‹ Monseigneur Henry VerjusChapitre 94 sur 226 · Octave de Brinon et William Neenan · texte numérisé non relu

Octave de Brinon et William Neenan

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vous, comme il l'est aujourd'hui, comme il fut avec ces glorieux martyrs dont les ossements sont là, devant vous, frémissant tous les jours sous l'ardeur de vos embrassements, et sous le sang éternellement fécond de Jésus- Christ !...

« Nous étions, en effet, tandis que j'adressais la parole à ces chers jeunes gens, devant un autel recouvrant des reliques des saints qui fondèrent le christianisme à Rome ; et tous nous nous sentions pénétrés de celle pure et chaude atmosphère qui enveloppe les cendres des martyrs '... »

Est-ce que le frère Verjus n'avait pas raison d'écrire : « M. de Belcastel parle comme un orateur, et surtout comme un saint » ?

Ordonné sous-diacre, le 25 août 1882, il reçut le diaconat, à Saint-Jean-de-Latran, le 19 mai 1883. Le 9 mai, il avait passé tout à la fois l'examen du diaconat et l'examen de la prêtrise, à l'« entière satisfaction des examinateurs ». « N'est-ce pas là, disait-il, un miracle de la grâce du bon Jésus? » En cette circonstance, comme en beaucoup d'autres de sa vie, il avait fait des promesses aux âmes du Purgatoire ; il les tiendra. Le 10, il est en retraite. « Je suis de Dieu qui m'a créé pour faire de moi un saint diacre. Je suis à Dieu qui veut faire de moi un saint Missionnaire. Les trois grands diacres sont des martyrs. La vertu du diacre, c'est la charité. Il faut que je meure à moi-même avant de donner mon sang pour Jésus. Que si jamais je devais être un mauvais diacre, si jamais, 6 mon bien-aimé Jésus, je devais vous offenser, même véniellement, de propos délibéré, faites qu'au jour de l'ordination, quand je serai prosterné, je ne me relève pas. Faites-moi mourir au pied de voire autel. Si, au contraire, je dois être votre instrument pour le salut de mes chers sauvages, si je dois

l. On trouvera toute la lettre dans les Annales d'avril 1883.

vous faire aimer, si je dois être un jour votre martyr, oh ! que je me relève, changé, transformé, converti, ne pensant plus qu'à votre gloire et aux moyens de la procurer par l'anéantissement de tout moi-même!... » Au cours de sa retraite, dans les moments libres, il lit la Vie de saint François Xavier. Elle le remue « profondément ». Elle lui fait du bien, « un bien immense ». Une fois diacre, il pourra souhaiter Dieu à ses frères : « Que le Seigneur soit avec vous! » Il pourra aussi leur prêcher Dieu. Quel honneur et quelle joie ! En retour, le diacre doit être dans la disposition de donner sa vie pour Dieu. Oh ! que le Seigneur est bon, puisqu'on faisant du martyre une sorte d'obligation au diacre, il répond au plus intime, aii plus ardent, au plus persévérant désir du cher retraitant !

Ces aspirations vers une fin sanglante ne seraient qu'un rêve de l'imagination, un rêve dangereux, si l'aspirantmartyr ne pratiquait les vertus de l'heure présente. Or, elles se peuvent ramener toutes à l'humilité. C'est donc l'humilité qui sera le fruit de cette retraite. « J'ai vu tomber, écrit le frère Verjus, les cèdres du Liban. J'ai/vu disparaître de notre chère petite Société des hommes que j'estimais à cause de leur science et de leur vertu. Il faut donc, si je veux persévérer dans ma vocation sublime, que je m'attache sérieusement à la vertu d'humilité. A quoi me serviront mes études, mes travaux ? Le martyre même, à quoi me servira-t-il, -si je ne suis humble de cœur ? » Il renouvela toutes ces résolutions et prières durant la prostration. Et maintenant, vive Jésus ! Le voilà diacre. Quand sera-t-il prêtre?

Au matin du 17 octobre, en la fête de la bienheureuse Marguerite-Marie, il écrit : « Joies inexprimables ! Le bon Jésus seul qui les envoie peut les comprendre ! Aujourd'hui, le R. P. Jouet, au nom du T. R. Père supérieur général et de toute notre chère petite Société, m'a appelé au sacerdoce !... Malgré mon indignité notoire, me voici donc au terme de mes vœux les plus ardents!.. Et tout cela, en vue de mes chères Missions ! Je ne sais plus que dire :

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Mon Dieu ! Mon Dieu ! » C'est là ce qu'il écrit dans son Journal sous le coup de la première émotion. Un mois plus tard, dans une lettre h son ami le plus intime, il donnera de familiers et charmants détails :

« Figurez-vous, mon bien cher Père, que, le 9 octobre dernier, toute la communauté se mit en retraite, excepté votre serviteur. Mon étonnement ne fut pas petit... Et, tout aussitôt, dans ma tête, je me mis à forger mille hypothèses ; mais, je suis mauvais forgeron, car la seule hypothèse que je ne forgeai pas était la seule vraie.

« Le 17 au matin, jour de la fête de notre chère Bienheureuse, pendant que j'étais à la cuisine à faire des brioches (vous saurez qu'en ma qualité de recteur des Frères laïques, je suis un peu professeur de cuisine), on me vint quérir au nom du R.Père supérieur. Je m'empresse, tout enfariné.

« C'était la grande nouvelle : k Mon cher enfant, me dit « le R. P. Jouet, il faut vous préparer à être prêtre sous « peu. »

« Cette parole me fit l'effet du glaive dont parle saint Paul : Pertingens usque ad divisionem anîmœ*. Elle marqua un point dans ma vie après lequel je soupirais, vous savez comment et depuis quand !

« Après l'avoir entendue, il me sembla que j'étais dans un monde nouveau et que tout mon passé était bien loin derrière moi. Mon premier mouvement fut d'aller remercier Notre-Seigneur et Notre-Dame du Sacré-Cœur. Cette grâce que j'avais attendue depuis si longtemps et, je l'avoue même, avec une sorte d'impatience, il me semblait qu'elle était arrivée trop tôt... Je retournai à la cuisine. Je fus tout étonné de retrouver mes brioches en place. C'était bien de brioches qu'alors il s'agissait!.. On s'y remit pourtant, vous pensez avec quelle joie ! Il me semblait être plus près du bon Dieu que jamais. Je pensais à la sainte messe, à l'union intime du prêtre avec Jésus, et

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