ACTE DEUXIEME
MONTATGLIN.
Nous ne connaissons cette entant que par lui, et, si peu de droits qu'il ait sur elle, il en a encore plus que nous.
RAT-MONDE, malgré eUe.
Cet homme sera cause d'un malheur.
MONTAIGLIN.
Parce que...?
RAYMONDE
Parce que cette enfant me disait là, à l'instant, qu'elle aimerait mieux mendier son pain, qu'elle aimerait mieux mourir que de vivre avec M. Alphonse, comme elle l'appelle, et cette étrangère. Les enfants ont des intuitions, des pressentiments, ils sentent, ils devinent même ce qu'ils ne comprennent pas; vous le savez si bien que \ous n'avez pas voulu parler de ces choses-là devant elle; elle est tendre, elle est afifectueuse, elle n'a jamais eu avec qui s'épancher ; elle a besoin de tendresse et de soins, elle sent qu'elle aura tout cela ici; une émotion violente peut la tuer. Pauvre petite! Elle a eu une enfance si triste, si abandonnée; voyez comme elle est pâle et frêle, et comme le malheur précoce a développé son intelligence et sa sensibilité I Songez donc ce que c'est que de n'avoir })as de parents, de vivre avec des paysans ignorants et grossiers qui ne voyaient en elle qu'un salaire à gagner et qui l'auraient vendue à cette femme qui espionnait son futur mari, si celui-ci n'avait eu l'idée de nous l'amener! Et ce misérable, plus vénal encore que ces mercenaires, la vend, son enfant, à celle créature, et vous, vous, le meilleur des hommes, vous trouvez cela tout simple et vous ne défendez pas contre lui ce petit ôlro qui commençait à respirer, dont le pauvre petit cœur contracté de[)uis si longtemps commençait à s'ouvrir et à naître. Il n'y a dune pas une justice pour empocher de pareilles infamies!
MONTAIGLIN, qui, depuis quelques instants, regarde flxeraent Raymonde saus que celle-ci s'en aperjoire, se levant, lui mettant la main sur l'épaule et la regardant bien en face.
Raymonde! c'est ta ûlle.
RAYMONDE , se jetant dans les bras de UontaigUn avec un cri d'aveu, de repentir cl de confiance
Ah!
MONTAIGLIN, qui la tient dans ses bras. Après un silence, et une grande lutte intérieure.
C'est bien, nous la garderons.
RAYMONDE, se reculant, le regardant arec admiration et joignant les
mains.
Qu'est-ce que tu dis là, si simplement? Nous la garderons I tu le veux bien? tu me pardonnes?
MONTAIGLIN.
Je n'ai rien à te pardonner; je ne l'ai rien demandé; tu ne m'as pas menti. Tu aurais peut-être mieux fait, dans l'intérêt de l'enfaiit, de me dire la vérité plus tôt, voilà tout.
C'est vrai ; mais comment prévoir qu'il y aura dans le monde un homme assez généreux pour comprendre et pardonner tout de suite. J'étais mère, j'ai voulu rester mère. Oui, j'aurais dû tout te dire lorsque Dieu m'a mise sur ton chemin; je le dirai tout, lu vernis ce que tu dois fuira.
MONTAIGLIN.
Je sais tout ce que je dois savoir.
RAYMONDE
Tu n'exiges pas que je me confesse, que je rougisse et que je m'humilie?
MONTAIGLIN.
A quoi bon?