son nom, et, seul, Dieu sait ce qui arrivera. Allez! Dites-le à tous, et que personne ne bouge! » Les chefs répondirent : « Personne ne bougera. »

Aussitôt, Mgr Verjus monte en barque avec deux Frères et trois chefs de Chiria : « Nous arrivons a Pinoupaka

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