‹ Monsieur Alphonse; piece en trois actesChapitre 9 sur 60 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ta femme, ou plutôt la fiancée, je ne dis rien d'elle, je ne la connais pas, et je me figure que je nelaconnaî'rai jamais; mais, si je ne la connais pas, je connais des gens qui la connaissent. Elle est plus âgée que toi.

OCTAVE

Deux ou trois ans au plus, et elle est encore très-bien.

MONTAIGLIN.

Cependant si elle n'était pas riche, si elle n'avait pas quarante ou cinquante mille livres de rente, tu ne l'aurais probablement pas regardé3. Tu fais donc une affaire, ce que j'appelais tout à l'heure une vilaine chose. Avec cela, tu as un enfant; quand tu me l'as appris tout à l'heure, j'ai cru que cet enfant était de celte femme; ton mariage devenait alors la mise en ordre d'une situation fausse que la mort d'un mari permettait de régulariser à peu près. Non, ce n'est pas même cela. Tu as trente-trois ans, c'est-à-dire l'âge oii l'homme ayant toute sa force peut prouver toute son énergie, son désintéressement, sa dignité. Tu es dans un bureau, c'est modeste, mais c'est honorable et suffisant ; avec un peu de travail et de persévérance, tu pourrais rendre ta situation meilleure en la maintenant indépendante et régulière; tu aimes mieux épouser une femme au-dessous de toi par sa naissance, par son éducation, par ses antécédents. (Mouvement d'Octave.) Je ne te demande rien... Tu aimes mieux épouser cette femme parce que sa fortune te permettra de ne plus rien f;iire et de vivre à Paris avec dos oisifs qui vont t'exploiter/ju te mépriser, selon qu'ils seront au-dessous ou au-dessus de toi. Tu as tort. Voilà ce que me donne le droit de te dire la vieille amitié que j'avais pour ton père, brave marin qui est mort dans mes bras et dont le seul tort était de ne pouvoir te surveiller assez, et de te confier à ta mère, qui t'aimait trop. Elle l'a bien payé, la pauvre femme! die

est morte, probablement en se reconnaissant inutile, du moment qu'elle avait dépensé jusqu'au dernier sou pour effacer tes folies. Tout cela n'est pas joli, mon garçon.

OCTAVE

Je vous ferai seulement observer, commandant, qu'en me mariant, je légitime une situation...

MONTAIGLIN.

Oui, lu es depuis trois ans en liaison avec madame Guichard, qui fut jadis servante à l'hôtel du Lmn d'or, dans je ne sais plus quelle ville de province, et que le maître dudit hôlel a élevée jusqu'à lui.

OCTAVE

Et qu'il a épousée.

Quand cela?

OCTAVE

Deux heures avant de mourir.

MONTAIGLIN.

Il était temps!

OCTAVE

Cela prouve qu'il l'estimait.

MONTAIGLIN.

Et qu'il avait tort de l'estimer, puisque tu étais...

OCTAVE

Il était bien ennuyeux, bien malade; elle a eu bien du mérite, cette femme-là!... Elle l'a soignéavec un dévouement que bien des femmes n'auraient pas eu.

MONTAIGLIN.

Enfin, on m'a dit que tu n'étais pas seulement l'amant de cette femme, mais aussi son obligé. (Mouvement doctave.) Je ne te demande ni démenti ni aveu. Ce sont là choses dont il vaut mieux ne pas parler.

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