ACTE PREMIER
doit rester absolument entre nous. Je puis compter sur la discrétion de madame de Montaiglin comme sur la vôtre, je le sais; mais à vous j'en dirai plus long qu'à elle : j'ai une fille.
MONTAIGLIN.
Toi?
OCTAVE
Moi.
MONTAIGLIN.
De la femme que tu vas épouser?
Non.
MONTAIGLIN.
Ta future femme n'en sait rien ?
OCTAVE
Elle ne s'en doute pas, et il ne faut pas qu'elle s'en doute. Elle ne mo le pardonnerait j;im;iis.
MONTAIGLIN.
Pourquoi?
OCTAVE
Parce qu'elle est convaincue que je n'ai jamais aimé qu'elle.
MONTAIGLIN.
Elle ne sait pas que tu n'as jamais aimé personne, ce qui est bien plus simple.
OCTAVE
Vous avez une très- mauvaise opinion de moi?
MONTAIGLIN.
Oh! très-mauvaise.
OCTAVE
Sérieusement?
MONTAIGLIN.
Sérieusement.
OCTAVE
Pourquoi?
MONTAIGLIN.
Parce ijuc j'ai la plus mauvaise opinion des gens légers et vaniteux.
OCTAVE
Léger, c'est possible; vanit'ux, non. Et vous allez voir que ma légèreté n'est qu'apparente. Seulement, il faut hurler avec les loups, et, quand on est d'un temps égoïste et sceptique, se faire, en apparence, plus égoïste et plus sceptique que les autres, pour ne pas être mangé, quitte à se montrer tel que l'on est à un homme de cœur comme vous, que l'on estime et que l'on aime. Dois-je continuer?
MONTA IGF. IN.
Va.
OCTAVE
J'ai donc une fille de onze ans.
MONTAIGLIN.
OCTAVE
MONTAIGLIN.
OCTAVE
De onze ans?
Oui.
Et tu en as?
Trenle-trois.
MONTAIGLIN.
Tu n'as pas perdu de temps. Et oii est-elle, fa fille?
OCTAVE
Elle est confiée à des paysans.
MONTAIGLIN.
Et sa mère?
OCTAVE
Sa mère ne la connaît pas.