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‘les évêques du Canada, par l’organe de leur ‘ métropolitain, vous adresseront la même de- ‘ mande que moi. Je crois faire ce qu’il y a de ‘“ mieux pour le bien de la religion. Je me dé- ‘ charge de tout ce qui pourrait s’en suivre, sur ‘les évêques qui ont droit de se mêler de cette ‘‘ affaire. f sera toujours infiniment plus avan- ‘ tageux que l’évêque soit pris dans la congré- ‘ gation ; c'est à elle à envoyer ici des sujets qui ‘ puissent occuner ceite place.
‘Je souhaite u: Dieu conserve encore long- ‘temps votre sut: qu'il bénisse vos travaux ‘* pour sa gloire ; «, en ‘union à vos saints sacri- “ fices et autres mérites, j :i l'honneur d’être très ‘“ respectueusement, Monseigneur, de Votre Gran-
‘“ deur, s « r° Q ‘ Le très humble et très obéissant serviteur,
J. N., Evêque du Nord-Ouest.
Les bulles demandées pour M. Lafièche ne furent point expédiées à Saint-Boniface, et Mgr Provencher attendit des réponses d'Europe, pour donner ordre au Révérend Père Taché de quitter l’Ile-à-la-Crosse.
Le départ de M. Lañflèche de cette mission avait, pour ainsi dire, fait retomber tout le fardeau du ministère sur le Père Taché seul. Le Père Faraud, él est vrai, avait déjà acquis quelque connaissance de la langue montagnaise; mais les deux jeunes Pères qui venaient à peine d’arriver en 1850, n’en connaissaient pas un mot. Cependant, malgré le vide que devait causer, dans cette mission, le départ du Père Taché, Mgr Provencher lui donna
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ordre de descendre à Saint-Boniface au mois de juin 1851.
Son dessein était de le faire passer immédiatement en Canada pour être sacré, puis de lui procurer les moyens de retourner, aussitôt après, à l’Ile-à-la-Crosse, où sa présence était encore nécessaire, pour quelquetemps, dans cette mission naissante; de là eusuite il reviendrait à Edmonton. puis à Saint-Boniface.
La réponse de Mgr de Mazenod à l’évêque de Saint-Boniface changea un peu cet arrangement: l’évêque de Marseille traçait au Révérend Pèr: Taché la route qu’il aurait à suivre ; il désireit voir de ses yeux cet enfant de sa famille, dont ci. lui disait tant de bien, et il tenait à honneur d: lui imposer les mains. Il devait donc passe: en Trance, pour y recevoir la consécration épiscop..iu, et ensuite se rendre jusqu’à Rome.
‘ L’évêque de Marseille, dit Mgr Provencher, " “Jui impose l'obligation d'aller se faire sacrer ar lui; il lui a tracé une route qui doit aboutir “À Rome. Le plan ne me paraît pas mauvais ; je ‘“]le trouverais meilleur s’il en payait les frais. ‘ Peu m'importe le lieu où il sera sacré, pourvu ‘qu’il puisse se rendre à l’Ile-à-la-Crosse l’au- ‘ tomne prochain. Ce poste, qui promet beaucoup, ‘est presque abandonné, parce que le prêtre qui ‘est là ne parle presque pas montagnaiïs. Le à , vemps est court pour tous ces voyages ; il'est ‘ vrai qu’on voyage vite de nos jours.”
Un concile provincial devait s’assembler à Québecau mois de mai 1851. Monseigneur Provencher
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avait d’abord eu l'intention de s’y trouver présent ; mais son âge et ses infirmités, et avec cela la difficulté de voyager dans ces pays sauvages, le faisaient hésiter. Un jour il en paria à M. Lafièche, son grand vicaire, pour lui demander ce qu'il en pensait. Celui-ci le détourna d’un tel dessein. ‘* A ‘* l’Age et dans l’état où vous êtes, lui dit-il, je ‘ne vous conseille pas de faire ce long et fati- ‘ gant voyage. Je crains que vous ne mouriez en ‘® Canada ; et il ne convient pas que votre corps ‘* soit enterré ailleurs qu’à Saint-Boniface. Vous ‘‘ êtes le premier évêque de ce pays; vous y avez ‘‘ consacré toute votre vie au salut des âmes ; vous ‘ devez reposer après votre mort là où vous ‘‘ avez exercé votre zèle. Ce sera une consolation ‘“ pour ceux qui resteront après vous.”
Malgré le désir qu’il avait d’assister au concile, Mgr Provencher se rendit à ces représentations ; il avait comme un pressentiment de sa mort prochaine.
‘‘ Je ne pourrai pas assister au concile, écrivait- ‘il à l’évêque de Montréal, et mon coadjuteur ‘ futur n’y sera pas non plus. J’appelle et j’ap- ‘# pellerai le Saint-Esprit avec tous ses dons sur ‘ ceux qui y assisteront,afin que ce premier concile ‘ provincial soit la preuve que l'esprit de Dieu ‘ règne dans le cœur de ceux qui le composent.
‘ Plus tard, on en parlera et on dira: Nos pères ‘ dans la foi, etc. Je me recommande aux prières ‘° et saints Sacrifices de tous ceux qui le compo- ‘sent; je recevrai avec respect leurs actes comme ‘l’œuvre de saints prélats dont je vénère les ‘* vertus.”
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Le Père Taché arriva de l’Ile-à-la-Crosse le 4 juillet 1851 ; un canot devait le conduire de Saint- Boniface au Sault-Sainte-Marie à l'extrémité du lac Supérieur ; de là, sur un bateau, il se rendrait à Détroit, puis enfin à Montréal. Mgr Provencher était si pauvre qu’il n’avait pas un sou à lui donner pour le voyage.
‘Je n'ai rien à lui donner en passant, dit-il, ‘“ que le droit de mettre la muin dans ma bourse, ‘ si bourse il y a, en Canada.
‘* J'ai demandé à Lyon une allocation pour sub- ‘venir aux frais de la consécration de mon coad- ‘‘juteur. J’ai de l’argent à Québec, assez pour lui ‘ faire passer la mer.”
La pauvreté régnait pareïllement dans toute la colonie. Les récoltes des années précédentes n'avaient pas été bonnes. En 1851, il y eut des pluies abondantes durant la plus grande nartie de juillet ; l’eau monta beaucoup dans les rivières, les champs furent endommagés. La chasse donna peu de viande, et la pêche manqua en grande partie.
Tout cela n’était cependant que le prélude d’un autre fléau qui devait éprouver la Rivière-Rouge en 1852.
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