‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 33 sur 79 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Deuxième voyage au Canada.—Démarches pour trouver des missionnaires.—ouscription abondante. —Retour à Saint-Boniface.— Travaux de la cathédrale.— Développement des missions.—kRequête des habitants de la Colombie.— Nouveau projet d’aller au Canada et même en Europe.— Passage à Montréal et à Quévec.—Départ pour l’Europe.

Le but quese proposait d’abord Mgr Provencher dans son voyage au Canada, était de recueillir des aumônes pour la construetion de sa cathédrale; mais il voulait aussi trouver un prêtre qui consentît à se dévouer, pour de longues années, exclusivement à l'instruction des sauvages. Avant qu’un prêtre puisse se rendre utile auprès de ces pauvres infidèles, il lui faut acquérir une certaine connaissance de leur langue, et ordinairement il n’y réussit qu'après deux ou trois années d’études et de résidence auprès d’eux. De tous les genres de ministère pour un missionnaire, celui-ci est de beaucoup le plus pénible et le plus répugnant. Pour s’y adonner longtemps, il faut

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plus que des forces physiques, et qu’une santé robuste ; il faut des vertus héroïques, et un renoncement complet à tout ce qui flatte la nature.

Le missionnaire qui se consacre à l'instruction des sauvages est obligé d’embrasser pour ainsi dire leur genre de vie. Il faut qu’il les suive dans leur vie nomade, qu’il habite comme eux sous la tente, qu’il couche sur la terre dure, qu’il supporte : les fatigues imposées par les longues marches ; enfin, qu’il se contente d’une nourriture presque toujours dégoûtante pour l’homme civilisé.

Après cela, peu de consolations à attendre de. leur part. Le sauvage se fait chrétien, mais rarement il manifeste sa reconnaissance pour les bienfaits qu’il reçoit. On dirait qu’il se regarde comme un roi à qui tous les égards sont dus, et de qui nous sommes les obligés, après nous être dépouillés de tout pou: iui. Par goût naturel, le missionnaire n’aimera jamais ce genre de vie; il s’y consacre par vertu, par amour pour les âmes, et soutenu continuellement par les sublimes pensées que lui inspire la foi. En demandant des missionnaires pour ce rude apostolat, il ne faut donc nas leur peindre sous de brillantes couleurs un tableau qui n'offre en réalité rien d’attrayant pour les sens.

Le premier soin de Mgr Provencher, en arrivant au Canada, fut de demander aux évêques de vouloir bien lui désigner quelque prêtre qui serait prêt à se consacrer aux missions sauvages. Il

voulait l'envoyer passer un peu de temps au lac

des Deux-Montagnes, pour lui faire étudier la langue algonquine. *

En 1827, lors du départ de M. Boucher pour la Rivière-Rouge, il avait été aussi question de M. George Belcourt, jeune prêtre qui venait d’être ordonné au séminaire de Nicolet. Il était curé de Sainte-Martine, dans le district de Montréal. C'était un ceclésiastique de talent, de bonne volonté, et d’une santé robuste. Mgr Provencher écrivit à Mgr de Telmesse, pour le prier de voir si M. Belcourt serait encore disposé à se consacrer pour la vie aux missions sauvages. ‘Où me faudra-t-il ‘€ frapper, lui dit-il, si cette porte ne s'ouvre pas ? ‘* je ne connais personne. Je vous aurai la plus ‘ grande obligation si vous pouvez me procurer un ‘* sujet sage, prudent, grave ; qualités qui suppo- ‘sent du talent. Mettez-vous à ma place, et vous ‘ verrez que je ne demande pas trop.”

Pendant que Mgr de Telmesse sondait les dispositions de M. Belcourt, un prêtre de Québec, sujet distingué, attaché à la cure de Saint-Roch, M. Mailloux, s’offrit à Mgr Provencher pour ie suivre das les missions. Trouvant en lui toutes les qualités qu’il souhaitait dans un prêtre missionnaire, Mgr se hâta de l’accepter, et il comptait si bien sur lui qu’il écrivit à M. Belcourt pour lui dire de ne point se déranger dans sa cure.

* La langue algonquine est presque la même que celle parlée par les Sauteux de la Rivière-Rouge; il n’y a guère de différence que dans lu prononciation.

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Les choses en étaient à ce point au mois de janvier 1831, lorsque Mgr Provencher eut la douleur de voir M. Mailloux renoncer au dessein de se donner à la mission de la Rivière-Rouge. Ce contretemps l’affligea profondément, d’autant plus qu'ayant déjà remercié M. Belcourt de ses services, il ne savait plus maintenant à qui s’adresser. Il écrivit à Mgr de Telmesse, son confident dans toutes ses peines :

‘ Monseigneur de Québec m'ôte un sujet sur ‘ lequel je comptais, et qui me convenait pour ‘ cette œuvre. Il ne m’en donne point d’autre que ‘“ M. Belcourt, que j'ai honte de demander de nouveau. Il m'offre un ecclésiastique ; mais j'ai la ‘“ plus grande répugnance à me contenter d’un “ jeune hontme qui se repentira peut-être aussitôt “qu'il se sera décidé. L'affaire des missions “ n’avancera à rien ; il faudra que je passe ma vie ‘avec des jeunes gens, avec lesquels peut-être je ‘ ne sympathiserai pas : source de chagrins et de ‘ découragements, sans compter que le diable y ‘trouve son compte. +

‘* En venant au Canada, j'étais plein d’espé- “rance d’avoir un compagnon avec lequel 4° ‘ pourrais, loin de mon pays, de mes amis et de “tout ce qui m’attache naturellement au sol ‘* natal, couler en paix le reste de mes jours. Relégué comme je le suis, abandonné à moi-même, “ j'ai besoin de consolation, de soutien et d’appui. ‘Je n’ai pas assez de vertu pour me sufüre à ‘ moi-même. Aidez-moi donc à me tirer d'affaire, ‘si vous croyez pouvoir ici quelque chose sur ‘€ l'esprit des évêques.

‘ Je suis affligé, chagrin de toutes ces tracas- ‘“ series qu’on me suscite. Quand je presse pour

‘° un sujet, on me remet à ce printemps, et même ‘ à une autre année, comme si on avait des pas- ‘ sages quand on veut |

‘On dirait que cette mission de la Rivière- ‘ Rouge ne les regarde pas; c’est pourtant leur ‘ouvrage que je fais là ! ”

Le 17 février 1831, Mgr Provencher fit le voyage de Sainte -Martine pour aller exposer lui-même à M. Bélcourt l’embarras dans lequel il se trouvait. Heureusement les affaires furent faciles à régler. M. Belcourt désirait depuis longtemps se donner à ce genre de ministère; au lieu de faire des objections, il courut au-devant des désirs de l’évêque de la Rivière- Rouge, et le 19 de février, Mgr Provencher put écrire à Mgr Lartigue que son missionnaire partait pour le lac des Deux-Montagnes, pour y prendre des notions de la langue algonquine, en attendant le moment du départ.

La générosité que Mgr Provencher trouva dans le clergé et auprès des fidèles, le dédommagea amplement dela peine qu’il avait eue à se procurer un missionnaire. C’était la troisième fois qu’il tendait la main à ses compatriotes pour l’œuvre des missions. Partout on lui fit un bon accueil, et les bourses de ses amis lui furent largement ouvertes.

Avant de quitter la Rivière-Rouge, Mgr Provencher avait écrit au président de l’œuvre de la Propagation de la Foi à Lyon, pour lui demander de l’aide pour ses missions ; il reçut au Canada une réponse lui annonçant que l’œuvre de la Propa-

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gation lui allouaiït la somme de 2 870 francs. Cette heureuse nouvelle le combla de joie, et il s’empressa d’en faire part à Mgr Lartigue: ‘ Voilà, lui “ dit-il, un secours auquel je ne m'attendais pas si ‘“{ôt; cela me fait espérer pour l’avenir.”

Son voyage était couronné de succès : il avait un missionnaire pour les sauvages, et une somme qui lui permettait de pousser assez loin les travaux de sa cathédrale. Il passa le reste de l’hiver à Québec, et le 17 avril il s’embarqua à Lachine avec M. Belcourt, pour retourner à ses missions. Son voyage dura juste deux mois ; le 17 juin, il descendait à Saint-Boniface, après une absence d’une année entière.

Monsieur Harper, qui avait été chargé du soin de la mission pendant l’absence de Mgr Provencher, avait obtenu la permission de retourner au Canada. Mgr Provencher ne s'attendait pas à un aussi prompt départ ; il aurait bien désiré le voir rester encore quelques années, pour donner à M. Belcourt le temps de se livrer à l'étude des langues sauvages. Mais, comme le lecteur a déjà pu lé voir, Monseigneur n’avait pas encore réussi à garder plus de deux prêtres avec lui, et l’arrivée d’un nouveau missionnaire à la Rivière-Rouge semblait toujours être le signal du départ d’un autre.

Monseigneur espérait jeter les fondations de sa cathédrale à son retour du Canada. Il comptait sur l’unique maçon assez habile dans le pays pour diriger les travaux d’une telle construction. Mal-

heureusement celui-ci était engagé à la Compagnie de la baie d'Hudson, et il fallait attendre à l’année suivante pour faire venir d’autres maçons du Canada, en sorte que les fondations de l’église ne furent commencées qu’au mois de juin 1833.

La pauvre chapelle dans laquelle Mgr Provencher était obligé de faire ses offices, était dans un pitoyable état de dénuement. Pour ménager l’argent qu’il destinait à sa cathédrale en pierre, il n’osait pas faire de dépenses inutiles sur une construction qu’il lui faudrait bientôt démolir. Telle qu’elle était, sans voûte ri lambris, il continua de s’en servir en attendant sa nouvelle église, dont les travaux marchèrent lentement.

La main-d'œuvre était rare. Durant l'été, les hommes préféraient courir à la chasse plutôt que de travailler à la journée. Pour ne pas trop laisser languir l’ouvrage, Mgr Provencher se prêta aux plus humbles travaux.

Ïl aidait à porter sur les échafauds la pierre et le mortier. Comme sa force était herculéenne, il portait souvent le double des charges ordinaires. Lorsqu'une grosse charge de pierre était placée gur un brancard, il disait à deux manœuvres : ‘* Prenez un bout à vous deux; je porterai bien Fautre à moi seul.”

Tout ce travail fatigant n'empêchait pas Mgr Provencher de consacrer au moins une heure chaque jour à faire le catéchisme.

En 1832, M. Charles Poiré, qui avait terminé ses études théologiques à Québec, se consacra aux

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missions de la Rivière-Rouge. Il fut ordonné prêétre à Saint-Boniface en 1833, et chargé de la desserte de Saïint-François-Xavier. Un autre ecclésiastique, M. Jean-Baptiste Thibault, aussi de Québec, vint rejoindre son confrère M. Poiré en 1833. Il fut ordonné prêtre le 8 septembre de la même année, et chargé du soin du cours classique, que Mgr Provencher continuait à entretenir dans son évêché. *

La souscription faite en Canada fut assez vite épuisée, car elle ne fut pas exclusivement employée pour la construction de l’église. Monseigneur avait à entretenir deux écoles, à nourrir et à payer ses missionnaires, à construire des chapelles dans les missions. En 1834, il se trouvait à bout de finances, et il fallait songer à trouver de l’argent pour continuer les œuvres commencées.

M. Belcourt, dont les progrès dans la langue sauvage avaient été rapides, alla en 1838 fonder une mission à 45 milles de Saint-Boniface ; cette mission devait être exclusivement pour les sauvages. Le dessein de Mgr Provencher était de les réunir en village, pour les faire adonner à l’agriculture. Il écrit à l’évêque de Québec pour lui faire part de ce projet :

* De tous ceux qui sont venus dans les missions dn Nord-Ouest, M. J.-Bte Thibault a été le plus persévérant et le plus fidèle au poste. Il a été l’un des plus courageux auxiliaires de Mgr Provencher, et celui qui a le plus contribué à la conversion des sauvages: sa vie mériterait d’être écrite,

‘M. Belcourt, lui dit-il, sait déjà la langue sau- ‘vage ; il a composé un dictionnaire, et sa gram- ‘maire est très avancée. Il a une mission dési- ‘‘gnée, avec mon approbation et celle du gou- ‘‘verneur, qui voit d’un bon œil nos efforts pour ‘‘instruire les sauvages. J'ai fait demander, par ‘Ja baie d'Hudson, 50 pioches et les ferrements ‘* d’une charrue, pour aider les sauvages à cul- ‘““tiver. Je donnerai, le printemps prochain, des ‘bœufs pour labourer un morceau de terre, que ‘les sauvages sèmeront en patates et en blé-d’Inde.

‘I1 faudra bâtir cette nouvelle mission....J’aurai ‘cet automne quatre écoles, qui contiendront 150 “enfants.”

Il n’est pas hors de propos de faire remarquer ici que nos hommes d'Etat, qui bâtissent des systèmes pour civiliser les sauvages, et qui s’imaginent avoir le mérite d’y avoir pensé les premiers, ont eu des devanciers dans les premiers missionnaires.—Ces hommes de Dieu se sont appliqués, non seulement à enseigner la religion aux sauvages, mais à leur procurer tous les avantages de la vie civilisée.

Pour se procurer les moyens de soutenir ses missions Mgr songea de nouveau à tendre la main à l’étranger ; mais cette fois il pensa à se rendre jusqu’à Rome.

En 1834, il reçut une requête signée par une vingtaine de familles canadiennes établies sur la rivière Wallamette, affluent de la Colombie, dans l’Orégon. Ces bonnes gens, en décrivant la beauté du pays et la fertilité des terres, se plaignaiïent de manquer de prêtres pour baptiser et instruire

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leurs enfants, et pour régulariser leurs mariages. Mgr Provencher montra cette requête au gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson, sir G. Simpson. Ce monsieur goûta si bien cette demande qu’il promit immédiatement de fournir toutes les facilités possibles aux missionnaires pour se rendre à la Colombie. 11 est bon de remarquer ici que, sans l’aide de la compagnie, il était impossible alors d'envoyer des prêtres à la Colombie Britannique.

Voyant que cette affaire prenait une bonne apparence, Mgr Provencher résolut de s’en occuper activement, et ce fut surtout pour trouver les moyens de la faire réussir qu’il se détermina à faire le voyage d'Europe.

Au printemps de 1834, il congédia ses maçons, qu’il ne pouvait plus payer, etarrêta toute dépense.

Pour son voyage, la question d'argent était ce qui l’inquiétait le plus, mais la Providence vint à lui si à propos, qu’il y vit la volonté de Dieu approuvant sa détermination.

Le gouverneur Simpson offrit à Mgr Provencher un passage gratuit jusqu’à Londres par la baie d'Hudson, ou jusqu’à Montréal par la voie des canots. La route de la baie d'Hudson était plus courte, mais, commeil avait besoin de voir l’évêque de Québec au sujet de la mission de la Colombie, il préféra prendre le chemin des canots.

Un peu avant son départ, il écrivit au coadjuteur de Mgr Panet, pour le féliciter sur son titre: nouveau, et pour lui dire combien il était heureux

de le voir enfin élevé à cette dignité.

‘ MonNSEIGNEUR,

‘ Depuis les dernières annonces par M. Caseau, ‘“je crois pouvoir hasarder ce titre; vous devez ‘être évêque enfin; il y a assez longtemps que ‘ vous êtes sur les rangs.

‘ Votre lettre annonce tout votre malaise; il

‘Cest bien raisonnable. Néanmoins je vous en

‘ crois sorti sans aucun détriment, ni d'honneur ‘ni de mérite aux yeux du clergé et du pays.

‘ Plus tard on verra peut-être les vues de Dieu ‘en tout cela.

‘ Je ne suis pas étonné de vous voir effrayé à la ‘ vue du pesant fardeau qui est suspendu sur vos ‘‘ épaules ; l’onction sainte animera et fortifiera ‘votre confiance dans le grand Evêque de nos ‘Ames, qui vous veut là sans doute.

‘ Veillez d’un œil d'Argus sur les élèves du sanc- ‘‘tuaire. Le jeune clergé se forme assez mal dans ‘les collèges dont le but n’est pas la science ecclé- ‘“siastique. Il ne se sépare pas du monde, dont ‘au contraire il reçoit les compliments; aussi “ l’aime-t-il et l’imite-t-il dans ses modes, ses aises, ‘““son faste, etc. etc. Ce reproche me revient de ‘plus d’un côté ; on marche loin de la voie de is ÿ ésus-Christ.”

À Saint-Boniface, Mgr Provencher confia le soin de la mission à M. Thibault, qu’il nomma administrateur durant son absence. M. Belcourt fut exclusivement chargé d’instruire les sauvages. Les choses étant ainsi réglées, il se mit en voyage pour le Canada le 17 août 1835.

Qui n’admirerait ici le zèle de Mgr Provencher pour l'extension du règne de Dieu ? N'est-ce pas un spectacle étonnant, et qui rappelle le zèle des

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premiers apôtres se partageant la terre, que celui de cet évêque missionnaire, assisté seulement par trois prêtres, dans un vicariat plus vaste que l’Europe entière, entreprenant d’étendre encore l’immense champ de ses travaux, pour porter les secours de la religion à quelques familles perdues dans ces déserts ?

Au sud, son plus proche voisin est l’évêque de Saint-Louis, à cinq cents lieues de Saint-Boniface, et sa sollicitude s'étend à tous ceux qui échappent à la houlette de cet autre évêque missionnaire. Mgr Provencher écrit à l’évêque de Saint-Louis, pour lui demander des pouvoirs de grand vicaire en faveur des chrétiens que ses missionnaires rencontreront hors des limites de sa propre juridiction.

A l’ouest, la juridiction de Mgr Provencher s'étend jusqu’au pied des montagnes Rocheuses, à 800 milles de Saint-Boniface ; et le voilà qui part pour Rome, afin d’obtenir que cette juridiction s’étende cinq cents milles plus loin, c’est-à-dire jusqu’à l'océan Pacifique. Au nord, son vicariat n’a d’autres limites que les bords de la mer Glaciale.

Monseigneur Provencher embrasse dans son zèle ces territoires immenses. Une seule pensée occupe son âme : celle de trouver des prêtres pour les envoyer au bout du monde, porter la connaissance de Dieu, et ouvrir le ciel à ceux qui sont encore dans l’infidélité. Timide pour lui-même, ilest plein de feu lorsqu'il s’agit de la gloire de la sainte religion, et de l’extension du règne de l'Evangile.

M On va voir qu'avant peu d’années, cette entre- UE | prise sera couronnée de succès. Deux ans plus | terd, il y aura des missionnaires à la Colombie, et en 1842, il y aura des missionnaires au pied

des montagnes Rocheuses.

Monseigneur Provencher, parti de Saint-Boniface le 17 août 1835, arriva à Montréal le 12 octobre. Il fit connaître à Mgr Lartigue le besoin qu’il y avait de la visite d’un prêtre sur la rivière des Ottawas, où il y avait beaucoup de familles sans aucuns secours de la religion. Les catholiques des environs du fort Coulonge ayant appris que l’évêque de la Rivière-Rouge devait descendre

cette année-là, le guettaient sur son passage, afin | de faire baptiser leurs enfants. Ceux qui n’avaient || | pas pu se rendre au fort pendant le court séjour | qu'y fit l’évêque, allaient à sa rencontre sur l’eau, LE ou lui demandaient du rivage où il devait s’arrêter, et s’il voudrait baptiser ieurs enfants le soir. * La réponse étant donnée, ces braves gens venaient de tous côtés, et d’aussi loin qu’on avait pu les avertir. Ils avaient prié Mgr Provencher de s'intéresser pour eux auprès de l’évêque de Montréal.

= Après s'être acquitté de cette importante commission, Mgr Provencher se rendit à Québec. En quittant Montréal, il avait signé, conjointement avec le clergé du district, une requête au Pape, pour demander que Montréal fût érigé en évêché.

* Notes de Mgr Provencher.

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Quoique éloigné du Canada depuis dix-huit ans, il s'était toujours tenu au courant des questions religieuses qui agitaient le diocèse de Québec, au sujet de la nomin*tion de Mgr de Telmesse. Il promit à celui-ci de s'intéresser, auprès des Congrégations Romaiïnes, au règlement de cette question.

‘6 Si Dieu, lui dit-il dans une lettre, si Dieu qui “ se sert de toutes sortes d'instruments pour faire ‘6 éclater sa gloire, daigne se servir de moi en cette ‘occasion, pour rendre quelques services à la re- “ligion et à mon pays, je m'’estimerai trop heu- “reux. Mais que suis-je pour cela ? ” Monseigneur Provencher avait toujours de luimême la plus humble opinion, et il se croyait dépourvu de tous talents. Nous allons voir cependant que ce fut grâce au mémoire qu’il écrivit, à la demande d’un cardinal, que le jour se fit à Rome sur cette question si longtemps embrouillée. À Québec, Mgr Provencher exposa à l’évêque, Mgr Signay, l’état des missions de la Rivière- Rouge, ‘et aussi la nécessité de procurer au plus tôt les secours de la religion aux habitants de la Colombie, qui tendaient les mains au Canada.

Pour subvenir aux besoins de ces missions en expectative, il fallait aviser aux moyens de 8e procurer de l'argent, et des secours sur lesquels on pourrait à l’avenir compter chaque année, sans être obligé de recourir continuellement aux quétes. La Propagation de la Foi, qui aidait déjà si puissamment les missions d'Orient, et qui depuis

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deux ans offrait une allocation aux missions de la Rivière-Rouge, n’était pas encore établie au Canada.

Monseigneur Provencher suggéra à l’évêque de Québec de demander à Rome, pour son diocèse, l’établissement de cette association, avec les mêmes privilèges qu'avait celle de Lyon. Celui-ci, à qui il suffisait de montrer du bien à ïaire, acquiesça à toutes ces suggestions, et encouragea l’évêque de la Rivière-Rouge dans tous ses projets pour l’extension des missions.

Mais si Mgr Provencher trouva l’évêque de Québec tout disposé à l’approuver, il n’en fut pas tout à fait ainsi de ses amis. On blâmait hautement son voyage à Rome, et on lui suscita mille tracasseries pour l’en détourner.

Il en parla à l’évêque de Montréal, son confident, dans une lettre du 30 octobre 1835.

‘ Je suis à Québec, lui dit-il, et je ne sais pas ‘encore si Québec sera le terme de mon voyage. ‘ On aimerait mieux me voir rester au Canada. La ‘ grande objection qu'on met en avant, c’est la ‘ dépense qu’entraînerait un tel voyage. Je n’y ai ‘ pourtant pas renoncé. On me dit que toutes les ‘* caisses sont vides à Rome, qu’il n’y a pas moyen ‘ de songer à recueillir des fonds dans ce pays-là, ‘‘ que mes affaires peuvent se traiter par lettres, ‘“etc., etc. Pour moi, je pousse toujours en avant, ‘en attendant que la rovidence se prononce.

‘ J'avais cru partir à sa voix. Je crois que j'aurais ‘ mieux fait de passer par la baie d'Hudson. Mais ‘ comment prendre des arrangements pour mes

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: “js , “ missions, sans connaître les dispositions de l’é- ” ie de Québec? Il paraît que l’on me donnera “ des prêtres pour la mission de la Colombie.

La Providence, qui était venue au secours de Mgr Provencher pour un passage de Saint-Boniface à Montréal, ne lui fit pas défaut en Canada. C'était la question d’argent qui était le plus grand obstacle à son voyage. Cette question étant réglée, les autres obstacles tombaient d'eux-mêmes. M. Jacques Lebourdais, curé de la Rivière-du-Loup, leva les difficultés pécuniaires, en s’offrant à payer toutes les dépenses du voyage, à la condition qu’il serait le compagnon de l’évêque en Europe. Son offre fut acceptée, et le départ pour Londres fut fixé au 25 novembre 1835.

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