CHAPITRE XVI
Projet des évêques du Canada d’ériger le vicariat de la Rivière-Rouge en province ecclésiastique.—Mgr Provencher n’approuve pas ce projet, mais il demande avec instance un coadjuteur.—Il suggère le nom de M. Laflèche.— Bulles demandées.— M. Laflèche ne peut accepter pour cause de maladie.—Grave embarras de Mgr Provencher.—Vues admirables de la Providence.
Dans le cours de l’année 1846, il avait été question, à la Propagande, d’ériger le vicariat apostolique de la Rivière-Rouge en province ecclésiastique. Ce projet avait été soumis à la Sacrée Congrégation par Mgr Blanchet, avec l’approbation des évêques du Canada.
Mgr Prince, coadjuteur de l’évêque de Montréal, écrivit à Mgr Provencher pour lui demander ce qu’il en pensait. ‘On demande, disait-il, que ‘ Votre Grandeur se prononce là-dessus, et qu’Elle ‘ propose les noms des futurs titulaires si Elle ‘ goûte le projet. L'affaire est majeure et réputée ‘“ pressante.. Ici on penche pour une province ‘ ecclésiastique composée d’évêques canadiens.” Le pays cependant était si peu préparé pour la
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réalisation d’un tel projet, que Mgr Provencher demeura tout étonné de voir qu’on y avait songé. Il répondit à Mgr Prince:
‘Je n’entre pas dans les vues de ceux qui ont ‘ proposé de partager mon vicariat. Il ne suffit ‘pas de regarder sur une carte son immense ‘* étendue ; il y a bien du terrain pour faire vingt ‘ évêchés et plus; mais dans ce pays, il n’y a pas ‘ une seule ville, bourgade ou village quelconque. ‘ Il n’y a que les postes de traite de la compa-. ‘ gnie, où se trouvent seulement quelques hom- ‘ mes nécessaires pour la traite.
# Il n’y a que Saint-Boniface et Saint-François- ‘ Xavier qui forment deux paroisses, mais sans “ réunion de maisons ; chacun est sur sa ferme... ‘ Qu'érigera-t-on en évêché? Il est vrai qu’à la Colombie on a érigé Walla-Walla, qui n’est ‘ qu’un poste de traite; on peut en faire autant à " Buint: Doniface. Mais je ne goûte pas votre plan, ‘ ni le Père Aubert non pla.
‘ Toute la population :u pays est sauvage ; je- ‘ serais bien en peine de vous proposer des titu- ‘“ laires canadiens pour ces postes futurs. J’espère- ‘ que ce projet n’aura pas de suites. Je ne veux ‘€ pas, sans doute, m’opposer aux vues de la Pro-- ‘ pagande, maïs je dis et je pense que le temps ‘ de faire ce partage n’est pas venu, et ne le sera ‘ pas de longtemps.” :
Au jugement de Mgr Provencher, il y avait,.
pour le moment, une question plus pressante que celle de la division de son vicariat. Il craignait de mourir sans coadjuteur, et le laisser par là un
sujet de grave embarras pour les missions nais-santes.
‘ Voici, dit-il dans la même lettre, ce que je ‘* croirais de plus propre à contribuer au salut des ‘âmes par ici.
‘Je ne suis plus jeune pour voyager facile- ‘ ment. Je désirerais un coadjuteur jeune, qui ‘ pourrait s'acquitter d’une partie de ma charge, ‘et assumer l’épiscopat en cas de mort, selon les ‘instructions du Saint-Siège. J'ai chargé quel- ‘ qu'un de gouverner après ma mort, d'informer “la Propagande de mon décès, et de proposer ‘ quelqu'un pour me succéder.
‘ Celui que je voudrais avoir pour coadjuteur ‘est M. Laflèche, que j’ai emmené dans cette ‘“ intention, si je vivais assez longtemps pour qu’il ‘ parvint à l’âge requis. Il a vingt-neuf ans, il en ‘aurait près de trente avant que tout fût réglé. ‘ Le Révérend Père Aubert pense comme moi; ‘je crois qu'il en dit quelque chose au Père ‘ Guigues, pour en informer l’évêque de Montréal, ‘ou Votre Grandeur en son absence. J'ai déjà © proposé ce plan aux évêques de Québec et de ‘ Sidyme ; on m’a répondu: ‘Il est trop jeune; ‘ rien ne presse; vous vivrez encore longtemps.” ‘Je me suis tenu tranquille; mais puisqu'on ‘veut changer l’état des choses, je donne mes ‘ idées.”
Quelques semaines après, il écrivait à Mgr Bourget, pour lui exposer les mêmes raisons:
‘ Je vous avoue que je ne sais à quoi m'en tenir ‘ sur la division de mon vicariat. Je sens que je “{ deviens vieux; je ne puis pas facilement visiter ‘mes missions éloignées ; mais elles ne font que ‘ de commencer, et 1l ne se trouve pas encore de « chrétiens pour la peine. Je pense à me pourvoir “ d’un coadiuteur jeune, qui pourrait courir au
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MONSEIGNEUR PROVENCHER 245 ‘“ loin, pendant que j’expédierais la besogne ici. ‘ M. Laflèche est le dus capable de remplir cette ‘* place ; il est bien instruit dans toutes les scien- ‘“ ces que l’on enseigne dans les collèges ; il est ‘* studieux, d’un excellent caractère, et homme ‘sans prétention. Le Père Aubert l'estime et est ‘“ pour sa promotion.”
Mgr Provencher tenait M. Laflèche en si haute estime, qu’il l’avait choisi pour administrateur du diocèse en cas de mort de l’évêque; il avait remis ces titres entre les mains du Père Aubert qui avait été nommé grand vicaire.
Le mémoire présenté à la Sacrée Congrégation par Mgr Blanchet fut communiqué à Mgr Provencher le 7 juillet 1846. On y désignait le poste d’Edmonton et celui d’Athabaska comme
deux places convenables pour deux futurs évé- 1.7 Cnes.
‘Je ne nie pas, dit Mgr Provencher dans sa ‘* réponse à Mgr Prince, que plus tard on pourrait ‘ mettre là des évêques ; mais Athabaska n’4 pas ‘ encore été visité et Edmonton n'est qu’un poste ‘ de traite.
M. Thibault réside au lac Sainte-Anne, situé ‘ à deux jours de marche du fort. Les sauvages ‘ Cris qui courent les prairies ne se convertissent ‘ pas facilement. La guerre et le vol des chevaux ‘ font leur occupation chérie. Les Cris qui habi- ‘ tent les bois se convertiront peut-être plus faci- ‘lement; mais la besogne est encore à faire.
‘ Beaucoup de leurs enfants sont baptisés; s’il me vient encore un prêtre, j’établirai, dès l’an- ““ née prochaine, une mission à Athabaska. Pen-
ntm nes ae mg.
“ dant que ces nouveaux missionnaires répan- “ dront la lumière dans ce poste reculé, MM.
‘ Thibault et Bourassa instruiront plus assidû- ‘ ment les sauvages de leur département. M. La- “ flèche et le Père Taché pensent que deux prêtres ‘ par département suffiront. Il faut suivre de près ‘““]es sauvages, car ils oublient vite les instruc- “ tions et leurs promesses.
‘ Si la cour de Rome, pour des raisons de haute “ sagesse, et probablement pour prendre le pas ‘ sur les protestants, désire partager mon vica- ‘ riat, bien entendu je ne m’y oppose pas; mais ‘je n’oserais en ce moment désigner aucun:
‘ place pour un siège épiscopal. Les raisons que ‘ l'archevêque Blanchet donne dans son mémoire “ pourraient être données pour la baie d'Hudson; ‘“ peut-être même vaudraient-elles plus, car le “ pays est anglais. Si l’on tient cependant à ‘ l’érection d’une province ecclésiastique dans le ‘ Nord-Ouest, voici ce que je proposerais ut minus “ sapiens : n'ayant aucune place marquante à dé- ‘“ signer pour futur siège épiscopal, on pourrait ‘ ériger Saint-Baniface en archevêché, pendant ‘ que la chose peut se faire sans opposition con- ‘“ nue; lui donner pour suffragant M. Laflèche, ‘ comme évêque de la partie nord de la baie “ d'Hudson, avec droit de se choisir une rési- “ dence; fixer les limites conjointement avec ‘ l'archevêque, lesquelles limites devraient être ‘“ approuvées par le Saint-Siège ; mais il faudrait ‘ ne pas déterminer le temps pour fixer ces limi- ‘ tes, afin de laisser aller les choses sur le pied ‘ actuel pendant quelques années, et donner aux ‘ missionnaires le temps de se répandre, et de ‘ faire entrer des ouailles dans le bercail de cet ‘unique suffragant, qui, avec le temps, pourra ‘avoir un confrère.
répané, MM.
assidû- M. Laprêtres de près instruc-
le haute > le pas on vica- 8; mais aucun?
sons que mémoire Hudson ; :, car le ndant à e dans le ut minus nte à dépourrait pendant tion con- Laflèche, la baie ane résient avec ient être faudrait ces limirle pied nner aux lre, et de ail de cet 8, pourra
“Je voudrais que M. Lafièche, avec ce titre ‘ vague, eût le droit, par ses bulles, de me succé- ‘* der, sans autres procédures, qui demandent trop
‘de temps, à la distance où nous sommes de ‘‘ Rome.
‘ Si vous jugiez que ces choses n’ont pas de bon ‘ sens, n’en parlez à personne ; si vous les trouvez ‘ acceptables, parlez-en à qui de droit.”
A l’ouverture des missions, à la Rivière-Rouge, la compagnie et le gouvernement ne voulaient recevoir dans le pays que des prêtres canadiens ; on avait des préjugés contre les étrangers. Le Révérend Père Aubert, O. M. I., qui monta avec le Père Taché en 1845, fut le premier prêtre français introduit dans le Nord-Ouest. Son arrivée ne fit faire aucune réflexion au gouvernement, qui, d’ailleurs, ne s’aperçut peut-être pas que ce missionnaire n’était pas Canadien. Après lui, Monseigneur Provencher ne regarda guère aux nationalités pour accepter des prêtres dans son diocèse, et la congrégation des Révérends Pères Oblats, qui avait peu de sujets canadiens à cette époque, put dès lors envoyer à la Rivière-Rouge des religieux français, comme elle l’a toujours fait depuis. Pour un évêque cependant, on y aurait regardé de plus près, et on aurait craint de blesser les susceptibilités de la compagnie, en choisissant un autre qu’un Canadien.
Monseigneur Provencher écrivait à l’évêque de Montréal, en lui désignant M. Laflèche :
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