‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 43 sur 79 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Nouveau voyage de Mgr Provencher au Canada.—Il passe par les Etats-Unis.— Arrivée à Montréal. — Les Sœurs Grises acceptent la mission de la Rivière-Rouge.

Pendant les années qui s’écoulèrent depuis son arrivée à la Rivière-Rouge jusqu'à 1843, Mgr Provencher s'était continuellement occupé de se procurer de bonnes institutrices, tirées de quelque

ordre religieux. Il avait écrit à ce sujet à Mgr d'Amiens, qu'il avait connu à Lyon ; en réponse, Sa Grandeur lui avait indiqué diverses maisons, mais il n'était guère plus avancé, puisqu'il n'avait personne pour traiter ces affaires en Europe. Une autre fois, il avait écrit au vénérable évêque de Louisville, Mgr B. I. Flaget, pour lui demander des Amantes de la Croix, établies dans le Kentucky ; il ne reçut point de réponse. Dans les dernières années, il s’adressa à Mgr Loras, de Dubuque, le priant de lui procurer trois ou quatre institutrices tirées de quelque congrégation religieuse des Etats-Unis. Sa Grandeur lui répondit qu’elle n'avait pas l’espérance de trouver aux Etats-Unis

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les institutrices qu’il cherchait, mais qu’elle allait tâcher de lui en obtenir de l’ordre de Saint-Joseph, à Lyon, en faisant dès le même jour sa demande à la supérieure générale; il reçut une réponse négative. Monseigneur de Québec, qui fit plus tard une seîblable démarche, ne fut pas plus heureux. Ce fut pour aller lui-même frapper à la porte des communautés, que Mgr Provencher entreprit un voyage au Canada, en passant par les Etats-Unis. I1 était décidé à se rendre en Europe, et à ne pas revenir sans amener avec lui les sujets qu’il cherchait depuis si longtemps. Suivons-le dans son voyage.

Il prit sa route à travers les prairies, pour | atteindre le Mississipi à la chute Saint-Antoine, *

Après une marche lente, la caravane avec laquelle voyageait Mgr Provencher arriva sur les bords de ce fleuve le 22 juillet, à un endroit situé près de l'embouchure de la riviève des Sakes. On | eut beaucoup de peine à traverser le Mississipi, dont les eaux étaient très hautes. De cet endroit la caravane suivit la rive gauche du fleuve jusqu’à la chute Saint-Antoine, où elle arriva le 24 juillet.

Monseigneur se rendit le même soir à Saint- Paul, où il dit la sainte messe le lendemain.

Le 2 août au matin arriva à Saint-Paul un bateau à vapeur qui devait repartir le même jour pour descendre à Saint-Louis. Monseigneur fut

* Nous renvoyons à l’appendice une description du - mode de voyage dans le Nord-Ouest à cette époque.

heureux de cette rencontre, qui lui fournit le moyen de hâter sa marche. De Saint-Paul il se # rendit en quatre jours à Dubuque. Cette ville était ! le siège épiscopal de Monseigneur Loras, qui avait | écrit l’automne précédent à Lyon, en vue d'obte. # nir des religieuses pour la Rivière-Rouge. Mygr à Provencher ignorait que l’évêque de Dubuque # avait échoué dans sa démarche, et il espérait trouver là trois religieuses, qu’il aurait pu envoyer M à Saint-Boniface avec la caravane quil’avaitament %

à Saint-Paul ; cette caravane devait attendre une ;

lettre de Mgr Provencher avant de s’en retourner, I] fut reçu avec la plus grande cordialité par Mgr Loras, qui lui apprit que la supérieure des Sœurs de Saint-Joseph de Lyon, sur qui il avait compté, donnait une réponse négative.

Il est intéressant de voir comment la divine Providence, qui conduit tout ici-bas, dirigea les événements, pour amener à la Rivière-Rouge une communauté à laquelle Mgr Provencher ne songeait pas.

Les obstac'es que ce digne évêque rencontra pendant longtemps à l’accomplissement de ses desseins, les nombreux refus que l’onfit à ses demandes, ses tentatives infructueuses en Canada et en Europe pour avoir des religieuses, nous prouvent que Dieu a ses personnes et ses temps marqués pour établir ses œuvres, et qu’il se sert, pour accomplir sa volonté, non seulement des bonnes dispositions des hommes, mais aussi de leur mauvais vouloir, Toutes les difficultés s’aplanis-

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sent quand Dieu, pour sa gloire, veut qu’une œuvre réussisse ; et tout ce qui, humainement, paraît être un obstacle, devient alors un moyen de succès.

Monseigneur Loras arrivait du concile de Baltimore ; il avait amené avec lui cinq religieuses d'un ordre enseignant, et il en attendait bientôt quatorze autres. Ce bon évêque offrit à Mgr Provencher de lui en céder trois; malheureusement, elles ne parlaient pas un mot de français ; c'était un grave inconvénient pour la Rivière-Rouge ;. néanmoins, il répondit qu’il les accepterait, au cas qu'il ne pût s’en procurer ailleurs parlant le français,

Le 9 août, Mgr Provencher prit le bateau pour descendre à Saint-Louis. Il arriva devant’ cette ville le 13, trop tard pour débarquer le même. soir. ‘

A sept milles de la ville les Sœurs de Saint- Joseph avaient un établissement florissant. L'évé-que de la Rivière-Rouge alla le visiter le lendemain, et profita de l’occasion pour faire une nouvelle instance auprès de cette communauté, qui lui paraissait si bien convenir à ses missions.

Mais il eut beau exposer les besoins pressantsoù il se trouvait d’avoir des institutrices, elles ne purent accéder à sa demande. Alors il écrivit im-. médiatement à la caravane qui attendait à Saint-- Paul, et lui dit de repartir pour Saint-Bonifaceaussitôt qu’elle serait prête.

Avant de quitter Saint-Louis, Mgr Provencher-

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visita la ville et ses nombreux établissements re-

ligieux, l’université des Jésuites, les asiles, les M

hôpitaux, le couvent des Dames du Sacré-Cœur. La vue de toutes ces institutions florissantes faisait sur le pauvre évêque missionnaire l’effet d’une table chargée de mets succulents devant un affamé qui n'aurait pas la permission d’y toucher.

Comblé de politesse, il quitta la ville le 22 août, en compagnie de plusieurs RR. PP. Jésuites, qui se rendaient à Cincinnati pour l’ouverture des classes de leur collège.

En passant à Louisville dans le Kentucky, Mgr Provencher s’arrêta un moment pour aller saluer Mgr Flaget, à qui, l’année précédente, il avait demandé des Amantes de la Croix. Ne sachant pas quelle communauté la Providence destinait à ses missions, il ne voulut pas passer auprès de celles-ci, qui avaient une maison à Louisville, sans aller présenter son humble demande.

Ces religieuses lui répcndirent qu’elles n'étaient pas assez nombreuses pour entreprendre d'aller fonder une mission à la Rivière-Rouge. Mgr Provencher se consola de ce refus comme des autres, en se résignant à la volonté de Dieu, et en disant: ‘Ce ne sont pas celles que Dieu veut me donner.”

Il quitta Louisville pour Cincinnati, le 27 août.

L'évêque de cette ville, Mgr Purcell, était en Eu- Me rope. Mgr Provencher alla loger au collège de MS Saint-François-Xavier, tenu par les Jésuites qui | 7°

avaient voyagé avec lui depuis Saint-Louis.

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nauté religieuse originaire de Belgique, et dont la maison mère était à Namur. Fidèle à sa résolution de frapper à toutes les portes, jusqu’à ce qu’il en trouvât une qui voulût s’ouvrir, Mgr Provencher alla présenter sa demande à la supérieure. Celle-ci l’accueillit favorablement, et répondit qu'elle était prête à écrire à Namur pour faire venir immédiatement des sujets, vu qu’il ne s’en trouvait pas un assez grand nombre dans la maison de Cincinnati.

Mgr Provencher lui dit qu'il allait se rendre à

Montréal, et que de là il enverrait une réponse définitive. Il quitta Cincinnati sans retard et voyagea jour et nuit; le 9 septembre au matin il à arrivait à Montréal.

} Le plaisir inné qu'éprouvent tous les hommes } en revoyant le pays qui leur a donné naissance } ne fit pas oublier à l’évêque de la Rivière-Rou è le but de son voyage, qui était de procurer Eu institutrices à ses missions.

Ne voulant pas de religieuses celoftrées, il ne ; pouvait s'adresser qu'aux deux communautés des Sœurs Grises et de la Congrégation de Notre- Dame. C'était sur cette dernière qu’il avait jeté les } yeux, ne sachant pas que les Sœurs Grises 80 4 chargent aussi de l’éducation des jeunes filles 1 Monseigneur Bourget, évêque de Montréal à ‘ D il s’adressa, lui indiqua les Révérendes Sue Gr

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une communauté dont il connaissait tout le mé- 1 rite, réjouit le cœur de Mgr Provencher. L'’évêque M de Montréal s’offrit à faire les premières démarches auprès de la supérieure, et de lui soumettre le projet de cet établissement lointain. Mgr Provencher attendit à Montréal le résultat des premières entrevues.

Les Révérendes Sœurs trouvèrent cette affaire trop importante pour se décider sur-le-champ. Elles prirent neuf jours pour consulter Dieu et s'assurer de sa sainte volonté. Pendant tout ce temps, il se fit de ferventes prières dans toute la communauté, afin d'obtenir les lumières de l’Esprit-Saint. La neuvaine terminée, le conseil chargé de traiter les affaires majeures de cette maison s’assembla le 80 octobre, et il fut décidé que l’on : se chargerait de cette fondation, qui offrait au zèle et au dévouement un vaste champ, et qu’au lieu de trois sujets demandés on en donnerait quatre. Il ne restait plus qu’à faire le choix des : fondatrices. Pour ne pas se tromper dans une élection si importante, on recourut de nouveau aux lumières d’en haut, et pendant neuf jours les prières continuèrent dans l'hôpital, afin qu’il plût au Ciel de désigner celles qu’il appelait à aller, si loiv, exercer leur charité.

Le 7 novembre, le conseil s'étant de nouveau assemblé, nomma pour aller fonder à la Rivière- Rouge une maison de l'institut des Sœurs de Charité, les Sœurs Valade, Lagrave, Coutlée (dite 1h Saint-Joseph) et Lafrance.

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Pendant que ces affaires se négociaient à Montréal, Mgr Provencher avait rencontré deux sujets distingués pour ses missions, M. Lafièche et M. O. Caron, du collège de Nicolet. Lorsque Mgr Provencher apprit de l’évêque de Montréal que tout était enfin réglé avec la communauté des Sœurs Grises, son cœur déborda de joie :

‘ Bénissons le Seigneur, écrit-il à l’évêque de ‘ Québec ; bénissons sa divine Providence, qui a ‘ daigné seconder mes vues d’une manière spé- ‘ ciale et visible. Me voilà avec tout mon monde ‘et le passage. | : |

‘ J'ai reçu, la semaine dernière, des lettres qui ‘ m'ont fait admirer la bonté de Dieu. M. La- ‘{ flèche m’a donné son consentement avant mon ‘ départ de Nicolet, après avoir demandé conseil ‘et avis à qui de droit. Sir George Simpson ‘ m’accorde le passage de deux prêtres et de quatre ‘‘ religieuses, pour la somme de 175 louis, que je ‘ n'hésite pas à lui donner.”

Mgr Provencher étant assuré d’avoir des Sœurs Grises, écrivit à Dubuque pour remercier le vénérable évêque de cette ville de la bonne volonté qu’il lui avait témoignée à son passage. Il écrivit aussi à Cincinnati, aux Sœurs de Notre-Dame, pour leur annoncer qu'ayant trouvé à Montréal les institutrices qu’il cherchait, il ne tenterait pas de s’en procurer de leur institut en faisant sa demande à Namur, selon qu’il en était convenu avec elles. Il les remercia de leur zèle, de leur empressement à voler au bout du monde pour procurer la gloire de Dieu.

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Mgr Provencher aurait bien désiré aussi avoir des Sœurs Grises pour la mission de la Colombie ; il en fit même la demande à la communauté ; mais on apprit peu après que M. Blanchet était promu à l’épiscopat, et comme la Colombie allait être séparée de la Rivière-Rouge pour devenir vieariat indépendant, la supérieure répondit qu’elle préférait traiter la chose avec M. Blanchet luimême.

Mgr Blanchet ne pouvait apprendre sa promotion à l’épiscopat que vers le commencement de novembre 1844, c’est-à-dire un an plus tard.

L’évêque de la Rivière-Rouge s’intéressa au progrès de la religion dans ce nouveau vicariat. Il fallait des institutrices, des prêtres, avec les moyens de les soutenir. Les évêques de Québec et de Montréal jugèrent à propos de mettre ce vicariat en relation avec l’Europe d’où il pourrait tirer des secours et des prêtres plus ficilement que du Canada, où manquaiïent les uns et les autres. Dès lors, il fut décidé que Mgr Provencher ferait le voyage en France, afin de s'occuper plus efficacement des besoins de sa propre mission et de ceux de la Colombie, qui cessait d’en faire partie.

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