CHAPITRE XII
Mgr Provencher propose à l’évêque de Québec de faire nommer un évêque pour la Colombie.—Ouverture des grandes missions de l’Ouest.—M. Thibault va au pied des montagnes Rocheuses.—Projet d’avoir des religieux et des religieuses.
Monseigneur Provencher avait appris que l’évêque de Québec, voyant les difficultés de faire passer des missionnaires à la Colombie, songeait à écrire à Rome pour demander à la Propagande de faire retomber le soin de cette nouvelle mission sur l’évêque de Saint-Louis; et, si la Propagande répondait négativement, il se proposait de travailler auprès du Saint-Siège, en vue de se décharger du territoire du Nord-Ouest, en le séparant de Québec, afin de n’avoir pas à fournir en même temps des prêtres à deux missious si difficiles à entretenir. Un tel arrangement eût été pour Mgr Provencher une source de graves embarras: où aurait-il pu espérer se pourvoir de prêtres, ne pouvant pas compter sur un clergé indigène ? Il écrivit à Rome à Mgr Maï, pour prévenir le coup, et expliquer
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l'impossibilité où se trouverait l’évêque de la Rivière-Rouge de continuer ses missions, si l’on venait à séparer de Québec le territoire du Nord- Ouest.
Il écrivit à l’évêque de Québec, au mois de juillet 1834: ‘ Ne craignez pas que je vous donne ‘le débarras de mes missions tant que je vivrai, ‘‘à moins que les choses ne changent. Si j'avais ‘voulu le faire, je l’aurais pu déjà ; mais ayant ‘tout à perdre et rien à gagner, il faudrait avoir ‘* plus d’envie de régner que je n’en ai.”
Au mois de juin 1840, il réitère ses instances auprès de l’évêque de Québec, pour qu’on s'occupe de nommer un évêque pour la Colombie.
‘ Songez, dit-il, à mettre un évêque à la tête de ‘ cette mission.
‘ J'aimerais que le premier évêque pour la Co- ‘ lombie fût tiré du diocèse de Québec, afin d’in- ‘‘troduire sa discipline et ses usages dans toute ‘ l'immense étendue des possessions britanniques “de l'Amérique du Nord. Monsieur Blanchet ‘ serait capabie et digne d’être le premier évêque “ d’un pays qu’il a le premier arrosé de ses sueurs.
‘ J'insiste encore sur l’indépendance de l’évé- ‘que qui sera nommé. Soyez persuadé qu’à une ‘ si grande distance, etavec des communications si ‘“ difficiles, les progrès de la religion seront tou- ‘jours retardés considérablement, outre que des ‘ prêtres qui ne croient dépendre que par un fil, k À l’obéissance d’un évêque qui n’a que des tra- ‘vaux pénibles à leur donner, mettront toujours ‘ légèrement la main à la charrue, et regarderont ‘souvent du côté d’où ils peuvent attendre un
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“ meilleur sort. J'ai l’expérience de cela, et cepen- ‘ dant, je resterai comme je suis.
‘ J'ai la plus vive reconnaissance pour Votre ‘ Grandeur, ainsi que pour mes compatriotes, de ‘ qui je reçois assistance chaque année pour mes missions. Que Dieu leur inspire la persévérance ‘ dans cette bonne œuvre, et qu’il daigne, dans ‘ sa grande miséricorde, répandre ses abondantes ‘ bénédictions sur tous ceux qui contribuent, par ‘“ Jeurs aumônes, à faire bénir Dieu d’une mer à ‘ J’autre. Pendant qu'ils n’y Reste pas, des ‘‘ Ames entrent au ciel en grand nombre, pour y
‘ chanter les louanges de Dieu, et prier pour ceux ‘ qui leur ont ouvert l’entrée de la céleste cité. ‘Un Dieu juste et généreux écoutera la voix de ‘ leur intercession, et leur accordera, pour leurs ‘“ bienfaiteurs, la possession du royaume céleste, ‘qu’il semble promettre pour des œuvres pure- ‘ment tecuporéDes: J'ai eu faim, j'ai eu soif, j'ai été
mu, etc. etc. etc. Dieu écoutera la voix de son ‘ Eglise, qui approuve la belle œuvre de la Propa- ‘ gation de la Foi, et bénira ceux qui s'intéressent ‘ à la conservation et à la propagation du dépôt ‘“ de la foi, qu’elle a reçu de Jésus-Christ.”
Comme le lecteur a déjà pu s’en convaincre bien des fois, tout ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu et à l'avancement de la religion fait surabonder de joie le cœur de Mgr Provencher. Il porte autant d'intérêt aux œuvres catholiques des diocèses du Canada et des Etats-Unis qu’à celles qui se font dans ses missions sauvages. Il est luimême dans le besoin, et il écrit à l’évêque de Québec : “ Prenez sur ma caisse pour la mission “ de la Colombie ; ici je m’en tirerai comme je ‘ pourrai.”
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Au printemps de 1841, Mgr Provencher apprend que l’évêque de Montréal doit partir pour l’Europe, dans le but d’en ramener quelques membres des ordres religieux. Il se hâte de lui exprimer sa joie, et de le féliciter sur ce qu’il apprend du but de ce voyage.
‘Je bénis Dieu, lui dit-il, de tout le bien qu’il “a déjà opéré par votre moyen dans le diocèse “de Montréal. J'espère que votre voyage à Rome “va mettre la dernière main à toutes vos entre- “prises.
‘Je me réjouis de voir que votre Grand Sémi- ‘ naire est entre les mains des Sulpiciens ; vous “vous en trouverez bien. Je souhaite que Votre “ Grandeur réussisse à se procurer des Jésuites, “ des religieuses, des prêtres et des maîtres d’école, “* qu’elle va chercher si loin.
‘* Je désire surtout que Votre Grandeur rapporte ‘une province ecclésiastique, que je demande de- ‘ puis longtemps.
* Si Votre Grandeur réussit à avoir des Jésuites, “vos missions s’en trouveront mieux. Ceshommes “sont formés pour cela, et n’ont aucun projet “ d'établissement personnel en ce monde; par “ conséquent ils sont tout à leur œuvre. Si j’en “avais à lancer parmi mes sauvages, tout irait “€ plus vite ; mais votre plan ne sera pas goûté des “ennemis de Dieu.”
Depuis que, le long de sa route, M. Demers avait
écrit à Mgr Provencher pour lui faire connaître
les besoins de secours religieux en faveur du grand nombre de Canadiens qui étaient au service de la
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jour en jour la nécessité plus pressante d’y envoyer un prêtre. Mais diverses considérations l’arrêtaient. D'abord il aurait préféré ne pas froisser les susceptibilités de la compagnie, dont l’aide et la protection pouvaient lui être nécessaires pour pénétrer dans ces régions reculées, et, par mesure de prudence, il attendait. Il considérait aussi le danger réel qu’il y avait à envoyer un prêtre seul au milieu de tribus sauvages toujours en guerre les unes contre les autres, et dont il ne connaissait pas les dispositions ; enfin, dans sa grande pauvreté, Mgr n'avait pas le moyen d’équiper un missionnaire, et de payer des guides pour le conduire dans un voyage qui ne devait pas durer moins de six mois.
Cependant, la démarche que firent les tribus sauvages des montagnes, à l’hiver de 1840-41, détermina Mgr Provencher à fermer les yeux sur toutes ces difficultés, et à se confier uniquement dans la Providence. Ces sauvages envoyèrent en députation, à la Rivière-Rouge, un Métis du nom de Pichet, pour demander à l’évêque de vouloir bien leur donner un missionnaire pour l’année suivante. Pichet passa l'hiver à s’instruire des vérités chrétiennes, et repartit au printemps pour les montagnes.
La porte de ces missions s’ouvrait trop naturellement pour que Mgr Provencher la laissât se refermer. Il écrivit à l’évêque de Québec pour lui annoncer cette bonne nouvelle.