Ibid., 27 mars
3. Cf. la lettre-circulaire de Mgr Navarre sur la mort de Mgr Verjus.
demanda le baptême pour elle instamment. Que le vieux chef n'eût pas demandé des remèdes pour guérir la malade ou du moins la soulager, ce fait frappa Mgr Verjus, et il se rend, avec la mère Berchmans, qui sera marraine, près d'Aïva. La cérémonie commence. A chaque question que faisail l'évêque à la malade selon le rituel: « Aïva, croistu en Dieu? en la sainte Trinité? en Jésus-Christ? Croistu que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu lui-même? » etc., la malade répondait fermement: « Oui, je le crois.» Toute la famille était présente. Aux questions suivantes, Raouma interrompt tout à coup Mgr Verjus: « Mais, Missionnaire, lui dit-il, nous savons tout cela. Nous le croyons. Tu nous l'as répété tant de fois... Ah! si nous ne le croyions pas, nous aurions la tète joliment dure. » Cette vive apostrophe du vieux chef épanouit sur les lèvres de l'évêque baptiseur un sourire de joie. Il regardait Raouma comme l'un des moins capables de comprendre et de retenir les enseignements de la religion chrétienne. Aïva reçut le sacrement de la régénération dans les meilleurs sentiments de foi. A l'heure où nous écrivons les lignes ', elle vit encore.
Raouma était fier d'avoir reçu le Missionnaire le premier et, à rappeler ce souvenir, il mettait une sorte d'orgueil naïf.
Un jour, le 14 août 1891, on donna dans Pile un tatsou, un grand repas, en mémoire de la mort assez récente de la fille du chef Obara. La veille, Obara et les autres chefs vinrent en cérémonie, la noix d'arec et le bétel à la main, inviter les Missionnaires. Mgr Navarre et Mgr Verjus s'y rendirent.
Sur la place, de longues files de marmites pleines : ici des pommes de terre douces, là des ignames, là des laros, ailleurs des bananes, ailleurs des poissons. Obara, suivi d'un autre chef, passe dans les rangs des marmites, armé d'une baguette, avec la gravité d'un général qui fait