‹ Monsieur Césarin, écrivain publicChapitre 29 sur 132 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

ISABELLE

Vous devez penser que je suis bête, Mais quand on aime et quand on veut rester honnête... Pardonnez... je m'en vais... Oh! mon Dieu! s'il venait... Pour vos bons soins je veux vous offrir un bonnet; Je vis de mon travail, madame, et suis modiste... En quoi le voulez-vous? En dentelle? En batiste?

MADAME CÉSARIN.

En rien du tout... Merci... Voyons, pour un peu d'eau, Vous ne voudriez pas que j'accepte un cadeau!

ISABELLE

Un tout petit bonnet, ça n'est pas une affaire: Vous savez que je suis excellente ouvrière, Et je n'ai manqué des belles positions Qu'à cause de...

De quoi?

ISABELLE

Mais... des conditions...

Vous qui vivez chez vous, serrés l'un contre l'autre, Ah! vous ne savez pas quel bonheur est le vôtre! Pour une fille pauvre, et qui veut aller droit, Que le chemin est dur, et comme il est étroit! Pardonnez-moi... Je ne venais pas pour me plaindre, Mais ça paraît si bon de n'avoir rien à craindre; De pouvoir appuyer ses yeux sur des regards Purifiés enfin de désirs égrillards...

Vous n'avez pas d'enfants? Vous n'avez pas de fille?

MADAME CÉSARIN.

Non.

Ce que vous voyez, c'est toute la famille.

ISABELLE

Vous n'avez pas de fille? Eh bien, imaginez

Que vous en avez une, et que, peu fortunés,

Il vous faut la laisser, jeunette, assez gentille,

N'importe où s'employer à des travaux d'aiguille;

Après avoir semé tendrement dans son cœur

Tous les sentiments de réserve et de pudeur,

Après avoir gardé de tout contact son âme,

Il vous faut l'envoyer dans la mêlée infâme!

*Vous dites à l'enfant avec tranquillité :

*« Sois pure », et l'envoyez dans un air empesté;

*Vous lui dites, mettant un baiser sur sa joue,

*« Garde-toi blanche », et vous l'envoyez dans la boue!

Car il faut vivre, il faut qu'elle apporte sa part,

Sa contribution au ménage... Elle part!...

Mais pardon... je suis là... Je vous tiens... je babille,

Et doit vous ennuyer, vous n'avez pas de fdle!

MADAME CÉSARIN, émue.

Si nous en avions une, il nous serait très doux Qu'elle eût vos sentiments...

MONSIEUR CESARIN, même jeu.

Et parlât comme vous...

Mais étant, Dieu merci, gentiment à '"notre «aise, La vie aurait été pour elle moins mauvaise; Elle aurait travaillé chez nous...

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