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Roger s'en alla discrètement avec lui et l'accompagna jusqu'au chemin de fer. (Page 1074.)

que vous m'avez confiées, me disaient bien qu'il s'agissait de mon bienfaiteur; mais je ne voulais pas enfreindre à la légère la volonté de votre itère. Le docteur peut avoir à Meulan d'autres clienls que M. Dalbrègue, me disais-je — mais je croyais si peu à cette hypotbôse que dans la journée, je sais retourné chez M Valnet. Ne l'ayant pas trouvé, je rentrais cbez moi dans une agitation que vous comprendrez sans peine, lorsqu'on m*a remis votre lettre. Aussitôt je suis accouru.

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j(70 LE SECRET D'OR

— A la bonne heure! dit la jeune fille en lui tendant la main.

— Et ce n'était pas sans un gros battement de cœur, poursuivit Roger, car je craignais de ne pas trouver auprès de notre cher malade l'accueil que j'en rece- TaJG d'ordinaire. Une vive anxiété s'était emparée de moi quand je me suis approché de son liL de souffrance. Aussi je ne saurais vou? exprimer combien J'ai été heureux, lorsque j'ai vu ses yeux éteints se ranimer un moûiont à ma vue et. briller d^un trop court éclair de joie.

— Merci, dit Laurence. J'ai toujours eu foi en vous, moi. Au moment où cette terrible épreuve m'a atteinte, où mon cœur se déchirait, où ma tète se perdait dans les complications de toute nature que cet événement amenait à sa suite, c'iBsii à vous, à vous le premier, que je me suis adressée.

— Et vous avez bien fait, Laurence, car je n'ai rien en moi qui ne vous appartienne. Mon temps, mon sang, ma vie, tout est à vous. Trop heureux de les prodiguer à mon tour au service de ceux qui m'ont rendu deux fois la vie en me donnant le pain du corps et de l'esprit. Ah! si vous saviez combien j'ai soufl'ert pendant ces cinq mois d'absence ! Je me doutais que vous m'accusiez, vous dont rknage était sans cesse présentée ma pensée; vous, aux yeux de qui mon unique ambition est de grandir et de m'élever; vous, à qui j'ai voué une affection sans boraes; vous, dont la beauté, la bonté, le charme, ont laissé dans mon cœur vae empreinte ineffaçable ; vous enfin que j'admire, que j'adore à deux genoux comme un sainte, et que j'aime de toutes les forces de mon âme.

— Que dites-vous, Roger... balbutia la jeune fille, dont une rougeur adorable envahit les joues pâlies...

îl tressaillit. Son secret venait de lui échapper! Il s'était bien promis pourtant de ne pas le trahir. Hélas! il avait trop présumé de ses forces= Et c'était dans la maison de son bienfaiteur qu'il avait proféré cette impiélé ! C'érait pendant que M. Dalbrègue était cloué sur son lit par un mal impitoyable qu'il avait commis cet abus de confiance ! Il sentit le rouge de la honte lui monter au front. Tout son être se révolta contre cette profanation. Il lui sembla qu'il était coupaiie d'une lâcheté.

— Oui, je vous aime, poursuivit-il en forçant ses lèvres à sourire, tandis que .=K)n cœur se brisait, je vous aime comme une sœur, Laui-ence. N'éies-vous pus ma sœur, en effet? Ne vous ai-je pas vue naîlre? N'ai-je pas guidé vos premiers pas? N'ai-je pas été le compagnon de vos jeux, le confident de vos gros chagrins d'enfant? N'avons-nous pas habité pendant quinze ans sous le même loit?

— Cesl vrai, dit Laurence, qui surmonta de son côté l'émoLion qui s'était eml^rée d'elle, vous êtes bien réellement mon frère, Roger. A ce titre, je vous aime aussi de tout mon cœur.

Avait-elle compris le sentiment auquel de Montmaury venait d'obéir? Maintenant qu'elle était sûre d'être aimée, préférait elle à la vérité même rinlerprétation que Roger avait donnée du mot qui était imprudemment tombé de ses ]èTres? C'est probable.

Depuis le jour où la lettre d'Antoinette lui avait ouvert les yeux sur les senliments dont de Montmaury était animé envers elle, il ne lui était plu.s possible,

MONSElLiNKUR iu;i

en effet, de se faire illusion. Oui, Roger l'aimait. Oui, c'est parce qu'il se croyait indigne d'elle qu'il avait accepté l'exil que M. Dalbrègue lui avait imposé. Cettp délicatesse extrême plut bien davantage à Laurence que ne l'aurait fait un aveu formel. Et, aujourd'hui que Roger lui avait permis de lire au fond de son cœur, elle lui savait gré encore de la réserve qu'il avait mise,* du voile de fraternité dont il avait couvert son amour.

Si Rugcr se (ût ouvertement déclaré, toutes relations entre eux eussent été pour ainsi dire impossibles, car riionnôlelé leur faisait à tous deux un devoir de se séj)arer aussitôt, jusqu'à ce que cette question délicate fût définitivement tranchée. Au contraire, l'amitié fraternelle qui les avait unis, qui les unissait encore, leur permel lait de se revoir sans rougir et d'attendre des jours meil-. leurs. La distinction était puérile, assurément. Elle n'était qu'un prétexte, qui allait fournir à leur amour le temps do croître et d'arriver à son paroxysme; mais ils étaient si heureux l'un et l'autre de se trouver réunis, qu'ils saisirent avidement la branche fragile à laquelle se raccrochaient leur pudeur et leur loyauté.

Rien ne fut donc changé à ce qu'ils venaient d'arrêter. Laurence servirait do garde malade à son père, Roger s'occuperait des intérêts de M. Dalbrègue et da sa sœur. Le soir même, il revint à Taris. Le lendemain matin, à la piemièfô heure, il se rendit chez MM. Delail et Giraud.

— Messieurs, leur dit-il, je viens, avec mes remerciements, vous apporter les sincères regrets que j'éprouve de ne pouvoir plus ratifier les conditions que nous avions arrêtées hier.

— Comment! s'écrièrent à la fois les deux associés.

— Un coup douloureux me frappe subitement. M. Dalbrègue, mon bienfaiteur, mon père, vient d'être atteint d'une paralysie générale. C'est pour moi un devoir impérieux de me consacrer désormais au soulagement du malheureux vieillard et de prêter à sa fille mon concours le plus dévoué.

• Il leur expliqua alors dans les maindres détails la cruelle maladie dont souffrait le père de Laurence.

— Dans de telles conditions, acheva-t-il, il ne me serait pas possible, vous lo voyez, de remplir les fonctions dont vous m'aviez honoré.

— Je le conçois sans peine, fit M. Dflail, et je déplore à mon tour en toute sincérité les nécessités auxijuelles vous êtes contraint d'obéir.

— Mais n'oubliez pas, continua M. Giraud, que vous retrouverez chez nous, quand il vous plaira, le poste de confiance que notre amitié vous avait olferi, car nous ne trouverons jamais personne qui soit, autant que vous, digne de le remplir à tous égards.

Roger se retira, très ému de semblables démonstrations, rentra chez lui, régla ses comptes avec l'aubergiste et fit scspréparatifsdedépart. Au moment de quitter Paris, il eut un remoids.

Je nepeux cependant |)as m'en aller, pensa-t-il, sans faire part à JL Valnet de la détermination que j'ai j)iise.

En ellel, le docteur n'aurait pas manqué d'appiendre par M. Raymond, qu«

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de Monimaury avait refusé !es brillantes propositions de la maison Delail et Giraud. En outre, il avait prorais de revenir tous les deux jours à iMeulan. Quelle surprise aurait été la sienne, s'il s'y était trouvé face à face avec Roger, sans en avoir é!é prévenu! Roger aima donc mieux aller au-devant de toute interprétation fâcheuse. Il se rendit chez M. Vaînet à l'heure du déjeuner, afin d'être sûr de le rencontrer, et lui communiqua la résolution qu'il avait formée. Le docteur hocha silencieusement la tête.

— II faut que vous soyez bien sûr de vous, mon ami, lui dit-il seulement. . Roger ne répondit pas.

— Au revoir donc! fît le docteur. Je suis certain du moins que mon pauvie Dalbrègue est entre bonnes mains.

De Monlmaury s'attendait à des observations, à des reproches. Il se sentit soulagé quand il se retrouva au grand air.

Aussitôt il partit pour Meulan et se mit en quête d'un logement. Instinctivement, il se dirigea vers celui qu'd occupait autrefois, Ge logement avait été loué, pendant la belle saison, à un Parisien qui l'avait fait tapisser à neuf, et qui venait de le quitter depuis deux, jours. Roger s'y réinstalla aussitôt. Il était si heureux de retrouver ces horizons familiers, de revoir ce pays qui lui rappelait les plus beaux jours de sa jeunesse, qu'il demeurait à la fenêtre, aspirant à pleins poumons Par pur et vivifiant aux acres émanations duquel il se sentait renaître. Au même instant, un homme passait et levait distraitement les ye^ix Yeis la fenêtre. Roger reconnut Germain.

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