‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 19 sur 79 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Premiers travaux des missionnaires à la Rivière-Rouge. —

Fléau des sauterelles.— Etablissement de Pembina.— Privations et souffrances de M. Provencher durant le premier hiver.

Le fort Douglas, qu'on nommait aussi fort de la Colonie, était situé sur la rive droite de la rivière Rouge, non loin de l’endroit où se trouve aujourd’hui la gare du Pacifique Canadien. C’est dans ce fort que les missionnaires reçurent l’hospitalité, en attendant qu’ils eussent le moyen de se construire un logement tant soit peu convenable. Tous les gens de la colonie qui avaient demandé des prêtres avaient grande hâte d'assister à la sainte Messe, et d’être témoins des cérémonies religieuses de l'Eglise catholique, que la plupart d’entre eux n'avaient jamais vues.

Le premier dimanche après leur arrivée (19 juillet 1818), les missionnaires préparèrent avec soin un autel, dans une salle destinée à servir de petite chapelle provisoire. Ils décorèrent l’autel et la salle le mieux qu’ils purent, et déployèrent toute la pompe que les moyens leur permirent en pa-

reille circonstance. Ce fut un jour bien mémorable pour la Rivière-Rouge! Dans ces lieux jusque-là témoins de tant de crimes, sur cette terre où tant de tribus dormaient à l'ombre de la mort, la sainte Eglise catholique allait, pour la première fois, faire entendre sa voix, pour chanter la gloire du Seigneur ; la Victime sainte allait descendre sur l’autel, et des apôtres commencçaient à prêcher la bonne nouvelle de l'Evangile. C'était l’église de la Rivière-Rouge à son berceau. C'était le grain de sénevé jeté en terre, pour y produire ce grand arbre dont les immenses rameaux ombragent aujourd’hui les vastes régions de l’Ouest et du Nord.

Ce fut M. Provencher qui chanta la messe et qui donna le sermon. M. Dumoulin fit les fonctions de chantre. Le prédicateur annonça que dès le len- -demain, on commencerait l'instruction religieuse des catéchumènes ; enfants et adultes devaient se réunir deux fois par jour au fort Douglas. Il annonça aussi que tous les colons devaient s’entendre ensemble, pour construire immédiatement un logement aux missionnaires. 4

Le lendemain, M. Provencher écrivit à Mgr Plessis, à Québec, pour lui faire connaître l’heureuse issue de son voyage, et la joie que l’arrivée des prêtres causait à tous les gens du pays.

‘ Nous voici, lui dit-il, rendus au lieu de notre ‘“ destination; nous y sommes arrivés le seize ‘juillet à cinq heures du soir; nous y avons été ‘‘ très bien reçus par M. McDonell, gouverneur de ‘ la place, qui me paraît un brave homme et qui

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est catholique; on dit qu’il doit partir cet au- ‘ tomne : j’en serais fâché.

‘ Ma dernière lettre était datée du lac Lapluie, d’où nous sommes partis le 6 juillet ; de là nous ‘“ avons descendu la rivière du lac Lapluie, nous avons passé le lac des Bois,et nous sommes entrés dans la rivière Winnipeg, sur une pointe de laquelle M. Keveny a été tué; * j’ai même vu de ses os qui ne sont couverts que de bois.

‘* Du lac des Bois, nous sommes tombés dans la rivière Winnipeg, singulière par son cours, ses anses, ses baies, ses rapides, ses chutes, ses portages ; elle nous conduisit à l’entrée äu lac du même nom. Là se trouve un fort du Nord- * Ouest.—Nous nous y sommes arrêtés trois quarts de jour, et nous y avons baptisé seize enfants.

‘* À l'embouchure de la rivière Winnipeg, nous avons rencontré les canots d’Athabaska, avec ‘environ 150 hommes. J'aurais bien désiré les voir au lac Lapluie, mais ils n’y seront rendus ‘ que quinze jours après notre départ. Nous leur avons annoncé notre visite pour l’année prochaine.

‘ Nous avons été très bien reçus partout. De la rivière Winnipeg au fort Douglas, nous avons traversé dix-huit lieues de lac, et remonté la rivière Rouge de huit lieurs.

‘Ce pays-ci est vraiment beau: la rivière est ‘ suffsamment large ; elle est bordée de chênes, ‘* d’ormes, de lierres, de trembles, etc., etc.; der- ‘‘ rière cette lisière de bois sont des prairies à perte ‘‘ de vue. Le sol paraît excellent.

‘ Le boiïs de construction est rare, du moins le

* M. Keveny était un haut employé de la baie d'Hudson, que les gens du Nord-Ouest firent assassiner cruellement par un sauvage et un blanc.

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4 MOXSEIGNEUR PROVENCHER

‘ beau bois. Nous allons travailler à bâtir; une

chapelle est chose pressante, parce qu’il n’y a pas de lieu commode pour assembler le monde.

‘‘ La place de l’église est belle; elle est située vis-à-vis les forts du Nord-Ouest et de la baïe d'Hudson, éloignés l’un de l’autre de huit à dix arpents, et à une quinzaine d’arpents du fort Douglas. Il n’y a pas de sauvages ici pour le moment ; tout le monde paraît content de notre ‘arrivée, et tous semblent désireux de profiter de "os instructions. * Te :ouhzite que votre santé se rétablisse parfuitenent, pour le bien du diocèse et de notre mission, Nous comptons tous sur le secours des prières des ‘onnes âmes du Canada, pour le succès de notre mission. Nous sommes une branche bien éloignée du tronc, nous n’y tenons pas moins par de forts liens. Nous n’oublierons pas notre patrie. On pourrait nous y oublier là-bas : mais que fait le souvenir des hommes, pourvu que Dieu se souvienne de nous ?

‘* Tout est en paix ici: il paraît que les temps nébuleux sont finis.

‘ Je suis avec le plus profond respect, ‘* Monseigneur, ‘ de Votre Grandeur,

‘€ le très humble et très obéissant serviteur,

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