LETTRE DE MGR PROVENCHER A MGR DE MAZENOD
POUR LUI APPRENDRE QU’IL JETTH LES YEUX SUR LE PÈRA TACHÉ POUR ÊTRE COADJUTEUR DE L'ÉVÉQUE DE SAINT - BONIFACE.
‘29 novembre 1849.
‘ Je devrais peut-être faire apologie à Votre ‘ Grandeur, pour ne lui avoir pas écrit depuis “cinq ans, époque de l’arrivée des Révérends
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‘ Pères Oblats dans mon diocèse. Je dois beaucoup d'actions de grâces à Votre Grandeur, ‘‘ pour cet envoi d'ouvriers dans l’immense champ ‘{ confié à mes soins. J espère que la congrégation
‘des Oblats continuera à nous donner de ces
‘bons travailleurs.
* Depuis que j’ai eu l’honneur de vous con- ‘‘ naître à Paris, aux missions étrangères (en
. « 1836), j je suis devenu vieux, quoique cependant “je n’aie point d'infirmités graves. Né le 12
février 1787, je vais entrer dans ma 65° année.
‘ J'ai été sacré le 12 mai 1822. Ce nombre d’an- ‘‘ nées m’annonce que ma fin n’est pas loin. Les
“ : difficultés que j'ai vues s'élever plusieurs fois : pour faire nommer un successeur à un évêque ‘ mort sans coadjuteur, me font penser à en de- “ mander un. J'y songe depuis longtemps ; j ai * même fait des démarches qui n’ont pas réussi.
*‘ Celui sur lequel je comptais est devenu infirme, : quoique jeune. J'ai jeté les yeux sur un de vos ‘enfants, jeune aussi, mais que je vois le seul ‘ dans le pavs, propre à cette haute mais pénible
+ . dignité. C’est le Révérend Père Alexandre Taché é, “que Votre Grandeur n’a jamais vu, et qui est “ depuis 1846 à l’Ile-à-ln-Crosse et à Athabaska. ‘* Il à fait d’excellentes études classiques ; il a “étudié la théologie chez les Sulpiciens de Mont- «ré al, et depuis qu’il est employé dans les mis- ‘ sions, il a appris deux langues, avec la connais- ‘ sance desquelles il peut évangéliser les nations :, Sauvages presque jusqu’au pôle. Outre cela, il ‘sait passablement l'anglais, langue nécessaire ‘ partout dans ce pays. [Il a réussi au delà de mes ‘* espérances, À faire connaître Dieu aux nations
"+ des Cris et des Montagnais. Il avait pour compagnon M. Louis Laflèche, qui a appris les ‘ mêmes langues que lui. J'avais demandé ce
‘‘ dernier pour coadjuteur, et tous ceux qui
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“ avaient droit de se mêler de cette importante ‘ affaire, c’est-à-dire les évêques du Canada, ap- “* plaudissaient à mon choix. Déjà des démarches “avaient été faites ; mais, à notre grand désap- ‘ pointt,nent, nous sommes arrêtés par les infir- “ mités de ce digne sujet, qui est loin d’en de- ‘‘ mander la guérison, tant il redoute le fardeau “ de l’épiscopat. Mon intention était de lui faire “ faire un règne qui devait être long, puisqu'il n’a ‘ que 81 ans; il aurait pu prendre le Père Taché “ pour coadjuteur, et par là charger la famille ‘“ des Oblats de tous les détails des missions dans “le pays. Dieu n’a pas jugé comme moi, et je ‘* pense qu’il veut le Père Taché au timon des ‘‘ affaires des missions, quelques années plus tôt ‘que je n’avais pensé. Il connaît les missions ‘“ mieux que personne; je le propose, et je le ‘* demande à Votre Grandeur comme à son Su- ‘ périeur Général. Par la même malle, je le pro- ‘ pose à l’archevêque de Québec et à ses suffra- ‘ gants, qui pourront terminer cette affaire sans plus ample information de ma part. Monsei- ‘ gneur Guigues a connu le sujet en question, et " Mgr de Montréal a été son évêque; tous deux “ pourront rendre témoignage en sa faveur. Je ‘ mets tout entre leurs mains, ainsi qu’en celles ‘ des autres suffragants. Votre Grandeur pourra “ hâter la procédure à Rome par son influence. ‘ Un évêque jeune et robuste, connaissant les ‘“ missions, pourra les visiter et en établir d’au- “tres. Je ne suis plus capable de ces pénibles “ excursions. Je crois que l’évêque doit être C&æ “ nadien ou du moins sujet anglais ; ce sera assez ‘“ pour le premier qu’il soit tiré d’un corps reli- “ gieux. Je crois connaître l'esprit du pays. ke | que Votre Grandeur voudra hâter et “ favoriser cette promotion. Il est probable que
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