‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 6 sur 79 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

‘Naissance de Joseph-Norbert Provencher.—Ses jeunes années, ses études.—Son sacerdoce; premières années de ministère.

Joseph-Norbert Provencher, que Dieu, dans sa miséricorde, destinait à devenir le premier apôtre de la Rivière-Rouge, et à fonder une église dans cet immense territoire du Nord-Ouest, vint au monde le 12 février 1787, dans la belle paroisse de Nicolet. Son père se nommait Jean-Baptiste

Provencher dit Belleville, et sa mère, Elisabeth Proulx ; elle était parente de monsieur le grand vicaire Proulx, qui fut curé de Québec, et qui mourut curé de la Beauce.

De son mariage, Jean-Baptiste Provencher eut douze enfants : huit garçons et quatre filles. Joseph-Norbert fut le sixième de cette nombreuse famille. Le jour même de sa naissance, ses parents le portèrent à l’église, et il reçut la grâce du baptême des mains du curé de la paroisse, messire Charles Brassard. *

* Voici les noms des enfants de Jean-Baptiste Provencher : Alexis, Antoine, Louis, Simon, Elisabeth, Joseph- Norbert, Marguerite, D LE Pierre, Marie-Josephte, Thérèse, et Michel.

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Dès son enfance, il apprit à aimer Dieu, et il contracta de bonne heure ces habitudes de foi qui forment les caractères fermes et généreux. Jusqu'à l’âge de dix ou onze ans, aucun événement remarquable ne se produisit pour lui dans sa famille. Bien doué sous le rapport de la nature, il joignait aux attraits d’une agréable figure, un air de douceuret de bonté qui le faisait aimer de tous ceux qui le voyaient. Son père, modeste cultivateur, n’était pas assez riche pour songer à donner à ses enfants ie bienfait d’une haute éducation. Cet avantage était alors le partage exclusif de la classe aisée, car il en coûtait beaucoup pour pousser un enfant aux études classiques. Les collèges, et même les écoles élémentaires, étaient rares dans le pays.

Cependant la divine Providence, qui destinait Joseph-Norbert à de grandes choses, eut soin de Apréparer les voies qui devaient le conduire à sa haute vocation. Un des frères de Jean-Baptiste Provencher, nommé Alexis, vint un jour lui proposer d'emmener avec lui Joseph-Norbert, et de l’adopter pour son fils ; il était à l’aise, non chargé de famille, et en état d’assurer l’avenir de cet enfant. La proposition fut acceptée : le petit Norbert, âgé d’une dizaine d’années, fit ses adieux à ses parents, et partit avec son oncle.

Environ trois ans après, en l’année 1801, messire Brassard, curé de Nicolet, ouvrit une école dans le village, en vue d’y faire donner un cours préparatoire aux études classiques. Une école alors,

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c'était tout un événement; aussi l'ouverture en fut faite très solennellement, le 10 mars, et dès le premier jour, vingt-huit enfants se présentaient pour y être admis. Le premier nom, sur la liste des élèves, fut celui de Norbert Provencher. Comme on le voit, le père Alexis, qui allait être l’instrument de l2 Providence, s'était hâté de conduire son petit Norbert à l’école.

L'année suivante (1802), Norbert eut la douleur de perdre son père et de voir sa mère rester veuve, chargée de onze enfants. Elle-même ne survécut que de quatre ans à son mari, et bientôt tous les membres de cette famille se trouvèrent dispersés.

Les progrès des élèves de l’école furent assez rapides pour qu’au bout de deux années, on jugeât ces jeunes gens capables d’entreprendre un cours de latin. Le révérend M. Brassard, après s'être entendu avec Mgr Denaud, évêque de Québec, annonça que l’école commencée en 1801 allait devenir petit séminaire, et qu’en 1803, s’ouvrirait le cours classique.

Joseph-Norbert Provencher, qui avait été le premier à demander son entrée à l’école, fut aussi le premier à demander son admission au séminaire. Il avait alors seize ans.

Au collège, il eut pour confrères de classe des hommes qui plus tard, dans le monde et dans l’Eglise, occupèrent des postes distingués. Tels furent Mgr Cooke,premier évêque des Trois-Rivières ;

T. J. R. Loranger, grand vicaire de Mgr Cooke ; Jean-Louis Beaubien, curé de Saint-Thomas de

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Montmagny; Joseph-Etienne Cécile, mort curé du Cap-Saint-Ignace; Pierre-Joseph Cressy, avocat distingué de Québec ; Jean-Baptiste Proulx, cultivateur, membre du parlement provincial.

Le jeune Norbert se fit remarquer, pendant ses études, par une grande aménité de caractère, et par un jugement droit, sûr et solide; ce fut sans doute cette rectitude de jugement qui le désigna plus tard comme un sujet précieux à Mgr Plessis, dont le coup d’œil savait si bien discerner les hommes.

Son entrée au seminaire dut être pour lui un jour de bonheur, puisqu'il voyait s'ouvrir devant lui une voie qui lui permettait d'arriver à un état pour lequel il se sentait déjà de l'attrait. Il dit lui-même, dans une lettre qu’il écrivait à Mgr Plessis, que dès son enfance il avait senti de l'attrait pour l’état ecclésiastique.

A la fin de son cours de philosophie, en 1809, comme il se destinait à l’état ecclésiastique, Mgr Plessis l’appela au séminaire de Québec pour lui faire étudier la théologie ; mais sa santé affaiblie depuis quelque temps, ne lui permit pas de demeurer à Québec, et bientôt il fut obligé de retourner respirer l’air de la campagne. Il revint au collège de Nicolet, où, pendant deux années, il fut chargé d’une petite classe. Durant ce temps sa santé ne s'était pas beaucoup améliorée ; et néanmoins, l’archevêque de Québec, qui était dans un grand besoin de sujets, l’avertit qu’il eût à se préparer pour être ordonné prêtre le 21 décembre

Après son ordination, il fut enployé comme vicaire à Québec. L’épuisement dans lequel il tomba bientôt le força une seconde fois d'abandonner la ville pour retourner à Nicolet, prendre quelques mois de repos. Ses forces revinrent peu à peu, et dans l’automme de 1812, il fut placé comme vicaire à Vaudreuil, où il passa une année, sous monsieur Deguire, curé de cette paroisse.

Au mois d’octobre 1813, son évêque le nomma vicaire à Deschambault, et en même temps curé des Grondines. En partant de Québec pour se rendre à Deschambault, il subit un accident qui aurait pu lui être fatal, maïs qui heureusement eut un résultat favorable. Il s'était mis en route de bon matin, par des ‘chemins très mauvais, avec un compagnon d’un poids plus qu’ordinaire. Lorsqu’ils passaient vis-à-vis de l'Hôpital Général, la voiture versa dans un fossé, et monsieur Provencher fallit être écrasé par son compagnon, qui tomba sur lui. Quand il se releva, il sentit qu’il ne pouvait pas continuer son voyage, et il se fit transporter à l'Hôpital, à quelques pas de là. Heureusement il n’avait reçu aucune blessure grave, et il en fut quitte pour passer huit jours à l'Hôpital. Chose étonnante, cette chute causa, dans toute sa constitution, une révolution salutaire; car, à partir de ce moment, il devint fort et robuste. Il a dit souvent, dans la suite, que c'était cet accident qui avait amené le rétablissement de sa santé.

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chambault, et en 1814 Mgr Plessis le nomma curé dela Pointe-Claire, près de Montréal, et desservant de Saint-Anne du bout de l’Ile. Pendant deux ans qu’il fut à la tête de cette paroisse, il s'attira l'estime et l'affection de ses paroïssiens ; nous voyons, dans ses lettres, qu’il était très attaché à la Pointe-Claire, et qu’il conserva toujours un précieux souvenir des habitants.

Au mois d'octobre 1816, il fut de nouveau déplacé, pour être chargé de la belle paroisse de Kamouraska, en bas de Québec. Cette cure de choix, comme Monseigneur Provencher l’appelait dans ses lettres, nous montre l'estime que Mgr Plessis faisait déjà de ce jeune prêtre, et quelle confiance il mettait en lui.

Cette cure fut le dernier poste qu’il occupa en Canada. En 1816, les négociations pour avoir des missionnaires à la Rivière-Rouge étaient sur le point d’être entamées, et c'était sur le curé de Kamouraska que la Providence jétait les yeux pour en faire un missionnaire et un apôtre.

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