Journal, 31 décembre
ticulières ; n'en parlez à personne. Savourez-les en silence. C'est comme un vase d'aroinales. Si vous l'ouvrez, le parfum s'évapore. — Les plaies aux jambes et aux mains sont une des afflictions les plus pénibles delà vie de Missionnaire en Papouasie : une égralignure, un rien, tourne mal, par suite de la faiblesse du sang. Evidemment, il faut guérir ces plaies, mais en bénissant la bonne Providence qui les permet. — Rien n'est exaspérant comme les moustiques. Il est impossible de ne pas sentir leurs piqûres et de n'en pas souffrir. Quelle vertu, dans l'espèce, que la patience! N'en parler jamais serait plus méritoire encore peut-être. — La plus dure mortification vient des sauvages. « Nos chers sauvages, disait Mgr Verjus, ont de belles âmes; mais, quels corps!» Dans les réunions, quelles odeurs! Et il faut souvent manger près d'eux, avec eux, dormir chez eux! Leurs plaies sont fétides, et il faut les soigner. Eux-mêmes sont-ils assez importuns, assez impertinents ! Et leurs questions sans fin ! Et leurs demandes éternelles! Vous les avez comblés de prévenances, d'attentions et de bienfaits de toutes sortes, ils vous paient en grossièretés, violences et ingratitude ! Il y a plus : ces pauvres êtres, bas, dégradés, nus, sales, impurs, pleins de vermine, sentant mauvais, vous regardent de haut, vous traitent d'étranger, de menteur, de trompeur, rient de vous et vous méprisent... Naturellement, le cœur bondit dans la poitrine et l'indignation menace d'éclater, en attendant le dégoût... Eh bien, non! Possédez votre àme dans la patience, et dites: Je suis venu en Nouvelle-Guinée précisément pour cela... C'est à moi de les élever de terre. C'est à moi de les civiliser, de les baptiser. — Dans les voyages, dans les intempéries, dans les innombrables dangers d'une vie d'explorateur-apôtre, dans la faim, dans la soif, joyeux abandon entre les mains du Père qui est au ciel. — En toutes ces rencontres, qu'une parole de sympathie ferait de bien ! Oh! pour nos frères et nos sœurs, soyons pères, soyons mères. Pour nous-même, si l'on nous oublie, réjouissons-nous. — C'est une pensée consolante
qu'en religion nous avons des frères qui nous aideront à bien mourir. Même cela, de bon cœur, nous le sacrifierons. Un Missionnaire peut mourir loin de tout secours, et seul! Eh bien, oui, d'avance ce sacrifice est fait, pour la rédemption de la Nouvelle-Guinée.
Voilà les éléments du victimat. « N'est-il pas vrai, disail Mgr Verjus aux âmes qu'il voulait façonner à la ressemblance du divin Maître, n'est-il pas vrai que si vous faites tout ce que je viens d'indiquer, votre vie est bien crucifiée avec Jésus? » 11 ajoutait : « Vous aurez la très subtile tentation d'aller plus loin. Vous penserez aux chaînes de fer, aux disciplines, aux ronces, aux pierres aiguës. » Non, chères âmes ! Modérez vos ardeurs. Souffrez d'abord toutes ces souffrances avec un visage gai. Quand vous aurez remporté et affermi ce triomphe, alors, mais seulement alors, vous irez trouver votre directeur et vous lui direz : Mon Père, je n'accorde plus rien à mon corps. J'ai renoncé à tout. Les fièvres me sont un jeu et les plaies un^bonheur. Je ne m'impatiente ni ne murmure contre les moustiques. J'aime nos sauvages. Oui, en vérité, je les aime. Je ne crains plus leurs grossièretés ni leurs mépris. La faim, la soif, la nudité, les périls, le manque de soins, le manque de tout, peu m'importe. Que dois-je faire encore? — Accueillez, comme venantde la main de Dieu, les compagnons d'apostolat que vous donneront vos supérieurs. Aimez-les comme Notre-Seigneur Jésus les aime. — Est-ce tout ? Fautil donc, parce que l'on est Missionnaire, absolument écarter toute mortification extraordinaire, tout instrument de pénitence? Vous savez quel est l'esprit de Rome. Sans les interdire à quelques membres des congrégations apostoliques, Rome avertissait les premiers prêtres des Missions- Etrangères que ces sortes de pénitences n'étaient point pour la généralité. Mgr Verjus le répétait souvent, et il ajoulait : D'abord le devoir, encore le devoir, tout le devoir. Nous verrons ensuite. Il ne faut pas être trop impatient d'aller au ciel. Faisons feu qui brûle, sans doute;
mais aussi, feu qui dure. D'ailleurs, notre sang n'est pas à nous. Nous ne pouvons le verser qu'avec l'autorisation la plus expresse. Autrement, ce serait du sang perdu. Telle était la sagesse du jeune évoque, directeur d'âmes.
Mais lui, que faisait-il ?
« Puisque mon vénérable directeur me dit de céder aux inspirations de la grâce, je tâcherai de mener une vie aussi pénitente que le permettront le climat, ma santé et mon devoir. Jésus nous a sauvés en mourant. Tout en moi demandera le martyre. »
Et il fait des ébauches de consécration au Sacré Cœur comme victime, pour la conversion de la Nouvelle-Guinée. Voici un premier texte :