ACTE PREMrER
MARCELLIN, lisant.
N'accorde nul baiser, Lisette; Ta vertu tient dans ta fossette!
(Il prend un second papier.)
C'est toujours le premier baiser Le plus facile à refuser!
MONSIEUR CÉSARIN, ayant pris un des papiers et lisant.
Ah! fuis la cille et les salons!
Choisis ton toit dans un village.
C est dans les paisibles vallons Que V amour est le' moins volage!
MARCELLIN, satisfait.
C'est gentil?
Cela sent l'herbage et l'arbrisseau. ,
MARCELLIN
N'est-ce pas?... On dirait du Jean- Jacques Rousseau!
Oui... C'est tout ce qu'il faut pour les boîtes d'étrennes. Combien en avez vous déjà?
MARCELLIN
Quatre douzaines.
Et toutes à peu près de cette qualité ! Ça me vient comme ça...
Quelle facilité!
Et l'épitaphe, au fait, que cette citoyenne
Commanda tout en pleurs pour sa petite chienne, Ecrasée en plein jour par un cabriolet? Elle a déjà deux fois envoyé son valet, Et réclame à grands cris l'épitaphe...
MARCELLIN, prenant un papier dans son portefeuille.
Elle est faite, Et j'aime ass^z le trait de la fin...
A Bichette!
Pourquoi faut-il qu un méchant sort Ait fait son destin éphémère?
Et pourquoi vins-tu prendre, ô Mort!
Cette fi fille à sa mémèreP...
Donnons-lui cet hommage dû A son âme peu carnassière : » La seule fois qu elle a mordu, Bichette a mordu la poussière !
L'autre était d'un rêveur, ça c'est d'un pamphlétaire...
MARCELLIN
L'autre était du Rousseau, mais ça, c'est du Voltaire!
C'est trop beau pour le prix, trop pour un chien surtout !
MARCELLIN, infatué.
Quand on a du talent, dame! on en met partout! J'en ai mis pas surcroît plein les vers ultra-riches Célébrant les produits du marchand de postiches; *Plein le billet ardent que ce client vieux-beau