ACTE DEUXIÈME
OCTAVE
Elle veut se charger d'Adrienne; elle veut me donner celle preuve d'afîection.
RAYMONDE
Vous avez refusé?
OCTAVE
J'ai consenti, et j'allais vous en informer.
RAYJION DE .
Vous voulez me reprendre .\drienne!
OCTAVE
Il n'y a pas moyen de faire autrement. Quelle raison lui donner? Si j'hésite seulement, elle devinera tout. C'est pour vous, ce que j'en fais.
RAYMONDE
Vous êtes fou !
OCTAVE
Que comptez-vous donc faire?
RAYMONDE
Celte enfant est ici et clic y restera. Est-ce que vous n'avez pas eu la mesure de mon amour pour elle en me voyant me prêter à votre supercherie, el vous aider à surprendre la confiance du plus juste et du meilleur des hommes? Et vous croyez que, après cet effort, mon amour va vous rendre celte enfant, et que je vais consentir à m'en séparer pour toujours? Car, la donner à votre femme, c'est consentir à ne plus la voir.
OCTAVE
Je vous l'amènerai de temps en temps.
RAYMONDE
Inutile. Trouvez un moyen. Arrangez-vous, ça no me regarde pas.
OCTAVE
II n'y a pas de moyen possible. Tout ce que j'ai pu faire a élé d'empêcher madame Guichard d'aller vous annoncer elle-même la décision qu'elle venait de prendre, et sur aquelle elle ne reviendra p is. Réfléchissez une minute et vous verrez que c'est sérieux. Il y va de votre bonheur, dont j'ai eu sour», et dont j'ai souci encore, milgré votre injustice à mon égard. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour que l'enfant vous restât! S'il ne s'agissait que de mon intérêt, comme vous paraissez le croire, j'aurais sacrifié mon intérêt. Madame Guichard manque d'éducation, elle ne manque ni de pénétration ni d'esprit; j'ai commencé par mentir, mais elle n'a pas été dupe de l'histoire que je lui racontais, et il a fallu tout avouer, tout, excepté ce qui pouvait vous faire soupçonner. Si elle entrevoyait que c'est vous la mère, elle se figurerait que notre intimité continue depuis mesengagements avec elle, et doit subsister encore après mon mariage. Elle n'aurait qu'une idée, c'est de se venger brutalement, grossièrement, irréparablement. Que voulez-vous! c'est corarae ça. Mon mariage sera rompu, peu vous importe; cela m'importe un peu plus à moi. Si cela devait s'arrêter là, j'en prendrais peut-être mon parti comme vous, mais elle dira tout à votre mari; il faudra qtie je me balte avec lui, qu'il me tue ou que je le tue; et dame! je ferai mon possible pour ne pas être tué I Chacun pour soi.
M'aurez-vous fait assez de mal dans votre vie!
OCTAVE
Ce n'est pas moi, ce sont les circonstances. Croyez-moi, commençons par gagner du temps. Une fois que votre mari sera parti, nous la craindrons beaucoup moins, et nous pourrons aviser.