‹ Monseigneur Plessis [microforme]Chapitre 3 sur 5 · JU · texte numérisé non relu

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eil législatif; et plus tard, il voyait se éaliser une idée qu’il avait caressée et herché à faire prévaloir depuis bien des nnées. Toute l'Amérique anglaise, depuis ‘île ou Cap Breton jusqu’au territoire du ord-Ouest, ne formait alors qu’un vaste liocése soumis à la juridiction de l’évêque le Québec.

Démembrer cette vaste contrée et en ormer plusieurs diocèses lui paraîssait une hose nécessaire au progrès de la religion et à la propagation de la foi.

Déjà, il avait, le premier, fait aborer la croix dans ce vaste territoire de la Rivière- Rouge dont l'avenir se forme depuis quelque temps au milieu d'événements si émouvants, et dans le Haut-Canada comme dans les provinces du golfe, il avait semé les œuvres de son zèle et de son dévouement apostolique.

En 1818 le gouvernement anglais cédait à ses instances, et le Saint-Siége était heureux de lui décerner la récompense de ses

. moyen d’assurer l'avenir de la religion et

travaux : l'Eglise du Canada était définitivement organisée et constituée sur des fondements solides et dignes d’elle.

Mgr. Plessis était nommé archevêque de Québec ; les districts de Québec, de Trois- Riviéres et de Gaspé étaient placés sous sa juridiction immédiate, et Le reste de l’Amérique anglaise formait quatre grandes divisions dont chacune recevait un évêque suffragant et auxiliaire. On donnait à Mgr.

McEachren le Nouveau-Brunswick, les Iles du Prince-Edouard et de la Magdeleine, à Mgr. McDonald, le Haut-Canada; à Mgr. Provencher, le territoire du Nord-Ouest, et à Mgr. Lartigue, le siége épiscopal de Montréal.

A côté de la grande œuvre de l’émaneipation de l'Eglise du Canada, Mgr. Plessis er poursuivait une autre avec non moins de zèle et de succès : c’est celle de l’éducation. Il avait compris que le meilleur

de la patrie était de leur préparer des

défenseurs instruits et habiles. Les efforts e ceux qui avaient voulu briser nos desti-

Mnées avaient rendu cette tâche difficile.

La Chambre d'Assemblée avait, dans un moment d’aveuglement, établi, en 1801, “ l'Institution royale,’ loi inique destinée à anglifier le pays en le couvrant d'écoles protestantes. Les enfants n’y allaient pas, mais ils restaient sans éducation.

Fonder des écoles et des colléges et faire disparaître cette loi injuste furent deux des grands objets de sa vie. Il trouva, pour réaliser la première partie de ce programme, des prêtres admirables dont le dévouement et les sacrifices jetèrent à Nicolet et à St. Hyacinthe les fondements de ces deux brillantes maisons d'éducation qui nous ont fait tant de bien. Lui-même ne recula devant aucun sacrifice ; lorsqu'il trouvait dans une famille pauvre un enfant remarquable, il était heureux de se charger de son éducation. C’est à ce dévouement que nous devons quelques-uns de nos prêtres et

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de nos hommes les plus distingués, entre autres l’illustre Vallières., Il eut plus de difficulté à accomplir l’autre partie de sa tâche.

La législature du Bas-Canada avait passé, en 1820, une loi équitable dans le but de favoriser l'établissement d'écoles catholiques, et cette loi avait été réservée à la sanction royale. Mgr. Plessis mit tout en œuvre pour la faire adopter par le gouvernement anglais ; ses correspondances avec Lord Bathurst à ce sujet font foi de son habileté et de son énergie. Il lui fut donné de voir, avant de mourir, le triomphe des idées pour lesquelles il avait lutté pendant quinze ans ; il voyait disparaître, en 1824, cette grande injustice qui obligeait le Bas- Canada de soutenir une institution destinée à l’anglifier ; les fabriques obtenaient le droit de posséder des écoles paroissiales ou communes.

J'ai dit qu’il avait été nommé au conseil législatif en 1817. Il se montra là, comme

partout aïlleurs, le défenseur ardent des droits religieux et civils de ses compatriotes, et plus d’une fois l’autorité de sa parole fit avorter les projets injustes de cette assemblée de vieillards malfaisants L'histoire dit qu’il futaussi bon Canadien:

Français que bon évêque, et que les concessions religieuses qu’on lui fit afin de lui arracher en retour des concessions politiques, le trouvèrent ferme, inébranlable sous le drapeau des Bédard -et des Papineau, Et lorsqu’en 1822, l’ Angleterre, cédant aux instances de nos ennemis acharnés, voulut nous'imposer sans nous consulter cet infâme projet d’union avec le Haut-Canada, dont l’objet était l'extinction, de notre nationalité, quelle fut la voix puissante | qui protesta avec le plus de force contre cet acte inique? Ce fut celle de Mgr. Plessis.

Cette voix retencit dans toute sa puissance aux oreilles des Lymburner,des Sherbrooke, des Bright et des Poynter, ces amis sincères des Canadiens-Français, pour stimuler leur

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zéle en notre faveur. Et c’est dans cette circonstance qu'il écrivait à l’'hon. Louis Joseph Papineau, que le Bas-Canada avait député en Angleterre, une lettre d'encouragement et d’éloges qui les honore tous deux. Plus d’une fois ces deux grands hommes, les deux plus brillantes illustrations de l’époque où ils vécurent, s’entendirent et se prêtèrent un secours mutuel pour faire triompher le Bas-Canadà dont ils étaient les chefs reconnus et vénérés. Ils réussirent encore, dans cette occasion, à éloigner du ciel de leur pays le nuage qui le menaçait : puisse la patrie leur en garder une reconnaissance éternelle !

Mais cette vie si belle, si pleine de mérites devait s’user et finir comme tout ce qui est humain. Lorsque le fils. de l’humble forgeron de Montreal, devenu l’un des plus grands évêques et des hommes les plus illustres de son pays, fut arrivé à l’âge de soixante et deux ans, Dieu trouva qu'il était temps de lui décerner la récompense

de ses travaux et de ses vertus ; il l’appela à lui, le quatre décembre mil huit cent vingt cinq.

La nation désolée s’inclina sur cette tombe auguste ; grands et petits, riches et pauvres vin:ent y déposer le tribut de leur | douleur et de leur respect; on aurait dit que le ciel de la patrie, devenu triste et | sombre, avait perdu son astre le plus bril- | lant. A Londres comme à Rome, dans les | rangs les plus élevés de la société, sur Les | marches même du trône, on vit éclater les sympathies les plus nobles. Ceux que le grand évêque avaient le plus ardemment combattus pendant sa vie ne purent s’empêcher de joindre leur voix à ce concert unanime d’éloges et d’admiration.

Je voulais faire un portrait et j'ai fait une biographie ; j'ai cru que je ne pouvais faire ressortir cette belle carrière sans mentionner les événements importants qui l'ont signalée.

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Quelques mots suffisent pour compléter ma tâche. |

Mgr. Plessis n'était pas grand, mais il était gros, robuste et vigoureux ; il avait une tête forte et belle, solidement posée sur de larges épaules ; unfront élevé, remarquable par la noblesse, l'élégance et la hardiesse des lignes; des yeux magnifiques, au regard vif, distingué et pénétrant qui semblait capable de lire au fond de la mer comme au fond des âmes ; la bouche ferme, un peu soulevée, avait tous les indices de l'énergie et de la bienveillance : tout cela était illuminé des rayons les plus brillants des charmes de l’esprit et des qualités du cœur. Son extérieur imposait à tous le | respect, la confiance et l'admiration ; sa | vue faisait du bien comme tout ce qui est | beau, grand et bon.

| Son caractère est tout entier dans ce tableau et dans les œuvres magnifiques dont nous avons le bonheur de contempler les résultats. C'était une noble nature;

l'amour de Dieu et de la patrie, la charité, la générosité et la douceur s’y mêlaient à la vivacité, à l’enjouement et à la gaité la plus attrayante. Ajoutons à cela un esprit fin, délicat, admirablement cultivé, une mémoire étonnante, un jugement profond, solide comme le roc, une vie pure exclusivement occupée de la gloire de Dieu et du bonhéur des autres —et l’on comprendra le prestige et l'influence de cet homme, l’amitié et l'admiration qu’il inspirait à ses compatriotes comme aux étrangers. C'était l'idéal de la perfection à laquelle l’homme peut arriver par les splendeurs de l'intelligence unis aux gran- -deurs de la véritable vertu et aux fécondes inspirations de la religion bien comprise.

Mgr. Plessis n'était pas ce qu’on appelle un hommme d'imagination et de sentiment; on ne voit pas dans les sermons ou discours qui nous sont restés de lui ces entraînements et ces mouvements spontanés qui enlèvent un auditoire, c'était plutôt un

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homme d'esprit, de bon sens et de jugement, un philosophe, un administrateur remarquable et un diplomate habile: Les personnages distingués du Canada et d'Angleterre, devant lesquels il plaida pendant tant d’années la cause de ses compatriotes et de son église, étaient étonnés de la largeur et de la sagacité de ses vues, de la profondeur et de la libéralité de ses convictions et de l'habileté avec laquelle il savait s'emparer de leur sympathie. C'était bien l'homme qu'il fallait pour agir sur ces esprits fiers, subtils et prévenus, pour les forcer de respecter une religion et une nation:ulité si bien représentées. Tous les gouverneurs, qui eurent des rapports avec lui, avouaient qu'ils avaient rencontré dans l'évêque Plessis un esprit supérieur et un grand caractère, un homme capable de leur tenir tête. Soyons fiers de ces hommages dont l'honneur rejaillit sur nous.

Sa conversation vive, animée, semée de traits piquants, d’anecdotes plaisantes, était ,

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