‹ Monseigneur Provencher et les missions de la Riviére-Rouge [microforme]Chapitre 61 sur 79 · FE · texte numérisé non relu

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‘“ Tous ces départs ne font pas l'affaire ici. M. ‘€ Laflèche était propre à tout et capable de tout; ‘ il pouvait faire marcher le ministère à la façon ‘ des curés du Canada, pour les détails et l’ins- ‘ truction. Si quelque chose dépend de vous, ‘“ tâchez de m'envoyer un consolateur et un ap- “ pui de ma vieillesse: ma carrière achève.”

Cette lettre fut la dernière qu’il écrivit à l’évêque de Montréal. En effet, la carrière de Mgr Provencher achevait; il en avait un pressentiment.

Depuis quelque temps, il parlait souvent de za fin, il aimait à s’entrenir avec la pensée de la mort. Toutes ses affaires temporelles étaient réglées ; il ne laissait aucun embarras à son sûccesseur. Il avait craint les dettes, il n’en laissait pas. Le calme qu’il avait toujours gardé pendant sa vie l’accompagna jusqu’à la fin.

Le jour de la Pentecôte, il eut une forte attaque

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Le 19 mai au matin, au moment où il sortait du lit, il perdit connaissance, et tomba sur le plancher de sa chambre, où il demeura étendu jusqu'au moment où il revint à lui et put appeler à son secours. Nous allons laisser ici M. Laflèche, son grand vicaire, raconter, dans une lettre à l’évêque de Québec, les détails de la maladie et de la mort de Mgr Provencher.

‘ Depuis un an, je remarquais que la santé de “ Mgr de Saint-Boniface déclinait sensiblement ; ‘il était souvent indisposé, et se plaignait d’une ‘ faiblesse extrême, qui allait toujours en aug- ‘mentant. Il paraissait frappé de l’idée que sa ‘fin était proche. Il me parlait souvent de sa ‘ mort, et il avait même désigné d'avance Jes. ‘ habits et les ornements avec lesquels on l’ense- ‘velirait. Il craignait qu’on ne lui en mît de ‘trop beaux. Le dix-neuf mai, * au moment où “il se levait, n’étant encore que moitié habillé, il ‘fut frappé soudainement d’un coup d’épilepsie, “ qui le renversa sans connaissance sur te plan- “ cher. Ce ne fut qu’une demi-heure après qu’il

* Le lecteur remarquera la correspondance admirable qu’il yaentre cette date et celle de son départ pour les missions en 1818: ce fut le 19 mai qu’il fit ses adieux à sa patrie, et c’est également ie 19 mai que Dieu l’avertit de se préparer pour aller au ciel, la vraie patrie, qu’il avait si bien méritée.

‘ put appeler au secours, et que le Révérend Père ‘ Bermond, qui arriva le premier, le trouva fai- ‘ sant d’inutiles efforts pour se relever. J’arrivai ‘* aussitôt à son secours, et, après l’avoir assis, je : ‘ Jui demandai s’il sentait du mal quelque part, : ‘et comment il se trouvait. Les quelques phrases nc ‘ qu’il commença sans pouvoir les achever nous F rent bientôt comprendre le danger de sa ma- ‘ ladie. Le docteur, qui arriva quelques instants FI " après, n’en parut pas moins effrayé que nous. 4 ‘Le mieux qu’il éprouva sur le soir et le len- 1 ‘ demain dissipa un peu nos alarmes. La con- ‘“ naissance lui était parfaitement revenue, et il | ‘se trouvait assez bien pour s'occuper de ses ‘affaires. Comme je me trouvais heureux ce ! ous après la cruelle inquiétude de la veille! \ ‘ Pourquoi faut-il donc que cette joie ait été de”éi ‘courte durée? La nuit suivante, qu'il passa ‘sans sommeil, le laissa dans une grande fai- ‘“ blesse.

‘ Nonobstant cela, il voulut assister à la basse | ‘ messe parce que c'était le dimanche, et il se mit ‘ ensuite à dire son bréviaire. Sur la représen- | | | |

‘tation que je lui fis, que cela pourrait lui être ‘bien nuisible dans l’état où il était, il consentit ‘à me remettre son bréviaire, que je cachai aus- ‘sitôt. Il s’en plaignit ensuite, disant : 1ls m'ôtent ‘la dernière consolation qui me reste, celle de dire “mon office! Revenu auprès de lui pendant la ‘ grand’messe, je le trouvai son bréviaire à la ‘ main. J’eus beau parler, pour le coup tout fut ‘inutile; voulant en quelque sorte lui faire vio- ‘€ Jence, je saisis son bréviaire en disant: Monsei- ‘© gneur, permettez que je vous l’ôte.—Non, dit-il, je les ‘€ ai écoutés hier, et j'en ai eu regret.

‘ Quelques heures après, son mal augmenta à ‘tel point qu'il n’était plus à lui, ses idées étant

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‘entièrement confuses. Il passa une grande partie ‘ de la semaine dans cet état de délire. Dans les ‘intervalles où la connaissance lui revenait, il ‘ disait qu’il ne sentait aucun mal, sinon une: ‘* grande faiblesse ; il paraissait ne pas connaître: ‘ tout le danger de son état. Le 24, nous jugeimes ‘* prudent de lui administrer le sacrement de ‘ l’Extrême-Onction ; il avait alors si peu de- ‘ connaissance qu’il ne s’en souvenait plus le- “ lendemain, où il était parfaitement revenu à “ Jui. Nous en profitâmes pour lui donner ie saint. ‘ Viatique, qu’il reçut avec les sentiments de la ‘ plus tendre piété, nous recommandant en même ‘temps de bien observer tout ce que le rituel. # prescrit dans cette circonstance. Ces pauvres : ‘€ évêques, disait-il, 4 ne faut pas les laisser mourir. ‘€ morns chrétiennement que les autres.

‘ Après avoir ee corps de son Sauveur, il:

‘ leva ses yeux défaillants vers le ciel et sa main- ‘‘affaiblie sur son peuple, pour lui donner une ‘ dernière bénédiction. Il bénit aussi d’une ma-- ‘ nière toute spéciale ceux de ses missionnaires ‘“ qui étaient absents. Les Sœurs de la Charité- ‘ vinrent aussi se jeter à ses pieds, pour lui de-- ‘ mander une dernière bénédiction et recevoir- ‘ ses derniers adieux. Oh ! le touchant spectacle “ que celui-là ! Non, jamais il ne s’effacera de ma ‘ mémoire. Tous ceux qui étaient présents fon-- ‘ daïent en larmes.

Vers le 29, il commença à se plaindre d’une- ‘ douleur qui le faisait cruellement souffrir dans- “le côté gauche auprès du cœur, et depuis ce “temps-là il a presque toujours eu sa parfaite: ‘ connaissance jusqu’à son dernier moment. Il ‘ avait réglé toutes ses affaires; et durant sa. ‘ maladie il nous a fait toutes les recomman-. ‘ dations et donné tous les avis qui étaient néces--

‘ saires pour nous et pour son peuple. Le 7 juin ‘“ à onze heures du soir, après quelques minutes “ d’agonie, il a remis tranquillement son âme à ‘ Dieu.

‘ C’est ainsi, Monseigneur, que le sort des or- ‘ phelins est devenu notre partage. Cette mort a ‘répandu le deuil dans toute la colonie ; ceux ‘“ mêmes qui sont d’une croyance différente de la ‘ nôtre avaient pour lui la plus profonde estime, ‘€ et tous le regrettent sincèrement.

‘ Le 9 juin, il a été porté solennellement en ‘“ procession à la chapelle du couvent des Révé- ‘‘rendes Sœurs de la Charité, où un service ““ solennel a été chanté, et le 10 il a été ramené à ‘ ga cathédrale, où un second service a été célébré “‘ aussi solennellement que possible.

‘ Le major Caldwell, gouverneur de la colonie, “les bourgeois de la compagnie qui se trouvaient ‘““à la Rivière-Rouge, et un bon nombre de pro- “< testants, s'étaient joints à la population catho- ‘ lique, pour rendre les derniers devoirs à celui ‘que nous regrettons si amèrement. Avant de “ sortir de l’église, le gouverneur s’est avancé dans “le chœur, au bord de la fosse, pour me faire “son compliment de condoléance, et me prier ““ d’assurer mes confrères missionnaires, ainsi que ‘ toute la population catholique, qu’il partageait ‘ bien véritablement notre affiction. Je connais ‘ assez cet homme, Monseigneur, pour assurer ‘ que cette démarche était l’expression du senti- ‘‘ ment de son cœur.

‘ Mgr Provencher était un de ces hommes rares ““ qui gagnent à être bien connus; c'était surtout " du les relations journalières que l’on était ‘ plus à portée d’ap he les éminentes qualités ‘“ de son cœur. Combien de fois n’ai-je pas admiré ‘en lui cette tendre piété et cette confiance sans

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“ bornes en la divine Providence, qui font la con- ‘“ solation et le bonheur du véritable chrétien! ‘ Combien de fois la bonté de son cœur ne lui ‘ a-t-elle pas fait partager les misères et les pri- ‘’ vations que ses missionnaires enduraient parmi ‘“les sauvages ! Oui, Monseigneur, je l’ai en- “tendu bien des fois les plaindre, et après leur ‘“avoir envoyé tout ce qu'ils demandaient et au “ delà, se plaindre lui-même de ce qu’il ne pou- ‘ vait faire plus pour eux. Depuis neuf ans que ‘* j’ai le bonheur d'exercer le saint ministère sous ‘ sa direction, je puis, en toute sincérité et jus- ‘ tice, lui ntidre témoignage qu’il s’est toujours ‘ montré pour moi et mes confrères mission- ‘na res, un père généreux, tendre et compa- ‘6 tissant.

‘ Pardonnez, Monseigneur, à l’épanchement ‘ d’un cœur pressé par les sentiments de l’affic- ‘t tion et de la reconnaissance.

‘ Louis LAFLÈCHE, ptre, miss.”

Nous joindrons à cette lettre celle que le gouverneur de la Compagnie de la baie d'Hudson, sir George Simpson, adressa à Mgr Taché, pour lui exprimer ses condoléances à l’occasion de ia mort Mgr Provencher.

‘ Au très Révérend Evêque de Saint-Boniface,

‘t ILE-A-LA-CROSSE.

‘* Mon cher Seigneur,

‘6 Tai l’honneur d’accuser réception de votre ‘“ communication du 12 janvier dernier, sur les ‘ affaires des missions de l’Eglise catholique ro- ‘© maine dans ces territoires.

‘ Avant d'entreprendre de répondre à cette “ lettre, je désire enregistrer un tribut de respect ‘ pour la mémoire de cet excellent prélat, votre é Pa dont nous avons eu si récemment ‘“a déplorer la perte. Pendant une longue pé- ‘{ riode, plus longue qu’il n’est donné d'ordinaire ‘ aux amitiés humaines de durer, j’ai eu le bon- ‘ heur d'entretenir avec ce digne évêque des rap- ‘ports caractérisés par l'estime et le respect ‘ personnels, lesquels, pendant plus de trente ‘€ ans, n’ont jamais été interrompus, soit dans nos ‘rapports officiels, soit dans nos relations privées.

* Dans sa carrière publique, il s’est montré “l’ami de l’ordre et En bon gouvernement, le ‘ promoteur de tout ce qui paraissait devoir con- ‘ tribuer au bien-être bee! et un pilier pour ‘ les autorités établies ; toujours prêt à porter sa “ per des fardeaux publics, tant dans les déli- ‘* bérations du conseil que dans le maintien des ‘lois. Quant à sa valeur personnelle, le senti- ‘ ment si répandu du chagrin causé par sa perte, ‘fournit une preuve touchante de sa bienveil- ‘“ lance et de sa libéralité.

‘ Sa vie pieuse et sans tache lui avait acquis ‘ l’estime universelle; pour moi-même person- ‘“ nellement, il fut un ami honoré et estimé, et ‘ dont la société m’a toujours été agréable. Per- ‘ mettez-moi de dire, en terminant, que c’est une “ consolation, dans cette triste circonstance, de ‘“ voir que l'office de l’évêque défunt est dévolu à ‘un successeur si digne. L’individu peut être ‘ changé, maïs on sent que l’évêque de Saint- ‘“ Boniface continuera d’être, pour cette colonie, ‘un exemple de vertus chrétiennes et de vues ‘ éclairées.

Signé: ‘ G. SIMPSON.”

Ce digne prélat, aimé et chéri de son peuple, fut pleuré amèrement. Toutes les voix, dans le pays, se sont unies pour faire son éloge, et pour rendre à sa mémoire le tribut d'hommages que ses vertus lui avaient mérité.

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