‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 93 sur 226 · février · texte numérisé non relu

février

216 LE SCOLASTÏCAT

« Vos cinquante élèves, sous la diversité de leurs visages, de leurs langues natales, de leurs études, et même de leurs métiers, — puisque, clans le but de fonder aux antipodes une colonie se suffisant à elle-même et de répandre chez les sauvages les arts au service de la foi, il est parmi eux des apprentis tailleurs, menuisiers, etc., — vos cinquante élèves, dis-je, sont une petite phalange sacrée, pleine de charme, de sève, de vie et d'avenir. Son cœur bat à l'unisson du Cœur du divin Maître, et, sa chaleur, rayonnant autour d'elle, fait du bien à tous ceux qui l'approchent.

« La vieille église espagnole Saint-Jacques, achetée par une souscription, dont le Souverain Pontife lui-même tient généreusement la tête, est devenue sous cet auguste patronage, le siège à Rome de la dévotion si touchante dont vous êtes le fondateur et propagateur choisi par la Providence.

« Après avoir eu la douleur de voir fermer votre merveilleux sanctuaire d'Issoudun, c'est pour vous une consolation divine, d'avoir, au centre même de la catholicité, un foyer nouveau d'où rayonne sur le monde la grande dévotion à Notre-Dame du Sacré-Cœur. Cette dévotion peut bien, de même que Jésus et Marie en leur vie terrestre, avoir ses épreuves ; mais qui pourrait tenir au tombeau ce que Dieu anime de sa vie ? Et d'autre part, comment toute âme qui aime Dieu ne serait-elle pas saisie par la grandeur et la sainteté de la dévotion que vous prêchez ? Notre-Dame, unie au Sacré Cœur ! Ce qu'il y a de plus doux dans l'espérance, et ce qu'il y a de plus profond dans l'amour!...

« Ne serait-ce pas cette dévotion des causes désespérées qui est celle réservée par Dieu aux suprêmes épreuves de l'humanité ? On la dirait née, comme par une sorte de prophétie, au dernier acte du Calvaire. Jésus-Christ venait d'expirer sur la croix. La très sainte Vierge était debout au pied de ce trône sanglant. Un soldat, d'un coup sacrilège, perce le flanc de son bien-aimé et adoré Fils. Ce fut le dernier glaive qui perça aussi le cœur de la

Mère de douleur. Souvent, dans le cours de la sainte enfance de Jésus, Marie avait senti le Cœur de son Fils battre contre le sien ; et sa chaleur divine l'avait pénétrée d'une inexprimable tendresse pour l'humanité dont elle devait être la Mère. Mais c'est au pied de la croix qu'elle a reçu, de la parole du Rédempteur, la consécration solennelle de sa sublime maternité; et la blessure du Cœur divin, s'ouvrant sous son regard, en fut comme le sceau sanglant.

« Heureux êtes-vous, disais-je à ces jeunes prétendants du sacerdoce et du martyre, heureux êtes-vous de recevoir, sous de tels auspices et un tel patronage, la sève et la couronne apostoliques ! Et comme ils vous préparent à cette glorieuse conquête des âmes à laquelle la Providence vous destine !

« Deux de vos compagnons déjà sont morts, consumés en quelque sorte par le martyre de désir *. Quel gage pour vous-mêmes d'un apostolat généreux et fécond !

« Heureux êtes-vous donc, dans ces temps douloureux où tant d'àmes baptisées apostasient, d'être choisis de Dieu pour aller porter aux régions les plus déshéritées le baptême avec l'Evangile, et donner à Notre-Seigneur Jésus-Christ des âmes remplaçant celles qu'il a perdues! Conquérir des âmes au divin Maître, préparer, au prix de la vie peut-être, l'avènement du règne de Jésus-Christ, c'est là l'idéal de la foi et de la gloire chrétiennes. Et cette grande œuvre en porte une autre avec elle. Par cette évangélisation nouvelle et lointaine, vous rachetez les fautes commises dans la vieille Europe par la Fille aînée de l'Eglise. Chaque âme que vous gagnerez en Océanie sera un gage de rédemption pour la grande et malheureuse nation que l'Esprit du mal tente si violemment ; car c'est grâce à l'apostolat français que la France gardera la foi catholique. Soyez-en bénie mille fois, jeunesse avide de fatigues et de sacrifices ! Que Dieu soit toujours avec

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