‹ Monsieur ChéramiChapitre 10 sur 42 · LE BAL DE LA NOCE BLANQUETTE · texte numérisé non relu

LE BAL DE LA NOCE BLANQUETTE

La salle du bal était tout en longueur; on valsait dans le moment choisi par Cherami pour faire son entrée. Il commence par se jeter sur un couple de valseurs à deux temps, ce qui signifie que l'on va à contre-mesure, puisqu'une valse est toujours notée en trois temps. A coup sûr, ceux qui ont inventé cette manière de valser ne devaient pas avoir l'oreille musicale. Or, les valseurs en deux temps vont extrêmement vile ; c'est même le but de leur innovation. Cherami, heurté brusquement par le couple qui passe, fait quelques pas en arrière, et va donner dans les valseurs à trois temps qui s'abandonnaient avec délices aux charmes de la valse : la dame laissant aller mollement sa tête sur le côté, et fermant à demi les yeux pour moins s'éiourdir;

cavalier, se tenant ferme sur ses hanches, serrant avec ua

bras de fer la taille de sa danseuse, et plongeant sur elle des fçgards qui étaient fort animés.'

Ceux-ci, tirés tout à coup de leur extase par un individu qui, en se jetant contre eux, leur fait perdre la mesure, s'écrient :

— Prenez donc garde!... Mon Dieu ! qu'il y a des gens maladroiis!

— Eh! prenez garde vous-mêmes! répond le monsieur qui n'a qu'un gant. Que diable ! vous venez valser sur mon dos.

— Mais rangez-vous donc, monsieur!... On ne reste pas sur le passage des valseurs.

— Ali ! monsieur, vous avez déchiré ma robe et vous m'avez '^crasé le pied !

— Mais quel est donc ce monsieur si mal mis... qui se gratte le nez avec un gant beurre frais, et qui se jelle dans tout le monde?... Le connaissez-vous ?

— Non.

— Ni moi.

— Ni moi.

— Attendez, Minoret doit le connaître, il a parié pour lui.

Et un jeune homme court à M. Minoret, qui vient aussi de rentrer dans la salle où l'on danse, et lui dit : — Mon cher Minoret, apprenez-nou> quel est ce singulier personnage en pantalon écossais qui tout à l'heure pariait vingt francs pour vous?

— Ah ! ce grand monsieur qui a le teint si animé, et tient sa main gauche en l'air ?

— Positivement.

— Je ne le connais pas du tout.

— Mais il vous a nommé en pariant pour vous !

— J'ignore s'il me connaît, mais, moi, je ne le connais pas.

— C'est singulier il a l'air d'être un peu gris, ce monsieur... E faut savoir qui c'est. Ah ! voilà justement Armand, un des l^arçGns d'honneur. Hé ! Armand ! venez donc un peu ; ditesnous quel est ce particulier qui a une mise si négligée pour un bal do noce?

— Ce monsieur en paletot qui coudoie tout le monde ?

— C'est cela.

— Mais, justement, je venais de le demandera la mariée, qai ne le connatt pas non plu».

— Et le marié?

— Il valse. Mais j'aperçois M. Blanquette Toncle, je vais aller lui parler de cet individu, et si personne ne le connaît, je vous certifie que nous l'aurons bientôt mis à la porte.

Mais avant que le garçon d'honneur ait rejoint l'oncle du marié, Cherami, qui vient d'apercevoir le marchand de drap, s'empresse d'aller à lui, et lui frappe sur le ventre en lui disant : — Me voilà, moi, cher ami! Vous ne m'aviez pas invité à votre noce, mais je me suis dit : a J'irai tout de même, parce qu'avec de vieilles connaissances, il ne faut pas se fâcher pour des bêtises. » Alors, qu'ai-je fait? J'ai dîné ici, dans un cabinet au premier... parfaitement dîné, je m'en vante !... et, ensuite, je suis monté pour vous dire bonsoir et saluer la mariée... et faire danser n'importe qui 1... Je suis obligeant, moi... Eh I voilà, mon vieux père Blanquette... Les amis sont toujours là., comme dit la chanson.

M. Blanquette est demeuré, fort surpris en retrouvant devant jui le monsieur qu'il a rencontré dans la journée en descendant de voilure. Il ne paraît pas flatté de le voir au bal ; mais ne voulant pas qu'une scène désagréable puisse s'élever à la noce de son neveu, il s'efforce de cacher son mécontentement en répondant :

— Ah ! ma foi, monsieur Cherami, je ne m'attendais pas à vous revoir. Ah ! vous avez dîné chez ce traiteur?

— Oui, estimable ami, et joliment dîné, je vous prie de le croire.

— On s'en aperçoit!..

-^ Gomment, on L^'en aperçoit ! et à quoi s'en aperçoit-on, je vous prie...

— Mais, parce que vous avec l'air fort en train... de rire...

— Je suis toujours gai quand je me trouve au milieu de mes amis ! Ah ! voilà mon caractère. Présentez-moi donc à la mariée.

— Mais, permettez... il me semble que vous n'êtes guère en tenue de bal... et les dames tiennent un peu à cela.

— Si vous m'aviez invité, je serais venu en grande tenue ; vous ne m'avez pas invité, je suis venu en voisin. Tout est pour

^0 mieux, comme dit le docteur Pangloss. Présentez-moi à votre . fclèce !

— Plus lard... on va danser ; vous voyez qu'on se met en ^lace pour un quadrille. Passons dans une autre salle.

— On va danser?... oh 1 diable ! je ne m'en vais pas, alors... je danse, moi î... J'ai été un des plus forts danseurs de la Chaumière, élève de Chicard!.., On faisait la coup de poing pour me voir danser la Tulipe orageuse... Je veux vous montrer que je n'ai pas tout oublié I...

Aussitôt, quittant M. Blanquette, le ci-devant bel Arthur se dirige vers les banquettes sur lesquelles les danseuses sont assise?, et présentant sa main gantée, dit à une demoi>elie : — Voulez-vous, belle coryphée, me faire le plaisir d'accepter une main pour cette contredanse ?

— Je suis invitée, monsieur.

Cherami s'adresse plus loin en variant légèrement sa phrase, mais on ne varie point les réponses qu'on lui fait, c*est toujours:

— Je suis invitée.

Aucune jeune fille, aucune jeune femme ne se souciant de danser avec un monsieur si rouge de visage, si mal costumé, sentant si fort le rhum, et tenant toujours sa main droite sur son derrière.

— Sapristi 1 toutes les danseuses ont donc été invitées d'avance ! s'écrie Cherami en regardant sur chaque banquette. « Je suis refusé sur toute la ligne î »

Cependant, il y a toujours dans un bal quelque femme âgée, laide, mal fagotée, et qui a encore la prétention de se mettre au rang des danseuses. Note bel Arthur aperçoit, dans une encoignure, une dame de cette catégorie, ayant sur la tète une espèce de turban surchargé de fleurs, de plumes, de dentelle, qui forme un volume effrayant.

— J'aurais bien du malheur si celle-ci est engagée ! se dit Cherami en se dirigeant bravement vers la dame enturbanée.

Il ne lui a pas adressé la moitié de son invitation, que celle-ci se lève comme poussée par un ressort, et saisit sa main gantée en répondant : — Volontiers... oui, monsieur... j'accepte. Oh! jc danse tout ce qu'on veut.

En ce c;is, belle dame, allons nous placer.

Presque tous les quadrilles étaient formés. Mais rien n'arrête Cherami ; il va se mcLire devant un petit jeune homme et sa danseuse, et lorsque le jeune homme lui dit : — Mais, monsieur, la place est prise... nous étions là avant vous 1 U répond avec arrogance :

— Je ne sais pas si vous y étiez avant nous, mon bonhomme; mais je sais que j'ai l'honneur d'y être avec madame, et que je o*en sortirai que par la force des baïonnettes!

Le jeune homme n'ose pas résister; d'ailleurs, de tous côlds on se dit : — Ce monsieur si original danse avec la tante Merlin.

— Comment! la tante Merlin danse?

— Oui, avec le pariiculier en dessous écossais... Oh! cela va être amus«nt!

Et, de tous côtés, les personnes qui ne dansent pas accourent pour voir le quadrille dans lequel figurent Cherami et la tante Merlin.

— Sapristi ! j'ai perdu un de mes gants ! s*écrie Arthur en feignant de chercher dans sa poche et de regarder à terre autour de lui. Belle dame, me pardonnerez-vous de danser avec un seul gant?

— Oh ! certainement, monsieur, répond la dame au turban, en faisant la gentille, vous êtes tout excusé; et, d'ailleurs, il en est arrivé autant à M. Courbichon : en arrivant ce soir pour le bal, il s'est aperçu qu'il avait perdu un de ses gants... seulement, lui, c'est le gauche qui lui manque.

— Ah! c'est fort plaisant!... Alors nous faisons la paire à nout deux!... Ah! j'en rirai longtemps! A nous, belle dame!

La première figure se fait assez tranquillement, la chaîne anglaise et la queue du chat n'offrant pas à Cherami l'occasion <le montrer ses talents ; mais à la seconde, où Ton va en avant deux, il commence à exécuter des pas, des poses du cancan le pjus pur et le plus hardi. Les hommes rient commes des fous, les femmes aussi,tout en murmurant: « Mais c'est affreux!... oïl donc ce monsieur croit-il être? »

Le plus plaisant de la chose, c'est que la danseuse de Cherami stimulée par les balancements bizarres et les excentricités de son cavalier, croit devoir faire comme lui et se met à se tortiller €t à lancer ses jambes à droite et à gauche avec une ardeur qui Bîet en mouvement toutes les fleurs rassemblées sur son turban.

Les éclats de rire redoublent.

— J'ose croire que nous faisons un certain effet, dit Cherami à sa danseuse, mais cela ne m'étonne pas ; toutes les fois que je danse, on fait foule pour me voir.

Cependant, d'un bout à l'autre de la salle, on se dit 2

MONSIEUR CHERAMl

— Le monsieur en pantalon à carreaux fait danser le cancan à la tante Merlin; c'est extrêmement curieux!

Il y a des couples qui cessent alors de danser pour aller voir cancanner la tanle Merlin et son cavalier. Ce bruit arrive bientôt aux oreilles de M. Blanquette l'oncle; et la mère de la mariée, femme fort respectable, vient lui dire :

— Monsieur Blanquette, je vous en prie, allez donc dire à ma sœur de ne point danser le cancan. Tout le monde se moque d'elle ici, et elle ne s'en aperçoit pas... Ah! que vous avez eu tort d'inviter ce grand monsieur qui a le teint si rouge!

— Eh! mon Dieu! madame, je vous assure que je ne l'avais pas invité... C'est un homme qui me doit de l'argent... que j'ai connu autrefois riche et bien tenu... Il s'est complètement gâté : H m'a aperçu ce malin, comme nous descendions de voiture; et ce soir, il s'est permis de venir à notre bal... Je n'ai pas osé lui dire de s'en aller... parce que vous comprenez que c'est embarrassant. Mais, s'il se permet de danser d'une manière indécente... oh! je n'hésiterai plus.

M. Blanquette se dirige vers le quadrille qui produit un effet si prodigieux. Cherami était en train de faire la chaloupe avec sa danseuse, qui continuait de seconder de son mieux son cavalier. L'oncle du marié se faufile derrière cette dame et lui dit à demi-voix :

— Madame Merlin, je vous en prie, ne dansez pas comme cela... c'est une danse de guinguette... On ne se débauche pas comme cela dans un salon.

Madame Merlin répond d'un air revêche :

— Monsieur, il me semble que je danse très-bien ; et la preuve, c'est qu'on se foule pour nous voir.

— Je vous assure, madame Merlin, que cela n'est pas convenable, et cela contrarie madame votre sœur.

— Ma sœur est vexée parce qij'elle ne danse plus. Qu'elle me laisse tranquille!... Je veux danser, moi!

— Eh! qu'y a-t-il 'donc, ma nymphe? s'écrie Cherami; que vous a dit ce yieux père Blanquette?

— Il prétend que noire danse n'est pas convenable..

— Ah! je le trouve joli!... Et de quelle boîte sort-il pour s'effaroucher de notre danse? Il ne va donc plus au spectacle?... 1 n'a donc vatvu les danseuses espagnoles?... Elles ont été à

presque tous les théâtres, cependant. Ah! bigrel s'il avaii vu ces dames pincer leur fandango^ leur iota^ leur boléro^ et se livrer à une foule de trémoussements, en montrant leurs jambes et môme leurs jarretières... c'est bien autre chose que le cancan!... Ce qui n'a pas empêché ces Espagnoles d'attirer la foule partout. El vous trouvez mauvais que je cancanne, et vous courez voir des danses libertines exécutées par des femmes dont les costumes ajoutent à l'effet de leur danse! Mais, sapristi! lâchez donc de savoir ce que vous voulez! A nous, ma Terpsichore, aiienlion, ici : c*est la pastourelle, et je vous ménage quelque chose pour le cavalier seul.

La tante Merlin se lance comme une flèche, sans faire attention aux remontrances de M. Blanquette, qui pousse d'énormes soupirs en voyant combien il est facile d'entraîner les femmes à feire des folies, alors même que leur âge devrait les rendre raisonnables. Cependant le moment est venu pour Cherami de faire le cavalier seul; échauffé par tout ce qu'il a bu, et se rappelant alors les prouesses de sa jeunesse, il exécute le pas de Varai' gnée, qui consiste à se jeter à plat ventre par terre devant ses vis-à-vis. Cette gymnastique obtient un succès de fon-rire; et la tante Merlin, se tournant vers le papa Blanquette, s'é- •crie :

— Que dites- vous de cela?... En feriez- vous autant?

— Non, certainement, madame, et je n'essaierai même pas d'en faire autant, répond l'oncle du marié; mais je trouve cela très-audacieux... Il faut que votre cavalier ait le diable au corps pour faire de telles folies!...

La tante Merlin n'écoute plus Blanquette; la dernière figure est arrivée, c'est celle où Ton fait le galop, et Cherami lui a dit, en la prenant par la taille :

— Nous allons un peu enfoncer tous les autres galopeurs. Ah! fichtre!... qu'ils se tiennent bien... Ils m'ont coudoyé en valsant, mais nous allons leur rendre la monnaie de leur pièce.

Aussitôt il entraîne sa danseuse, en la faisant tout à la fois galoper et tourner. Le ci-devant bel Arthur avait été un des plus remarquables danseurs dans ces galops monstres qui s'exéculcnl à l'Opéra dans les bals masqués. Le punch lui a rendu la vigueur de sa jeunesse. Se jetant à tort et à travers dans tout ce monde <j[ui danse ou ne danse pas, il passe comme un tourbillon, comme

une avalanche, pousse par-ci, culbute par-là, met le désordre partout. En vain on lui crie :

— Arrêtez, monsieur, arrêtez donc! tous jetez les dames par terre.

Cherami va toujours; ce n'est que lorsque le turban de sa danseuse se détache de dessus sa tête, qu'il consent à déposer sur une banquette la tanle Merlin, à qui les yeux sortent de la lèie. Mais, en ce moment, plusieurs messieurs fort en colère entourent le terrible galopeur en lui disant :

— Monsieur, vous avez jeté ma danseuse par terre.

— Monsieur, vous avez écrasé le nez de ma fille.

— Monsieur, vous avez renversé mon épouse; elle a été culbutée si malheureusement, qu'en tombant, sa jupe élastique a fait la tulipe... et qu'on a vu des choses... que seul j'ai le droit d'admirer.

— Monsieur, vous m'en rendrez raison!

— Monsieur, cela ne se passera pas ainsi!

Pendmt que de tous côtés on le provoque, Cherami essuie tranquillement la sueur qui coule de son visage, en disant :

— Eh! sapristi I à"qui en ont-ils tous? ils sont charmants!... Je vous trouve tous charmants! Il fallait vous ranger; c'est ce que j'ai fait, moi, quand vous m'avez bousculé à la valse tout -à l'heure. Est-ce ma faute si vous ne savez pas vous tenir sur vos jambes? Le grand malheur, si le nez de mademoiselle voire fille est un peu poché, et si madame votre épouse, à vous, monsieur, a montré des choses admirables!... Il me semble que vous devez être flatté de cet accident... tout le monde doit envier votre bonheur.

Ces réponses sont loin d'apaiser la colère des époux, des frères,^ des pères endommagés dans les objets de leur affection. Mais l'oncle Blanquette s'avance, il perce la foule, il s'approche de celui qui a causé tout le désordre, et lui dit, en prenant un ion qu'il s'efforce de rendre noble :

— .Monsieur^ vous avez causé dans la noce de mon neveu des perturbations graves...

— Ah ! ah! le mot perturbation est joli... je le retiens. C'est égal, continuez, papa Blanquette.

— Monsieur, ce n'est poini dans notre société que l'on se livre à des danses aussi inconvenantes que celles que vous exécutex.*»

MONSIEUR CHERAMl 79

. — Il me semble, cependant, que la tanie Merlin y mordait assez bien à celle danse-là...

— Monsieur, je ne vous avais pas invité à venir à noire bal ; je trouve donc par trop... par trop...

— Sans gêne!... le moine vous vient pas, ça doit être celui-là?..,

— Oui, monsieur , trop sans gêne que l'on se présente quelque part où l'on n'a pas été invité, et, surtout, dans une tenue aussi négligée que la vôtre. Vous avez assez jeté de monde par terre comme ça, nous ne voulons pas que cela aille plus loin, et je vous prie de vous retirer.

— Ah! c'est comme cela que vous êtes polis, vous autres! Eh bieû4 bonsoir, je m'en vais!... Elle n'est pas déjà si soignée, votre noce... je n*ai pas vu passer un seul verre de punch. Et vous croyez que vous avez bon genre?... Merci! vous êtes joliment arriérés, ici.

— Monsieur, veuillez vous rappeler aussi que vous me redevez quatre cent quatre-vingt-quinze francs... et que, si vous n'en finissez pas, je prendrai des mesures sévères...

— Oh! bravo! j'attendais cela... c'est le bouquet! Parler de son mémoire dans un bal! Tenez, vieux Blanquette, vous me faites de la peine. Adieu, Rome j'e pars!.,. Mesdames, je dépose mes hommages. Je suis fâché de vous avoir un peu bousculées; mais, parole d'honneur, c'est la faute de vos cavaliers, ils ne savent pas seulement vous tenir!,..

Cette nouvelle insulte, adressée aux messieurs de la noce, rend à ceux-ci toute leur colère; ils veulent tomber sur Gherami, Celui-ci Ole son gant jaune et le jette devant eux, en disant :

— Tenez, voilà loul ce que je puis faire pour vous! Je vous attends tous chez moi demain matin. Mon ami Blanquetie de veau vous donnera mon adresse. Ayez des pistolets, des sabres, des épées... Moi, j'aurai une queue de lapin, entendez-vous? et, avec cette queue de lapin, je vous brave tous!

Ce défi héroïque semble calmer un peu la colère de ces messieurs. Mais, pendant qu'ils se regardent, un petit homme chauve s'élance sur le gant et le ramasse en s'écriant :

— C'est mon gant, je le reconnais ! c'esl le gant gauche ou» j'avais perdu... il était recousu au pouce... c'est bien celù .,

Gherami n'écoule pas M. Courbichon, il a déjà quitté la sal^ de bal. Il traverse celle où l'on joue sans s'arrêter; puis, dé-

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crocliant un chapeau, et s'emparanl d'une canne qui est dans un coin, il sort de la dernière pièce et descend l'escalier en se disant:

— Je m'en moque... je ne suis pas fâché d'être allé à cette noce... j'ai mon lièvre!...

En disant cela, Cherami tapait sur son gousset, dans equel étaient les pièces d'or qu'il avait gagnées à l'écarté.

Cependant, au bas de l'escalier, Cherami aperçoit plusieurs dames arrêtées qui attendent leur voiture; ce sont des personnes de la noce du premier étage, qui quittent le bal. Bientôt un jeune couple arrive encore, et une des dames qui attendent dît à sa voisine :

— Comment, la mariée s'en va déjà?

— Oui, il paraît qu'elle se trouve un peu indisposée.

Ah! c'est la mariée qui file si vite! s'écrie Cherami, en

avançant la tête. Eh! oui... c*est elle... c'est la perfide Fanny... je la reconnais!..

A peine ces mots étaient-ils prononcés, que le marié, qui donnait alors le bras à sa femme, la quitte brusquement, regarde de tous côtés, et accourt sur Cherami, auquel il dit d'une voix altérée par l'émotion : — C'est vous qui venez de parler, monsieur ?

— Comment, de quoi... Après?... Eh bien ! oui, j'ai parlé... est-ce que je n'en ai pas le droit?

— C'est vous qui avez dit : < C'est la perfide Fanny ? »

— Oui,pardieu, c'est moi. Oh ! je ne renie jamais mes paroles 1

— Monsieur, ce n'est ni l'heure, ni le moment d'avoir une explication ; mais, demain, j'irai vous trouver, et, si vous n'êtes point un lâche vous me rendrez raison.

— Un lâche, moi!... Arthur Cherami! un lâche! Ah ! en voilà une bonne! Et je viens de défier toute la noce Blanquette.. Je me bats à tout ce qu'on veut... depuis l'épingle jusqu'au canon, je suis votre homme.

— C'est ce que nous verrons domain. Votre adresse?

— La voilà... J'en ai toujours une sur moi pour ces sortes d'affaires...

Mon'éird a pris la carte jaune et sale que Cherami sort de sa poche, et court rejoindre sa femme, qui est déjà montée en voiture. Celte petite scène s'csi pas>ôe si rapidement, que les personnes arrêtées là n'ont pu en saisir que quelques mots.

La voiture qui emmène les nouveaux mariés est partie. Cherami cherche de tous côtés un fiacre; il en aperçoit im, monte dedans en criant au cocher : — Rue del'Orillon, barrière de Belleville. Je vous arrêterai devant mon hôtel.

Puis il s'étale avec délices sur la banquette du fond, posant ses pieds sur celle de devant, en se disant : — La journée est complète. Excellent dîner, punch, jeu, bal et duel !... Et ce malin, je n'avais pas de quoi acheter un petit pain !... A ma place, un imbécile aurait été se jeter à l'eau... Mais, avec les gens d'e&prit, il y a toujours de la ressource!

UN HÔTEL GARNI RUE DE l'ORILLON.

1*3 rue de l'Orillon, qui est située hors Paris, tout près du théâtre de Belleville, n'a pas la moindre ressemblance avec la rue de Rivoli, ni même la rue de la Paix. On y trouve de la crotte presque en toute saison, et fort peu de boutiques dans le genre des magasins du Prophète; je crois même que je pourrais affirmer qu'il n'y en a pas.

C'est dans un méchant garni de cette rue extra muros que le ci-devant bel Arthur , après avoir habité les Champs-Elysées et la Chaussée-d'Anlin, était réduit à se loger. Il ne payait pas souvent; cependant le jour qu'il touchait sa rente, il se décidait parfois à donnerquelques pièces de cinq francs à sa propriétaire, et colle-ci prenait patience pour les semaines arriérées, parce qu'elle était fière de loger dans son garni un homme qui avait eu trente-cinq mille francs de revenu, et qui, dans ses manières Cl son langvage, conservait encore le froufrou de sa première position.

La chambre habitée par le bel Arthur n'était pas meublée comme le sont ccllc^ de l'hôlei du Louvre, à Paris. Un petit papier fond bleu, à treize sous le rouleau, tenait lieu de tenture; mais en plusieurs endroits, ce papier déjà vieux, ayant été déchiré, on avait masqué ces accidents avec de nouveaux morceaux

de papier d'un autre dessin et souvent d'une autre couleur, ce qui donnait à la chambre un certain air d'arlequinade qui n'était pas désagréable... surtout pour les personnes qui aiment ce costume. Mais, dans la rue de l'OriUon, on adore les arlequins. Une mauvaise couchelle, surmontée de sa flèche qui n'avait jamais éié dorée, et sur laquelle était jeté un rideau de toile jaune beaucoup trop étroit pour entourer le lit, se trouvait eu face de la fenêtre. Au pied de ce lit, un paravent de quatre pieds de haut, était censé garantir du vent qui passait sous la porte mal jointe. Une commode Louis XVI, un vieux fauteuil Louis XV, et un secrétairequi avait la prétention d'être Louis Xïll, composaient, avec quelques chaises, tout l'ameublement. Sur la cheminée, on voyait deux lambeaux de cuisine, une petite boîte d'allumettes chimiques et quelques débris de cigares, mais pas une seule pipe : Arthur se serait cru déshonoré s'il avait approché une pipe de ses lèvres.

Il était midi, et Gherami, étendu sur sa couchette, venait seulement -de s'éveiller. Il étend les bras, se frotte les yeux, se tourne, se retourne, et regardant du côté de sa fenêtre, se dit : — Eh ! mais, je crois que j'ai passablement dormi ! Oui, si j'en juge par ce soleil qui darde en plein sur ma fenêtre, la matinée doit être avancée. C'est souvent désagréable de n'avoir point de montre ; mais, au moins, dans un hôtel garni, devrait-il y avoir des pendules, ou tout au moins un cartel sur chaque cheminée... Cette scélérate de madame Louchard, ma logeuse, me promet tous les mois ce supplément indispensable à mon ameublement... et je suis comme sœur Anne, je ne vois rien Tenir. Par la sambleu! comme on dit dans les pièces de Mari* vaux, le repos m'a fait du bien, car la journée d'hier a été fatigante !... Mais il me semble que j'avais au mois une douaine de duels pour ce matin... diable!... et je ne sais pas l'heure qu'il est.

Cherami se met alors à frapper très-fortement de son poing sur la muraille légère qui est à la ruelle de son lit ; puis, tout en cognant, il crie à tue-tête ;

— Madame Louchard!... Holà donc, hé!.., déesse de Cy- Ihèrel... logeuse des amours!... Vénus de la Courtille ! acjourez, je vous prie!... Viens, gentille dame^ je t'attends !.,^ je t'attends!... Cré coquin, remuons-nous un peu là-bas I

Au bout de cinq minutes, des pas lourds se font entendre dans l'escalier, puis une femme, grande, longue, maigre comme une laite, et dont la chute des reins annonce le plus profond mépris pour toute espèce de crinoline, entre dans la pièce habitée par Cherami.

Cette femme a un grand nez, une grande bouche, de grandes dents, de longues oreilles, des pieds et des mains dans les mêmes proportions; un enfant qui viendrait d'entendre le conte du Petit Chaperon rouge aurait peur de cette femme, et la prendrait pour compère le ioup déguisé en Mère-Grand.

Ajoutons, pour compléter ce portrait, que madame Louchard a le teint jaune, les yeux chassieux, et le nez toujours bourré de tabac; que son costume se compose d'un long déshabillé, qui ressemble pour la coupe à un fourreau de parapluie : cela rappelle les modes du temps du Directoire; enfin, elle est coiffée d'un béguin blanc, par-detsus lequel est noué un mouchoir en cotonnade de couleur.

— Eh bien! qu'est-ce qu'il y a ?... Pourquoi vous égosilleavous à crier, à cogner ?,.. Vous ne pourriez donc pas vous lever, monsieur le paresseux ? Il me semble qu'il y a longtemps qu'il fait jour.

Voilà comment cette dame souhaite le bonjour à son locataire,

— Vous avez raison sur ce point, reine de Cythérée, répond Cherami en se soulevant à demi.

— Eh bien ! Dieu me pardonne I je crois qu'il veut se lever devant moi!... Est-ce que c'est pouf me faire voir cela que vous m'avez appelée ? Je trouverais la plaisanterie burlesque !

— Eh non ! vertueuse Louchard, je ne me lève pas d^n^ant vous ; je connais la sévérité de vos mœurs, et je les respecte!... Je sais qu'auprès de vous Richelieu et Buckingham auraient perdu leur temps 1...

— Je ne connais pas ces messieurs-là, mais pas plus eux que d'autres !... Je vous l'ai dit cent fois, depuis la mort de mon mari, feu Louchard, les hommes ne me sont plus de rien!

— 11 paraît que feu Louchard était un phénix, un bijou, la fleur des pois des maris?

—- Au contraire, il avait mille désagréments cachés et était toujours gris. Voilà ce qui m'a fait prendre votre sexe en grippe, relativement à la question de l'amour.

84 MONSIEUR CHERAMl

— Eh bien! je vous approuve, parole d'honneur; Je trouve que vous avez bien fait de prendre ce parti.

— Parce que?...

— Parce que cela vous donne quelque ressemblance avec Didon... Mais, laissons tout cela, et dites-moi bien vite quelle heure il est?

— Dame!... il va une bonne demi-heure... oui, au moins... que ^'ai entendu sonner midi.

— Alors, dites-moi tout de suite qu'il est midi et demi... Bigre! j'ai été paresseux, en effet; mais, hier, quand je suis rentré, il était bien deux heures du matin.

— Au moins, et même que vous m'avez réveillée; vous faites toujours tant de bruit dans l'escalier !

— En tout cas, je n'ai point réveillé votre concierge, puisque vous n'en avez pas 1

— Tiens, à quoi bon?... On connaît le secret de l'allée, oa rentre quand on veut.

i— Et à tâtons, ce qui est souvent bien imprudent. ^ Mais il m'a semblé que vous étiez revenu en voiture, cette nuit. Est-ce que les omnibus vont si tard que ça, à présent ?

— Les omnibus ! Apprenez, veuve Louchard, que, lorsque je rentre après minuit, c'est toujours en coupé ou en calèche.

— Peste! les fonds sont en hausse, alors?... Vous allez me donner un à-compte.

— Laissez-moi donc tranquille!... Je vous ai encore donné dix francs. . .

— Il y deux mois...

— Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Est-il venu des individus me demander ce malin ?

— Non, pas un chat.

— Pas un chat!... Oh! les lâches!...

— Pourquoi dites-vous que les chats sont des lâches? Le mien se battrait avec un dogue.

— Il ne s'agit pas de votre chat, digne Louchard, mais d'un ias de fanfarons qui me défiaient tous hier, et qui n'ont pas osé venir me trouver ce matin.

— Esl-ce que vous auriez encore voulu vous battre, par hasard? Ah çà, mais, c'est donc une maladie chez vous? Il n'y a pas si longtemps que vous êtes guéri de celte balle dans le côté.

— Bah! une bagatelle, une égratignure... Je ne suis pas querelleur ; mais, quand on a l'air de me regarder de travers, cela me vexe... Après tout, je tiens peu à revoir ces gringalets de la noce Blanquette; mais il y a un autre monsieur... celui-là je serais surpris s'il ne venait pas... cependant, il n'y a pas encore de temps de perdu... il s'est marié hier... on ne se lève pas de bonne heure un lendemain de noces.

— Comment ! vous voulez vous' battre avec quelqu'un qui s'est marié hier ?

— Pourquoi pas? On se marie, on se bat, on se tue... ou l'on est tué ! Voilà la vie, belle Arthémise!

— A quel propos m'appelez-vous Arthémise, ce n'est pas mon nom ?

— Parce que c'était une veuve qui regrettait infmiment son mari!...

— Je n'ai jamais regretté le mien une minute, au contraire.

— Gela ne fait rien. Vous dites done qu'il est midi et demi ?... Sapristi ! madame Louchard, quand viendra donc cette pendule que vous me promettez depuis si longtemps ?

— J'attends une occasion... Je veux quelque chose qui aille avec le reste du mobilier...

— Alors, chère amie, comme, ici, j'ai soi-disant un secrétaire Louis XIII, un fauteuil Louis XV et une commode Louis XVI, il me semble que vous ne pouvez pas faire autrement que d'acheter une pendule Louis XIV pour combler l'interrègne et rétablir la filiation des dynasiies ?

— Oui, oui... j'ai vu justement une petite rocaille d'occasion Pompadour.

— Prenez garde ! vous allez trop loin... je ne vous ai pas dit Pompadour... ce qui retomberait en plein Louis XV!... Je vous ai dit Louis XIV.

— Quatorze ou quinze! pourvu que ce ne soit pas trop cher... Eh! mais... quand je disais que vous étiez en fonds, je ne me trompais pas! Vous vous êtes donné un chapeau neuf !... Après tout, vous avez bien fait , le vôlte n'aurait pas résisté à ua orage.

— Un chapeau neuf !... Qu'est-ce que vous me chantez là, belle hôtesse ? J'y ai pensé plus d'une fois, mais je n'ai pas encore réalisé ce projet.

86 MONSIEUR CHERA3n

— Eh bien! qu'est-ce que c'est donc que ça?

Madame Louchard va prendre un chapeau posé sur la commode et l'apporte à Gherami, qui l'examine en ouvrant de grands yeux, car ce chapeau est en effet tout neuf et d'une forme à la mode.

— Comment, diable!... voilà mon chapeau!... Ceci me sur prend... Il est bien changé à son avantage... il est rajeuni de deux ans au moins... et il me va, pardieu ! Oui, il me coiffe trèsbien, c'est juste l'ovale de ma têie.

— Vous l'avez acheté hier sans doute?

— Eh! non, encore une fois, je n'en ai pas acheté... Mais, j'y suis... en sortant de ce bal de noces, j'étais un peu ému... un peu en colère ; j'ai saisi le premier chapeau qui m'est tombé sous la main, j'ai cru que c'était le mien.

— Eh bien ! il faut convenir que vous avez eu la main heureuse ; vous n'avez pas perdu au change.

— Oh ! ma foi, ce sont de ces méprises qui arrivent si souvent au bal ou en soirée, que, franchement, je ne réclamerai pas.

— - Vous ferez tout aussi bien; mais celui qui n'aura plus trouvé que votre chapeau à la place du sien, il pourrait bien réclamer, lui?

— Eh bien! qu'il vienne, je l'attends, je lui rendrai son claque ei je lui en donnerai d'autres avec.

— Ah! bien... mais ce n'est pas tout 1

— Qu'y a-t-il donc encore, veuve Louchard ? Est-ce que je serais revenu avec deux chapeaux ? J'avoue que cela m'étonnerail 1

— Non, il ne s'agit plus de chapeau ; mais celte canne... ce n'est pas là voire badine à battre les habits, qui valait bien six sojjs?

Madame Louchard ramasse une canne qui était étalée dans un coin de la chambre; c'est un véritable rotin orné d'une tête en agate entourée de cercles d'or et taillé d'une façon très-originale. Elle la présente à Cherami qui pousse un cri d'admiration.

— Oh! mais, voilà qui est joli !... Charmante canne, de trèsbon goût... pas trop lourde... cette espèce de camée, pour pomme, me plaît beaucoup !...

— Vous avez donc fait pour cette canne comme pouf votre chapeau ?..

— Eh ! pardieu ! cela va de source... elle était placée à côté,.. Moi, j'avais aussi placé ma badine tout à côté de mon gibus... le quiproquo a été complet.

— Eh bieni faut avouer que vous êtes heureux en quiproquos... C'est une canne qui a dû coûter cher, celle-ci.

— Oh! j'en ai eu de bien plus belles que cela jadis!... Que diable cherchez-vous donc à terre et sur les meubles, madame Louchard ?

— Dame I je regarde si vous n'auriez pas encore, par méprise, rapporté quelque autre objet.

Gherami se met brusquement surson séanten s'écriant : — Tonnerre de Jupiter, veuve Louchard\ pour qui donc me prenezvous ? Est-ce que vous croyez que je suis un filou, un voleur?..» J'avais un chapeau et une canne, en sorlant d'un bal, je prends un chapeau et une canne... ce ne sont pas les objets qui m'appartenaient... je me trompe, je fais erreur, cela peut arriver à tout le monde.... errare humanum est, entendez-vous? Non, vous n'entendez pas, c'est égal ; mais emporter un objet auquel je n'ai aucun droit, fi donc ! Ln preuve, c'est que j'avais trouvé un gant, et je l'ai rendu. Sachez, madame, que l'on peut se trouver sans argent, avoir des dettes, emprunter, ne pas rendre, jouer même sur parole... car, si j'avais perdu hier, je n'aurais pas pu p^ye;' sur-le-champ ; mais que tout cela n'empêche pas d'être un galant hommel...

— Mon Dieu, monsieur Cherami, je ne vous dis pas le contraire ; vous vous emportez tout de suite comme une soupe au lait!

— Hier, j'avoue que j'avais très-bien dîné. Je n'étais pas gris, je ne me grise jamais; j'étais seulement étourdi, ce qui explique parfaitement toutes ces méprises, et maintenant, je sens que je prendrais bien quelque chose.

— Voulez-vous que je vous fasse une bonne soupe à l'oignon, pendant que vous vous lèverez?... 11 n'y a rien qui remette mieux que cela le lendemain d'une ribotte.

— Une soupe à l'oignon... Je ne méprise pas ce potage ; cependant, j'ai bien envie de porter mes vues plus haut, et je crois qu'une bonne volaille... Eh ! mais, qu'est-ce que ce bruii? Il me semble qu'une voiture s'arrête devant votre hôtel I... Voyez donc, cher hôtesse î

Madame Louchard se met à la fenêtre et répond : — Vraiment, oui, un superbe cabriolet de maître, avec un beau cheval gris pommelé... un jockey à livrée !... Et voilà un jeune élégant qui descend... il regarde la maison... il entre ici... c'est bien pour moi. %

— Pour vous ? Eh ! non, c'est pour moi, de par tous les diables!... Ce doit être mon jeune marié, et je suis encore au litl... Habillons-nous en deux temps.

Cherami saule à bas de son lit en chemise. Aussitôt madame Louchard prend ses jambes à son cou, en s'écriant : — Je n'aime pas ces choses-là, monsieur Cherami ; je vous ai déjà dit de ne point vous lever devant moi... et un homme qui ne porte pas de caleçon encore !...

— Ah ! chère hôtesse, il paraît que vous avez risqué un œil ?.. Oh 1 les femmes ! . . . vous descendez toutes de l'épouse de Loih î... l\ est fâcheux qu'on ne vous change plus en sel à chacune de vos indiscrétions, cela ferait furieusement baisser^le prix de eette denrée 1

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