SCÈNE VI
RAYMONDE, seule.
Allons, je suis perdue, ou comme femme ou comme mère. Alil rhabitude du bonheur se prend vile; il n'y a pas deux heures qu'il est commencé et jetais déjà convaincue qu'il serait éternel, que Dieu mêle devait peut-être! Le châtiment ne s'est pas fait attendre ; il n'est que juste; mais celle enfant il faut la sauver. Que je souffre, moi qui suis coupable, c'est bien naturel; mais elle qui est innocente, ce serait abominable. Il ne faut pas que cela soit. Elle ne peut être livrée à celte femme qui ne l'aime pa-;, qui la déteste peut-être, qui se vengera sur elle chaque fois que son mari la fera souffrir. Oh ! cel homme !... A quoi était donc occupée la bonté de Dieu, lejouroij il est né ?Que faire? mesauver avec Adricnne. Et lui, mon mari, qui m'a donné son nom, qui croit en moi, qui compte sur moi pour le repos de sa vieillesse, que je respecte et que j'aime, l'abandonner, ledéshonorer I... Non... Gagner du temps jusqu'à son départ, d'ahord. Après, quand il ne sera plus là, quand j'aurai une année devant moi, alors nous verrons. Il s'agit de tromper cette femme. Tromper, je ne saurai pas... Tu te vantes, malheureuse! voilà six ans que tu trompes le cœur le plus lo} al et le plus confiant. Une fois de plus, qu'est-ce que ça tj coûtera? C'était la première fois qu'il ne fallait pas mentir; maintenant, qu'importe! fit puis il s'agit de ton enfant, de ton enfant qui ne t'a pas demandé à naître et à qui tu dois tout sacriQer maintenant, même ton honneur, ou ce qui t'en reste. Si tu disais tout à ton mari, ce serait bien plus simple. Et s'il te méprise? et s'il te chasse? et s'il en meurt? Et puis, entrer dans le récit de la chute et de l'opprobre, jamais! Mon Dieu! que je suis malheureuse!