‹ Monseigneur Ignace Bourget, archevêque de Martianopolis (ancien évê que de Montréal) [microforme]Chapitre 9 sur 21 · ÉPISCOPAT DE MGR BOURGET · texte numérisé non relu

ÉPISCOPAT DE MGR BOURGET

Oporlel episcopum irreprehensibilem esse.

Il faut que l’évêque soit irréprochable,

Lorsque l’apôtre traçait à son disciple les grandes lignes du caractère épiscopal, il ne parlait pas seulement pour les successeurs immédiats des apôtres, mais pour tous ceux qui dans la suite des âges seraient honorés de la même dignité. Sans doute, les difficultés seraient moindres souvent, la persécution pourrait même cesser entièrement, mais l'épreuve continuerait toujours, parce que c'est la condition de l'existence de l'Eglise, aussi bien

que.des individus.

Le jeune pontife qui, au printemps de 1840, essayait Sa houlette pastorale sur les rives du Saint-Laurent, ct commençait au milieu de nos populations ce long voyage apostolique qui devait durer près de cinquante ans, en était plus convaincu que tout autre ; il avait non seulement

les exemples et les conseils de Mgr Lartigue, mais encore, après les inspirations particulières de l'Esprit-Saint, les oracles

de la sainte Écriture qui retentissaient à

ses oreilles : Oportel episcopum irreprehenst-

bilem esse !

Après le premier moment d’effroi qu'a

vait éprouvé s01L humilité et dont il avait voulu confier l'expression à 808 chers di0césains, il se recueillit, prit connaissance des affaires, vit és membres les plus in- {luents et les plus SaBc8 de son clergé, et il se mit bravement à la tache avec une confiance sans bornes dans la divine Providence. Mais cet abandon entre les mains de Dieu, il ne voulait pas qu'il dégénérât en présomption : il résolut donc d'agir comme s’il devait tout faire en reconnaissant partout que rien ne sopérait et ne réussissait que Par la grâce du Ciel.

Pour l'obtenir plus abondante, il conla

yoqua Son clergé aux exercices de

MGR BOURGET. pl

retraite ecclésiastique dès le 4 août 1840, et l’appela à se grouper autour de lui, tant pour prier que pour s'entendre sur les mesures du bien :

“Si Moïse, sur la montagne, put seul “ obtenir, en tenant ses mains élevées vers “le ciel, une victoire complète à son “ peuple qui combattait dans la plaine, ‘‘ espérons que nos prières réunies auront “ l’'heureux effet de faire violence au ciel ‘et pourront remédier aux plaies de “ l'Eglise dans ces jours mauvais, où tant “ d’ennemis ont conjuré de nous enlever “ le précieux dépôt de la foi.”

Monseigneur parlait de Jours mauvais :

la situation était-elle donc déjà alarmante pour la foi des catholiques canadiens ? Oui, les temps étaient partout mauvais pour l'Eglise : si celle de France traversait en ce moment une crise. vraiment dangereuse, grâce au monopole que l’Université avait pris sur l'éducation de la jeunesse, et aux hypocrites mesures- du gouvernement de Louis-Philippe à l'égard des catholiques, des dangers d’une autre nature, mais à peine moins redoutables, menaçaient le Canada.

Le gouvernement anglais respectait en

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somme les clauses du traité de Québec : on l'avait même vu disposé dès 1781 à donner un évêque.à Montréal, mais une méprise du gouvernement pontifical, qui envoya au ministre des colonies un décret de nomination d’archevêque pour Mgr Plessis, et rétablissait de fait la hiérarchie catholique en Canada, éveilla plus tard les susceptibilités gouvernementales : on crut y voir des menées secrètes et peu loyales ; lord Bathurst et son successeur s’en montrèrent mortifiés. Le choix de Mgr Lartigue, dont tous les parents appartenaient à l'opposition, n’améliora pas les choses, et ce ne fut, comme nous l’avons dit, qu'à la fin de sa vie, et grâce à l’intervention du séminaire, qu’il fut enfin reconnu, non plus comme simple auxiliaire suffragant et grand vicaire de Québec, comme l'avait précédemment qualifié le décret de Rome, mais comme ordinaire du diocèse de Montréal, et véritable évêque de ce district.

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La prudence de Mgr Bourget prépara Ja voie à une entente plus cordiale, et l’on espéra que de ce côté un apaisement complet allait suivre.

Le vrai danger était à l’intérieur : l’accroissement du nombre des habitants, le

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le

mélange de populations protestantes et catholiques, le manque de prêtres dans les missions et les chantiers, avaient amené un état de relâchement qui alarimait à bon droit le pasteur.

Un souffle d’incrédulité ou de dénigrement avait passé sur les hautes classes, et plusieurs hommes marquants cessaient de donner les exemples de foi et de piété traditionnelles chez nous.

On n’en était plus à ces vingt premières années héroïques de l’ancien Montréal où la population entière semblait une communauté religieuse ; la visible protection de Marie se montrait toujours dans les œuvres de foi qui y naiïssaient et y progressalent de toutes parts, comme poussent au printemps les lis autour de son sanctuaire, mais, à côté de ce consolant spectacle, il y avait une plaie dont la vue aésolait le cœur du vénéré pasteur, c'était l’ivrognerie et à sa suite l’oisiveté et.le libertinage : que faire pour arrêter le débordement des mœurs ?

Monseigneur pensa que rien ne pouvait être plus efficace que l'établissement de missions et de retraites pour le peuple. Il avait vu dans l’histoire de l'Eglise que ce

moyen avait toujours réussi : les exemples des saint Vincent Ferrier, des saint Vincent de Paul, des saint Charles Borromée, des saint François de Sales étaient présents à sa mémoire. Il lui fallait des missions ; mais le décret qui les établirait ne ferait pas surgir l’homme apostolique qui les ferait réussir, Dans ces grandes entreprises, un saint est nécessaire, et l’éloquence du missionnaire doit passer après la ferveur apostolique du prêtre.

Il lui sembla que le ciel venait à son secours: Mgr de Forbin-Janson, évêque de Nancy, et fondateur des missionnaires

de France, était venu à New-York l’année précédente, et Mgr Lartigue avait déjà eu la pensée de l’attirer en Canada pour y prêcher des missions. Ne pourrait-il pas faire profiter son peuple des effets de grâce que la présence de ce pieux prélat et ses exhortations avaient produits aux Etats- Unis ? Il le crut et mit aussitôt ce projet à exécution; Mgr de Nancy accepta sa demande et débuta par la mission de Terrebonne.

Ce fut un véritable ébranlement dans tout le pays ; l'émotion gagna de proche en proche; Mgr Bourget donna au zélé missionnaire tous les prêtres dont il pou-

vait avoir besoin, et toutes les paroisses appelèrent à grands cris la venue des hommes de Dieu.

La tempérance, c'était pour tout le clergé et le peuple canadien une question capitale, une question de vie ou de mort:

aussi Monseigneur vit-il avec une infinie reconnaissance les bataillons de la croix grossir, se multiplier et devenir légion!

Ce fut un enthousiasme indescriptible, et ceux qui en ressentirent les fortes joies en parlent encore avec admiration. Mais au milieu de ce succès, on crut trop facilement peut-être que la bataille était définitivement gagnée, et la cause du bien assurée pour toujours ; on ne s'apercevait pas que ces gros bataillons avaient peu de profondeur, dque pour ER les dé-

a AL. Jandra disciplin Aussi

ri 16 cafté arméc met dres & &in'avaient qu'un ctif de Le en 1p us illusoire.

Le relâchement alla vite, et quatorze ans plus tard, l’épiscopat canadien invita de nouveau toutes les familles à prendre

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la croix de tempérance. La parole de Mer Bourget (256 avril 1854) eut dans cette circonstance des accents d’une tristesse et d'une énergie poignantes :

“* L'ivrognerie, que l’on croyait pour ‘ ‘ jamais exterminée, a reparu. Hélas ! elle n'était que cachée dans les sombres sou- “ terrains d'ignobles tavernes. Là elle re- ‘ prenait ses forces perdues dans le grand “ combat que lui avait livré la tempé- “rance. Elle se regorgeait dans les té- “ nèbres de plus de cinq cents auberges “ sans licence, du sang de la veuve et de “ l'orphelin. Elle avait pour la protéger “ tout ce que le pays a d'hommes le plus “ démoralisés et dont la cupidité engendre ‘ tous les maux qui nous débordent. Elle “ se | ORALE Fe RES utoi cité. x

“ faire mett

‘+ aubergistes, qu “ par le jeu et la A ébeudte. Ah! eut “ qu’ils craignaient de passer par le feu, “ tant ils étaient persuadés que les en- ‘“ nemis de la tempérance sont capables

MGR BOURGET. e 57

“ de tout. C’est de cette sorte que l’ivro- “ gnerie s’est conservée, et qu'elle a rallié “ sous sa lugubre bannière les déserteurs “de la Tempérance. Fortifiée par la “troupe de ceux qui, par lâcheté, fai- “ blesse ou autrement, ont quitté nos ba- “ taillons, elle se dispose au combat... ”

Ce n’est pas la dernière fois que le saint évêque aura à réclamer contre ces déplorables abus. Dans nos pays, le climat est le complice av.ces excès communs chez tous les peuples du Nord : le mélange des races et des religions, les progrès subits d’une immense industrie, le développement de la population expliquent ces malheurs, sans les justifier. À mesure que les choses prendront un cours plus régulier et plus stable, la ligue contre le fléau pourra devenir plus puissante, nos législateurs ne seront plus débordés par. des demandes incessantes et trop appuyées ; mais ce serait se faire illusion que de ne pas comprendre que d'ici longtemps encore les amis de la tempérance auront de grands combats à livrer.

Les moyens de résistance diminuent aussi : aux premiers jours de la ferveur, on trouvait tout naturel que le directeur de l’association allät publiquement et so-

lennellement enlever la croix de tempérance de la maison dont le chef avait violé ses promesses ; aujourd'hui, agir ainsi serait à bon droit traité d’excès de zèle et d'imprudence. La répression tout en restant active, est tenue à une grande réserve; espérons que la Providence de Dieu rendra plus facile la-victoire contre ce terrible fléau !

C'était surtout dans sa visite pastorale sur le territoire d'Ottawa et parmi les ouvriers des chantiers, que Monseigneur put comprendre la nécessité d’'opposer une digue aux envahissements de l’ivrognerie et de l'immoralité : ‘“ Bien qu'il fût reçu partout comme un ange de Dieu et comme Jésus-Christ même,” il s’alarmait à bon droit de voir le peu de prêtres attachés à ses missions, et le dénûment auquel ils étaient réduits.

Il s’entendit avec les principaux citoye,,s pour procurer aux missionnaires 1,s moyens de visiter les chantiers et d’arr éter les désordres qui s’y commettaient.

Après cette course apostolique qui lui avait gagné le cœur des plus éloignés et des plus pauvres de ses enfants, il revint terminer sa première année d'épiscopat

dans sa chère ville de Montréal avec ces douces paroles qu'il adressait à son peuple, le 12 décembre 1840: ‘“ En qualité de “ pasteur des âmes, Nous pouvons et Nous “ devons vous dire en toute confiance ce “ que le Chef des pasteurs disait aux Juifs : “ Je suis venu pour que mes brebis aient “la vie, et qu'elles l’aient en grande ‘ abondance.”

Toujours défiant de lui-même et empressé de recevoir des conseils, il résolut de mettre à exécution la pensée de son prédécesseur, et de créer un chapitre de chanoines qui l’aidassent dans l’administration de son diocèse, Il choisit ceux que lui désigna l'opinion publique. Ce furent MM. A. G. Manseau, W. G. Hudon, J. C.

Prince, H. J. Trudeau, E. Lavoie, J. O.

Paré. Si ce canonicat n'eut qu'une existence éphémère, il ne faut s’en prendre ni à Monseigneur, ni à ces Messieurs, mais au malheur des temps, et à des difficultés dont nous parlerons bientôt.

C’est sans doute par leurs conseils que,

- dès cette année 18490, il adressa à son cler-

gé une circulaire contre les bals, empreinte d’un esprit de modération et de bonté vraiment paternel. Trois ans plus tard, 1l compléta ces instructions par une

circulaire sur les danses, où il reproduit la doctrine de saint Antonin et de saint Liguori sur ces parties de plaisir. Le même ton de paternelle indulgence y règne partout ; pourtant il croit nécessaire de recommander : 1o que dans ces délassements il n’y ait ni chansons, ni danses contraires à la pudeur; 20 que les parents y conduisent eux-mêmes leurs enfants, sans jamais laisser leurs filles y aller seules avec des jeunes gens qui les fréquentent ; 89 que ces assemblées ne se prolongent pas longtemps dans la nuit, et qu’on n’y offre pas de liqueurs enivrantes.

Personne d’entre nous, pères de famille et chefs de maison, n’hésitera certes à souscrire à de semblables conseils.

L'élan était donné; on vit de toutes parts une noble émulation à suivre le pieux évêque dans les sentiers du zèle.

Saint-Sulpice, toujours à la tête des bonnes œuvres et le premier. au dévouement, avait fondé un séminaire qui allait devenir la pépinière du clergé canadien et américain. Déjà de toutes parts affluaient des demandes d'admission ; les RR. MM.

Bayle, Larue, Colin, Lavigne, Rouxel et Lecoq voyaient se grouper autour d'eux des générations de jeunes clercs que leur

direction virile et paternelle tout à la fois attirait des extrémités de l’Acadie et des Montagnes Rocheuses. Bientôt les bénédictions de Dieu sur cette œuvre allaient devenir si abondantes, que l’établissement d'un petit séminaire allait paraître urgent aux supérieurs de Saint- Sulpice, et qu'ils allaient sacrifier leur magnifique collège, si cher à toute la jeunesse canadienne, pour une institution plus spécialement destinée à la formation des futurs clercs.

Sainte-Thérèse fut établi l’année suivante, sur le plan des séminaires-collèges, (8 janvier 1842) et produisit un grand bien. Les Oblats, dont il annonça l’établissement le 5 janvier 1845, ne se vouèrent d’abord qu'aux missions, et chacun sait comment ils devaient admirablement prendre la succession des Récollets et des Jésuites, qui avaient autrefois évangélisé les sauvages. Ils allaient faire plus encore pour le bien du pays, en fondant à Ottawa ce beau collège universitaire, où les succès des élèves ne devaient être surpassés que par les talents des maîtres.

En même temps que Saint-Sulpice retournait à son œuvre de prédilection, la formation des clercs et la direction des

paroisses, l’évêque de Montréal, sur le conseil du séminaire, appelait les Rév.

Pères Jésuites (13 sept. 1846) pour donner aux jeunes gens “ appelés à vivre dans le “ monde une éducation adaptée aux dli- ‘ verses classes de la société.”

Vous recevrez celte lettre comme vous nous recevriez nous-méme, disait-il avec tendresse à son peuple. \

Elle vous dira qu’en contribuant généreusement à cette bonne œuvre, vous aurez part à tout le bien qui se fera dans ce nouveau collège. ÆElle vous dira que vous procurerez à votre ville un élablissement précieux dont toules les grandes villes sont jalouses ; témoins | New-York, Boston, elc., qui vous avoisinent. (| Elle vous dira que vous fixerez dans votre (l

ville des hommes appartenant à une compa- 14

gnie dont plusieurs membres arrosèrent autre- !

fois celte terre de leurs sueurs et de leur sang, | lorsqu'ils y vinrent planter la Foi...”

il Mais, à mesure que l’œuvre se déve-

è loppait, il semblait à l’évêque que l’ho- A: è rizon de ses travaux reculait sans cesse, et ë ‘ qu'il ne pourrait jamais en atteindre les nl Jimites, s’il n'allait pas demander au Père |!

commun des fidèles aide, conseil et protection pour une si grande entreprise. Il

partit pour la Ville éternelle le 30 sep- |

le

7. tembre 1841, et reçut une triple bénédic- | tion pour lui, les congrégations, et le , "4 peuple, et en outre toutes sortes d’en- h

couragements.

| Sitôt de retour, il se remit à l’œuvre S avec une ardeur nouvelle, et se rappelant | = la parole de saint Paul, #{ pauperum me- |

\ mores essemus, ce fut des pauvres qu’il

s’occupa tout d'abord; il avait visité en

. | Europe beaucoup d’étabiissements de cha-

) rité avec une sainte jalousie, comme il le

disait lui-même. Il aurait voulu être saint

Vincent de Paul : il lui aurait fallu pour

le seconder une nouvelle Madame Legras.

Mme Gamelin vint à son secours et l’aida

à fonder cet asile de la Providence, qui

(| complète parmi nous les œuvres de lasœur

Y4 Bourgeoys et de Mile Mance, en visitant à domicilé les pauvres et les malades. à

sil

. Dès 1841, il avait écrit une circulaire | 4 pour recommander cette institution au ni clergé et aux fidèles ; il fut compris, en 1] 1844 une première profession eut lieu ; de- 1: puis 218 jeunes filles (allocution de 1862,) sont venues successivement s’y enrôler sous la bannière de la charité, et le nombre en grossit tous les jours.

La maison compta bientôt 16 établissements dans le diocèse, et 18 à l'étranger, où 831 vieillards et 775 vieilles femmes, 1697 orphelins et 2986 orphelines reçurent les soins de l'assistance la plus dévouée.

Aucune bonne œuvre ne le trouvait indifférent: grâce à de grands sacrifices, les Messieurs du Séminaire avaient pu rassembler quatre ou cinq mille volumes de lecture sérieuse qu'ils répandaient dans les familles pour contrebalancer l’influence des mauvais livres venus d'Europe, qui minaient la foi et la moralité de la jeunesse. Mgr Bourget applaudit à leur zèle, et fonda l’œuvre des bons livres, qui depuis plus de trente ans fait un bien inappréciable dans la population.

Il voulut même l’ériger canoniquement en association (20 sept. 1845) et l’entourer de faveurs et de privilèges. Elle a grandi sous sa bénédiction, et le Cabinet de lecture, ainsi que son intéressant journal, son cercle littéraire et les différentes œuvres qui s’y rattachaient, ont fait bénir, avec le nom de Sa Grandeur, celui du pieux abbé Regourd, qui par son dévouement infatigable maiïintint le succès l’entreprise.

Deux grandes épreuves, l'incendie de Québec et celui de Laprairie, vinrent coup sur coup aflliger son cœur : il donna et fit donner, il pria, il consola ; on sentait à ses accents qu'il eût voulu être dans chaque famille d'infortunés et porter à lui seul les douleurs de tous,

D'autres besoins naissaient de toutes parts: il sentit la nécessité de revoir le Saint Père, et d'aller chercher en Europe de nouveaux ouvriers pour la vigne que le Seigneur lui avait confiée. Les Oblats de Marie, les Rév. Pères Jésuites, les clercs de $Saint-Viateur, les dames de la charité du Bon-Pasteur viennent successivement lui prêter leurs services sous la forme particulière à chacun de ces instituts. Tous s'établissent heureusement et fondent des maisons prospères.

Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir à son retour d'Europe les sociétés montréalaises noliser des bateaux pour se porter à la rencontre du zélé pasteur, et luioffrir sur tout le parcours les ovations les plus brillantes et les plus filiales,

Ce furent de beaux jours que ceux-là, pleins de sève, de ferveur, de confiance et de foi: quand, vieillard, Monseigneur se reportait par la pensée à ces prémices de

son épiscopat, son cœur ne pouvait s’empêcher de s’attendrir, et de remercier Dieu de tant de faveurs.

Tout à coup un fléau effrayant s’abattit sur le pays: les :nalheureux Irlandais émigrés, décimés par la maladie (1847), sont obligés de se retirer sous les sheds de la Pointe Saint-Charles, où ils meurent en grand nombre.

En vain l’évêque et ses prêtres se multiplient, et la population canadienne se montre admirable de générosité et de dévouement, l'épidémie continue, la ville se remplit de morts : 8 prêtres dont 5 Sulpiciens, meurent à la tâche. Le cœur du prélat n’y tient plus : il s'offre en victime, il se jette aux pieds de Marie, et adjure la Vierge vénérée de Bon-Secours de secourir ses enfants. Le fléau cessa, et le pieux évêque, comme marque de reconnaissance envers la sainte Vierge, demanda qu'on écrivit en lettres d’or, sur le frontispice de l'antique sanctuaire, les vers qui se lisent sur le péristyle de Notre-Dame de Chartres:

Si l’amour de Marie En ton cœur est gravé,

‘En passant ne t’oublie De lui dire un Ave.

La poésie y cède peut-être le pas à la piété, mais personne ne s’en plaint.

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