MONTAI GLIN
Tu t'en vas?
Oui, après ce que je viens d'entendre, c'est, je crois, co que j'ai de mieux à faire.
MONTAIGLIN.
Non; de moi lu peux tout entendre; et, si je le parle ainsi, juste au moment où tu vas me demander un service, ce n'est ni pour te faire comprendre que lu es indiscret, ni pour te le faire payer d'avance; c'est parce qu'il est encore temps que tu réfléchisses; c'est parce qu'il s'agit d'un enfant et que j'ai l'espoir que tu vas racheter tout ce que tu as à te reprocher par un sentiment que je n'auraisjamais soupçonné chez toi... le sentiment paternel. — Aimes-tu ta fille?
OCVA VE .
L'aurais-je élevée jusqu'à onze ans, si je ne l'aimais pas?
MONTAIGLIN, lui donnant la main.
Donne-moi ta main. Tu commences d'aujourd'hui pour moi; qu'est-ce que tu veux?
OCTAVE
Eh bien, commandant, voici ce que je voulais vous dire : quelles que soient les raisons pour lesquellesj'épouse madame Guichard, je l'épouse, et jamais elle no consentira à se charger de ma ûlle, dont dès lors je suis forcé de lui cacher l'existence; cette enfant a onze ans; à cet âge, une fille a besoin d'être surveillée. Elle est restée jusqu'à ce jour entre les mains de braves gens de la campagne qui l'aimaient a?sez bêlement, comme on aime à la campagne, et qui lui ont fait apprendre à lire, à écrire, à compter et à coudre. Ça ne va pas beaucoup plus loin; un [leu de catéchisme, et c'est tout.
46 MONSIELTx ALPHONSE
Vous n avez pas d'enfant, vous partez demain pour un trèslong voyage, madame de Montaiglin va rester absolument seule; voulez-vous me permollre de lui confier ma fille, qui ne saurait avoir une meilleure directrice, qu'elle élèvera comme il lui plaira, et qu'elle traitera enfin comme son enfant? Madame de Monlaiglin est toute prête; elle n'attend plus que votre autorisation.
MONTAIGLIN.
Amène ta fille quand tu voudras.
OCTAVIÎ.
Je vais la chercher, elle est dans le village.
MONTAIGLIN, appelant.
Raymonde! Raymonde! (a Raymonde, qui est entrée.) Je t'ai dit quelquefois du mal de ce garçon-là: oublie-le; il aune enf'ant, il l'aime, le voilà en route pour le bien, (a octave.) Va chercher ta fille.
Octave sort, en regardant Raymonde, qui détourne les yeux.