‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 212 sur 226 · DU CŒUR DE JÉSUS ET ESPÉRANCE DE NOS CHERS DÉSESPÉRÉS · texte numérisé non relu

DU CŒUR DE JÉSUS ET ESPÉRANCE DE NOS CHERS DÉSESPÉRÉS

0 mon Dieu !

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et par les mains très pures de ma bonne Mère, moi Stanislas-Henry Verjus, pauvre misérable pécheur, chrétien indigne de mon nom, et cependant prêtre de Jésus, missionnaire de son Cœur, père des âmes, petit esclave de Marie, pauvre, nu, misérable, couvert de misères, dénué de tout, détaché de tout, je viens me prosterner devant votre divine Majesté, pour vous supplier de me purifier, de m'éclairer, de me sanctifier, et de m'immoler entièrement, de manière que votre gloire sorte de mon abaissement. Oui, ù mon Dieu, malgré tout, je veux être votre victime. Vous m'appelez, ô mon Dieu, à sauver toutes ces âmes, mais souvenez-vous, ô bon Maître, de votre croix et de votre sang! O mon Jésus, jusques à quand tourmenterez-vous ainsi mon amour? Pourquoi, ô mon Dieu, vous êtes-vous laissé garrotter si vous ne voulez pas que votre victime le soit!... Pourquoi, ô mon Dieu, vous êtes-vous laissé dépouiller!... flageller!... Pourquoi êtes-vous tombé dans votre sang, si vous ne voulez pas me per-

mettre de verser quelques gouttes du mien?... Pourquoi cette couronne d'épines, votre manteau de pourpre?... Pourquoi ces clous, cette croix bénie?... Ah! s'ils pouvaient être mon lit de mort, l'autel de mon dernier sacrifice !... O mon Jésus, j'ai la passion de votre Passion... Sera-ce donc en vain, ô mon Jésus, que vous m'aurez mis au cœur ce désir de vous imiter ?... de vous rendre sang pour sang pour sauver ces âmes bénies?... O mon Jésus, je mets tout à votre disposition, mon esprit, si petit qu'il soit... Rendez-le droit et usez-le à votre service. Je vous donne surtout mon cœur, ô mon Dieu, pour souffrir avec et près du vôtre. O mon Jésus, faites que je comprenne la Passion de votre Cœur, comme je comprends celle de votre corps adorable.

Je vous offre aussi mon corps, ô Maître; crucifiez-le, ô mon Jésus, de la manière qui vous plaira; d'avance j'accepte tout!... Il me semble, ô mon bon Maître, que vous demandez cela de moi, et des chères âmes que vous avez bien voulu mettre sur mon chemin et unir à la mienne pour vous aider à souffrir encore et à vous immoler pour les pauvres pécheurs!...

O mon Jésus, je vous le promets, je ne vous refuserai rien!... Regardez votre pauvre victime couchée à vos pieds. Purifiez-la tout d'abord. Enlevez, arrachez, coupez en elle tout ce qui vous déplaît. Coupez, coupez sans pitié, ô divin Sacrificateur, brisez-moi, détruisez-moi, et laissez-moi, s'il vous plaît, dans la désolation..

Je ne vous demande que le plaisir de me sentir votre victime! Mais, sauvez ces chères âmes que vous m'avez confiées! Rrisez tout en moi, ô mon Dieu, je ne me plaindrai pas! O justice de mon Dieu!... parlez, que vous faut-il!... Dites!... A quel prix les sauverez-vous? Vous faut-il. un esprit humilié? Humiliez-moi!... Un cœur brisé? Brisez-moi... Un corps mutilé! Que je sois moulu, ô mon Sauveur ; mais que vous triomphiez sur mes ruines, et que ces chères âmes montent vers vous!... Que je meure, ô mon Jésus, mais qu'elles vivent heureuses!...

Que vous dire, ô mon Dieu, de ces chères âmes que vous mettez près de la mienne pour m'aider à éclairer et former les autres. Oh! que je les aime! Il me semble que je les aime non pas autant, mais comme vous !... Elles sont si pures, si ardentes, si belles, ces chères victimes! O mon Dieu, est-ce pour les humilier que vous voulez que je les dirige!... Oh! pour elles, ô mon Dieu, je m'offre d'une manière toute spéciale.

Envoyez, ô mon Dieu, ceux que vous avez destinés au salut de ce pauvre peuple. Envoyez l'homme de votre Cœur, celui que vous destinez à être le consommateur de cette chère Œuvre, et si ma vie, ôbon Maître, si mon sang, répandu dans les plus cruels tourments, peut hâter cet instant béni, les voilà, ô mon Dieu!... Me voilà,

tout entier! . .. Prenez-moi, purifiez-moi, et immolez-moi au bon plaisir de votre divin Cœur.

Esclave de Marie, victime de votre Cœur.

Voici un second texte, plus condensé, non moins brûlant. L'évéque l'a écrit avec le sang de ses veines :

Mon bon et unique bien-aimé Jésus !

Aujourd'hui, 17 octobre 1891, fête de l'aimante et première victime de votre divin Cœur, je viens, par les mains très pures de ma bonne Mère, m'offrir à votre justice et miséricorde pour être votre victime, vous priant et vous conjurant de me purifier, sanctifier et immoler entièrement pour payer les dettes de ces pauvres âmes, obtenir leur grâce et leur conversion. Je sais, ô mon Dieu, que vous pouvez me prendre sur parole, et me faire endurer toutes les rigueurs de votre justice. J'y consens, ô mon Dieu ! Je le souhaite !... Je le veux!... Je vous le demande ardemment!... Il faut, ô mon Jésus, cpie vous soyez connu et aimé de tout ce peuple. Il faut que ces âmes soient sauvées!... Il faut que votre sang les lave, les purifie et les sauve! Et si, pour cela, ô mon Jésus bien-aimé, il faut du sang! des tourments! une passion! une flagellation! un crucifiement I un chemin de croix vivant! ô bon Jésus, je vous en conjure, acceptez-moi. Voici tout ce que j'ai, tout ce qui me reste encore!... mon sang... mon corps tout entier!... mon cœur, mon âme, tout moi-même. Crucifiez-moi! ô mon Jésus!... Brisez-moi!... et triomphez sur mes ruines !

O ma bonne Mère, j'ose me placer sur votre cœur de mère comme sur un encensoir. Brûlez, consumez tout en moi, et faites que notre Jésus accepte ma pauvre offrande et qu'il envoie une grâce irrésistible à ces chères âmes que je veux lui porter.

Je m'offre aussi, ô mon Jésus, pour cette petite association des victimes dont j'ai le bonheur de faire partie. Je les aime, ô mon Dieu, comme vous les aimez; multipliez-les pour le salut de votre peuple. Envoyez celui que vous voulez envoyer pour être le consommateur de cette chère œuvre! Et, encore une fois, ô bon Maître, si ma vie, si mon sang tout entier répandu dans les plus cruels tourments peuvent hâter cet instant béni où vous serez connu, aimé et adoré chez ce peuple, me voilà, ô mon Dieu, prenez-moi des mains de votre Mère et de la mienne; purifiez-moi, immolez-moi tout entier au bon plaisir de votre divin Cœur.

y STANISLAS-HENRY VERJUS, Esclave de Marie, victime du Sacré Cœur.

Quels actes donc correspondaient à ces paroles sublimes? Des actes de mort, si l'on peut s'exprimer de la sorte, incessants et presque ininterrompus. Ce pauvre avait des bijoux, tout un écrin de diamants : chaînes, disciplines de cordes, disciplines de fer, bracelets, jarretières.

Ce mortifié s'enivrait de la douleur. Aux jours des grandes ivresses, il appelait à son aide les moustiques, les fourmis, les orties et les ronces. Apprenait-il la nouvelle de quelque grave offense faite à Dieu : blasphème, sacrilège; disait-on que l'hérésie progressait ; que les difficultés s'accumulaient devant les œuvres de la Mission; qu'un malheur menaçait une station ; ou, que la soumission à l'autorité légitime était imparfaite; ou bien que la divine charité du Cœur de Jésus étaitblessée, il se donnait la disciplinejusqu'à ce que le sang ruisselât, et, dans les sillons brûlants, il versait du vinaigre et du sel ; puis, tout le temps que durait la brûlure, il s'étendait sur une croix de bois armée de pointes de fer.

D'autres fois, quand les cicatrices de ses blessures se refermaient, avec une lancette il les rouvrait. « Je ne dois pas, disait-il, passer un instant sans souffrir en mon cœur ou en mon corps, en union avec Marie. » Quand venait la fièvre, sa tristesse profonde était de ne pouvoir suivre ce qu'il- appelait « son petit règlement », — nous venons d'en lire quelques articles. « Je pense, bon Maître, que cette fièvre qui me brûle, est suffisante. Mais, ce qui me fait peine, c'est de penser, au milieu des frissons, que je ne puis mettre et supporter tout ce fer sur mon dos. La seule idée me fait frissonner encore. Ma grosse chaîne surtout et ma discipline armée ne sont plus tant mes amis à ces moments d'accès. 0 Jésus! ne serait-ce pas de la lâcheté? Je veux demain essayer les deux quand même *. »

Et c'est ainsi, répétons-le, qu'il ressemblait au Christ Sauveur. C'est ainsi qu'il rachetait la Nouvelle-Guinée.

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