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Journal, 7-14 novembre

3. Les blessés des deux villages furent transportés à Sainte-Marie d'Inawi, où les religieuses les soignèrent. La R. mère Liguori a extrait elle-même la balle que la femme d'Inawaë avait reçue dans l'épaule. Cf. la lettre de Mgr Navarre au T. R. P. Clievalier. Port-Léon, 20 novembre

mandant des troupes, le juge, passent par là, ils leur lancent des flèches. Epouvantés, les Anglais descendent à Port-Léon. L'un d'eux devait remonter le fleuve pour rejoindre à Béipaha, son poste. Ils supplièrent Mgr Verjus de le précéder, afin de pacifier les mécontents avant son passage. D'un coup d'œil, Mgr Verjus a vu le danger personnel qu'il courait en acceptant une mission pareille dans les circonstances présentes. Il avait accompagné le gouverneur. Il lui avait même servi d'interprète. En son nom, il avait reproché aux sauvages leurs guerres perpétuelles. Les aborder aujourd'hui, n'est-ce pas s'exposer à la mort? En vain, ses confrères veulent le retenir. Il a compris que, sans son intervention, l'agent du gouverneur serait attaqué et probablement tué. Les conséquences de ce meurtre se dressent devant ses yeux, terribles : tout le village sera exterminé peut-êlre..., et la haine des naturels pour les étrangers retombera sur les Missionnaires. La Mission sera perdue. Il faut se sacrifier. Au sacrifice, il est prêt depuis longtemps. Le gouverneur veut le faire escorter par quelques soldats. Il refuse. Il ira seul. Toutefois, avant de se livrer au péril de la mort, il sent le besoin de revoir, une dernière fois peut-être, la chère station de Sainte-Marie d'Inawi. Là, les supplications des religieuses et leurs larmes essaient, mais en vain, d'ébranler sa résolution, d'entamer son courage. Il offre à Dieu sa vie, et il part pour Inawaia.

C'est en plein campement des naturels qu'il tomba. A sa vue, tous sont comme frappés de stupeur et de terreur. Ils ne se souviennent plus des menaces de mort qu'ils ont proférées contre lui. En le voyant, seul et sans armes, ils ont compris que le Missionnaire était le messager de la paix. « Venez au bord du fleuve », leur dit Mgr Verjus. Et ils les emmènent sur un emplacement qu'ils avaient occupé autrefois. Là, il leur promet, que, grâce à son intervention, le gouverneur fera la paix avec eux. « Alors, répondent les sauvages, plante ton drapeau sur le bord du fleuve, afin que le gouverneur le voie quand il vien-

dra, et qu'il ne tire plus sur nous. » Et le drapeau du Sacré-Cœur flotta au bord du Saint-Joseph en signe de paix.

Le lendemain, le commandant et le juge remontaient le fleuve, peu rassurés sur le sort de Mgr Verjus et sur leur propre sort. Mais, en apercevant le drapeau du Missionnaire, ils reprirent confiance. Officiellement, la paix fut faite, à condition, d'une part, que les indigènes, éloignés d'une demi-lieue, se rapprocheraient de la rive, et que, d'autre part, aussi longtemps que flotterait sur la maréa le drapeau du Missionnaire, aussi longtemps durerait la paix.

Et, ce drapeau, officiellement reconnu par l'Angleterre, était le drapeau du Sacré-Cœur!

Le nouveau village d'Inawaia portera désormais le nom de Jesu-Baiboua ; ce qui veut dire : la Paix de Jésus l.

Cependant, où en était Rabao, au courant de l'année 1891? Une lettre de Mgr Navarre, que nous analyserons, va nous l'apprendre.

Chaque dimanche, les naturels descendent à Port-Léon pour la messe, sous la "conduite d'un catéchiste. Au dernier son de la cloche, ils se rangent dans la cour des religieuses, deux par deux, les enfants les premiers, puis les femmes, puis les hommes. Les chefs ferment la marche. On se rend à l'église processionnellement ; mais, comme le parcours est peu considérable, on fait le tour de « la maison de prière ». Après la génuflexion, chacun prend sa place et l'on s'y tient, tout le temps de roflice, accroupi ou à genoux, très respectueusement toujours. De petits noirs, habillés de blanc et de rouge, servent la messe. On chante avec accompagnement d'harmonium. Mgr Verjus prêche. On l'écoute attentivement. Il n'est pas rare que

1. Cf. la lettre-circulaire de Mgr Navarre, déjà citée, et une lettre du même au T. R. P. Chevalier, du oO novembre 1891.

SCS yeux se mouillent de larmes. Après la messe, c'est le catéchisme. Les indigènes chantent des cantiques en langue de Roro. On récite la prière, et la sortie s'effectue dans le môme ordre que l'entrée, la procession en moins.

Après la messe, le Missionnaire reçoit. D'abord les malades, puis les enfants à baptiser. Ensuite ce sont les chefs. Les chefs ont toujours à parler au Missionnaire, et, aies en croire, ce qu'ils ont à dire, est toujours capital. Enfin, viennent les adultes baptisés. A leur tenue modeste, timide môme, on voit qu'ils veulent se confesser. D'eux-mêmes ils ont pris l'habitude de se confesser tous les dimanches. Ils le font avec une délicatesse de conscience peu commune, et sortent, à chaque fois, du saint tribunal, le visage heureux.

Bien des pères et mères demandent le baptême. « Nos enfants sont baptisés, disent-ils, et ils iront chez le bon Dieu. Nous aussi nous voulons être baptisés pour aller au Paradis. » Activement Mgr Verjus va pousser les instructions catéchistiques. Mgr Navarre donnera à ces bons sauvages « une sorte de mission ou retraite à leur portée», et on les baptisera à la fête de Noël.

Presque à chaque page de son Journal, en cette fin de l'année 1891 et dans les premiers mois de l'année 1892, il est question de nouveaux baptêmes. Des indications brèves, mais où l'on sent des tressaillements d'àme: «Aujourd'hui dix baptêmes d'adultes et six mariages régularisés ; vingt-deux confessions. — Quatorze baptêmes; huit mariages; vingt-huit confessions. Notre petite paroisse commence à fonctionner régulièrement. — Pourdimanche, je prépare trente-cinq baptêmes. 11 n'en restera plus que trente à baptiser après mon départ (pour l'Europe). Ce sont les vieillards que je n'ai pu encore visiter à domicile et instruire sur place !. — Trente-cinq baptêmes ce malin et onze mariages. Le vieux Raouma et Béra sont enfin bap-

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