PERTE NS
ces représailles de ses économes aux abois:
mais sa générosité trouvait quelque nou-
£ vel expédient, et c'était toujours à recommencer.
Nous avons dit que se plus grande aumône était celle du respect à l'égard du pauvre. Ïl l’a poussée jusqu’à l’héroïsme :
nul de nous n’ignore combien il est pénible d’être interrompu au milieu d’un travail sérieux pour une bagatelle qui pourrait être remise à plus tard, ou tout à fait négligée. La mauvaise humeur ou ji tout au moins la froideur des manières :
\ est la première vengeance à l'égard des |
malappris ou des indiscrets qui viennent
ainsi arrêter le vol de grandes pensées ou de beaux projets. Ce n'était point là la \ disposition de ce jeune prêtre : il regardait tout le monde comme ayant droit à son intérêt et à son temps. Il écoutait pendant des heures les redites des pauvres villageois qui lui exposaient leurs difficultés avec un luxe de détails à décourager le plus intrépide ; il questionnait affectueuseju ment, longuement, sans jamais laisser paraître une ombre de lassitude ou d’ennui ; L le gouverneur-général n’eût pas été mieux | traité. Il reconduisait ensuite ses visiteurs
L jusqu’à la porte, avec des paroles affables,
men 3e AR — —
mi ee op
à ‘ … AURR ef: ‘ SL | S
“ans ee Eee
et les laissait attendris et gagnés pour toujours.
N'a-t-on pas raconté l’histoire de cette pauvre femme ivre que les serviteurs venaient de mettre un soir à la porte de l'évêché, et qu’il fit rentrer sans bruit dans le parloir, où elle échappa au moins au froid et à la souffrance : sa honte, en s'éveillant le lendemain sur ce banc du parloir extérieur, et ses remords payèrent le prêtre de son dévouement pour ses enfants même égarés.
Il avait le sens du respect : aussi fut-il infiniment respecté de tous. Amis ou adversaires d’un jour purent apprécier différemment ses actes, tous convinrent de la droiture de ses intentions, et rendirent hommage à son caractère.
La pratique de toutes ces vertus lui avait entièrement gagné le cœur de son évêque: Mgr Lartigue aimait à faire l'éloge de son secrétaire, et se félicitait d’avoir enfin trouvé un homme d’un zèle infatigable, qui unissait à la plus charmante modestie et à la plus parfaite ré-
serve la piété la plus tendre et l’austérité
la plus parfaite.
nee , D
: Le gouvernement anglais n'avait pas | encore voulu reconnaitre l'évêque de Montréal : sa frayeur de la hiérarchie catholique persistait toujours, pourtant tout était en voie d’apaisement. L'opinion publique était trop déclarée pour que le fait accompli ne fût pas enfin sanctionné : Mgr Lartigue d'ailleurs, grâce à des talents - supérieurs et à une activité extraordipl naire, avait fait à l’évêque de Montréal une situation si large, qu'il devenait impolitique de sembler l'ignorer: le bon sens et les faits parlèrent si haut que toute
opposition tomba.
ee Vi WW CG (D
Ce ne fut pourtant que dans les dernières années de sa carrière épiscopale qu'il fut définitivement nommé titulaire
de Montréal, et qu’il put jouir sans con- IN teste d’une autorité qui lui appartenait depuis si longtemps. Ce fut comme la consécration de sa vie et le couronnement de ses travaux.
Qu'on juge si le cœur de son jeune secrétaire fut rempli de joie et de consolation en voyant réussir cette œuvre pour laquelle il avait tant lutté lui-même, et qu'il avait contribué plus que personne à faire réussir. Il était trop modeste pour le reconnaître ; mais quand, dans la joie de
ce grand événement, Mgr Lartigue voulut donner un témoignage public de reconnaissance à ceux qui l'avaient servi dans ses grandes entreprises, il ne chercha pas longtemps au milieu d'eux pour désigner l’abbé Bourget comme le plus méritant, et il choisit comme coadjuteur le plus zélé de ses auxiliaires.
Zn
Il voulait ainsi récompenser dix ans d'inappréciables services et de complet dévouement, et le clergé et le peuple applaudirent à cet acte de publique gratitude.
pt =
Il n’y eut qu’un mécontent, si nous pouvions nous servir de cette expression ÿ quand il s’agit de ce saint prêtre qui jamais ne s’opposa à ce qu'il croyait la volonté de Dieu : il n’y eut au moins qu’un homme qui regretta sincèrement ce choix :
c'était celui qui en était l’objet. Une telle charge n’alarmait pas simplement sa modestie, mais l’effrayait par ses responsabilités.
Sans doute il se disait qu'il ne serait que coadjuteur, que longtemps encore il jouirait des conseils et de la direction de Mgr Lartigue, mais enfin il ne pouvait se dissimuler qu’un jour il hériterait de sa
nn
om
succession, et ce jour-là pouvait être très rapproché.
Que de fois pendant sa retraite préparatoire à l’épiscopat, le texte de saint Paul ne revint-il pas à sa mémoire : Oportet episcopum trreprehensibilem esse ! L'évèque doit être irréprochable dans sa maison, ses relations, son langage, son silence même! Ce mélange de force et de douceur, d'autorité et de condescendance, ce grand art du gouvernement des hommes, le possédait-il ? Du moins une chose pouvait le rassurer : c'est que cet honneur lui venait sans qu’il eût rien fait pour l'obtenir ; il n'avait ambitionné que l’humble et obscur dévouement du prêtre; le Ciel voulait mettre sur son front la couronne des évêques, il savait qu’elle serait souvent une couronne d'épines, et il cessa de refuser sa tête au bandeau sacré.
Ce fut le 25 juillet 1837 qu'il reçut la bénédiction épiscopale,dans cette nouvelle cathédrale qu’il avait tant contribué à embellir et qu’il devait voir un jour dévorée par les flammes. Heureusement que le Ciel voilait à tous alors ce funeste événement et que ce beau jour ne connut aucun funeste présage. La joie du peuple était à son comble ; l’avenir de l’église canadienne
semblait assuré, et l’église de Ville-Marie en particulier allait inscrire dans ses dyptiques un nom cher à tous, et bientôt glorieux.
Malheureusement ces premières années de joie et d'espérance furent interrompues par un grand deuil : le 19 avril 1840, Mgr Lartisue, usé par ses travaux apostoliques, rendit sa belle âme à Dieu, à l’âge de 62 ans, 9 mois et 22 jours.
Ses dernières années avaient été paisibles, il aimait à s’en féliciter avec ses anciens confrères du séminaire de Saint- Sulpice, à qui il avait rendu toute sa confiance et son affection. Le séminaire avait eu les prémices de son attachement sacerdotal, il eut les dernières marques de sa filiale estime. L'évêque de Telmesse, qui l'avait tant aimé, eut le cœur brisé par cet événement, quand il commença à ‘chanter devant les dépouilles de son prédécesseur le sublime swbvenite de l'Eglise, le cœur lui manqua et il ne put continuer à cause de ses sanglots ; il pria M. Joseph Crevier, un jeune ecclésiastique, d'achever cette prière à sa place. Il se retira, et ses prêtres le retrouvèrent quelques instants après dans sa chambre, inondant de larmes les pieds de son crucifix.
Quatre jours après la mort de Mgr Lartigue, il entra en fonctions, mais 1l voulut aussitôt mettre ses diocésains dans la confidence de ses sentiments, et en rendant hommage à la mémoire de son prédécesseur, leur exposer sa douleur et ses appréhensions. Ce fut toujours là sa pratique ; comme un père aime que ses enfants s’intéressent aux affaires de sa maison, ainsi aimait-il à confier à son peuple ses inquiétudes pastorales et les sollicitudes de sa charge. Alors tout le monde en prenait sa part et regardait comme siens les intérêts de ce père vénéré, jouissait de ses succès, et l’aidait à supporter ses épreuves.
Ses mandements, écrits dans un beau style, affectaient une tournure oratoire qui lui était naturelle, et que n’ont pas ordinairement les graves documents épiscopaux, mais ils étaient pleins de chaleur, d’onction et d’éloquence : le peuple comprenait cela, et chacun de ces actes avait un puissant retentissement dans le pays.
Voici comment, dès le 3 mai 18490, il versait dans le cœur de. ses enfants ses propres inquiétudes :
“ Oh! que le poids de ma charge est ‘ accablant, nos très-chers Frères! Nous ‘“ vous conjurons donc, au nom de J'ésus-
qe GP et A PE ÿ
PDT RE
ne mere 2
te" PORT VE Lrokd anne 0 he Le H 12 Le
“ pratiques de la religion, votre respect | ; ‘ pour vos Pasteurs, en un Mot, par votre } l « Ë AT F4 horreur pour le Vice, et votre fidélité à 1 “ tous vos devoirs religieux. Car c’est là f “tout ce que nous vous demandons en q
“Justice, vous tous que nous aimons dans “les entrailles de Jésus-Christ, et que
‘ voir Présenter, au dernier jour, purs et 1 ‘ sans tache, au tribunal du Souverain h | “ Juge. Puissions-nous, nos très-chers | ‘ Frères, sauver tous ceux dont Dieu nous 1 ‘ établit aujourd’hui le Pasteur, afin qu’en ‘| “ce jour terrible où nous irons rendre | Î
} | “ayons le bonheur de dire avec Jésus- | | “ Christ: O Père Saint ! j'ai gardé ceux |
“que vous m'avez donnés, et aucun d'eux | “ n’a péri, si ce n'est le fils de perdition.”
Te "fe 4 pm ©” ni” [e»]