‹ Monsieur ChéramiChapitre 15 sur 42 · UN MONSIEUR MIELLEUX · texte numérisé non relu

UN MONSIEUR MIELLEUX

Les convives sont exacts ; le dîner est trouvé excellent. M. Balonnin mange comme quatre, ce qui ne rempcche pas de trouver le temps de faire l'éloge de chaque plat, en y ajoutant des corn-

pliments pour ramphilryon, pour la demoiselle de la maison et même pour la cuisinière ; s'il y avait un chat ou un chien, il est probable qu'il aurait aussi sa part dans celte distribution de compliments.

Au dessert, la conversation tombe sur les nouveaux époux, que M. Gerbault regrette de ne point avoir eu à dîner, et M. Batonnin dit, toujours en souriant :

— Oui, cela fait un couple charmant... Et monsieur Monléard sert-il de son bras droit maintenant?...

— Oui, il est entièrement guéri. Gela a été bien assez long pour une chute dans uPx escalier...

— Eh ! ehl... une chute dans un escalier... ah! ah! monsieur Gerbault nousdit cela comme si vraiment il le croyait... Eh! eh!...

— Comment! Que voulez-vous dire? réplique M. Gerbault, qui ne comprend rien aux paroles de M. Batonnin, ni à l'air malicieux avec lequel il vient de les prononcer ; tandis qu'Adolphine change de couleur, car elle craint que son père n'apprenne la vérité. M. Clairval seul reste indifférent à ce qui se passe ; cependant, il regarde le monsieur doucereux d'un air qui signifie :

— Je crois que vous venez de dire une bêtise. M. Batonnin continue de sourire et répond :

— Voyons, monsieur Gerbault, vous savez bien que la blessure de votre gendre provenait d'un coup d'épée qu'il a reçu en duijl?... il n'a pas voulu dire dans le monde qu'il s'était battu... surtout parce que... à cause de... je comprends très-bien.

— Mais, monsieur, cela n'est pas vraisemblable, ce que vous dites là! s'écrie Adolphine; si le mari de ma sœur s'était battu... certainement je le saurais... et...

— Pourquoi donc, aimable demoiselle?... Si on en a fait un mystère à ce cher iM. Gerbault, on peut bien vous l'avoir caché aussi, à vous.

M. Gerbault, dont la figure est devenue sérieuse, dit à M. Batonnin :

— Enfin, monsieur, expliquez-vous tout à fait ; si mon gendre a eu un duel, je vous répète que je l'ignorais... maintenant, si vous avez des renseignements positifs à ce sujet, veuillez me les communiquer ; c'est bien le moins, il me semble, que sur cette affriire, je sois aussi instruit qu'un étranger.

— Mon Dieu ! mon cher monsieur, moi j'ai su cela par hasard,

li y a deux jours... J'ai rencontré madame Delbois, qui était à la noce de madame votre fille... et celte dame a quitté le bal en même temps qu'elle... Alors, vous comprenez, elles se sont trouvées attendre en même temps dans la cour, pendant qu'on chercliait leur voiture. *

— Je ne vois pas jusqu*à présent quel rapport il y a dans tout ceci avec un duel...

— Permettez... nous allons y arriver. Pendant que ces dames attendaient, un individu... de mauvaise mine, sortait aussi de chez le restaurateur ; il se trouvait derrière madame Delbois, lorsque celle-ci disait à une de ses amies : « Voilà la mariée qui s'en va de bonne heure. » Alors cet individu. ..^de mauvaise mine, se permit de crier tout haut... Mais, en vérité, si vous n*avez aucune connaissance de cet incident, je crains, en allant plus avant, de vous dire quelque chose qui vous soit désagréable à entendre...

— Si ce que vous avez à apprendre à M. Gerbault peut lui être désagréable, dit M. Glairval, il me semble, monsieur Batonnin, que vous auriez beaucoup mieux fait de garder le silence sur toute cette affaire. Puisque M. Monléard a caché qu'il avait eu un duel, c'est qu'il a craint sans doute que cela ne contrariât son beau-père ; et, franchement, ce n'est pas adroit à vous de venir raconter une chose qu'on ne vous demandait pas.

— Mais, pardonnez-moî, M. Gerbault vient de me prier de lui dire ce que je savais...

— Voyons, monsieur Batonnin, achevez votre récit, je vous en prie ; qu'à donc dit cet individu, que madame Delbois a entendu?

— Votre gendre aussi l'a entendu, et c'est ce qui a amené la provocation... Du reste, moi, je vous répète ce que madame Delbois m'a dit... Je n'y étais pas ; je dansais dans ce moment-là...

— Enfin, monsieur Batonnin, cet homme a dit?...

— Je vous donne ma parole d'honneur, mon bon monsieur Gerbault, que cela me coûte infiniment de vous rapporter ce vilain propos... Je suis bien fâché d'avoir parlé de cela et c'est bien innocemment...

— Ah ! finissez, do grâce !...

— Cet individu s'est écrié en apercevant la mariée : « Ah l voilà la perfide Fanny !... »

M. Clairval se met à rire, M. Geibauit juge très-sage d'en

faire autant, et, voyant cela, Adolphine prend le parti de les imiter. M. Batonnin, qui s'attendait à produire beaucoup d'effet, demeure tout penaud en voyant tout le monde rire... II balbutie alors : — Ah ! vous trouvez cela drôle?...

— Eh ! mOn Dieu, monsieur Batonnin, avec toutes vos réticences, j'ai cru que vous alliez nous apprendre quelque chose de scandaleux. Franchement, il me semble que ces mots, dits par un homme qui était ivre sans doule, et auquel peut-être la langue a tourné, ne méritaient pas que vous leur fissiez tant de préambule...

— Il paraît que monsieur votre gendre n'a pas pensé comme vous, car il a couru sur cet homme et ils ont échangé leurs caries.

— C'est encore madame Delbois qui a vu cela ?

— Mais, oui.

— Comment se fait-il que cette dame, qui aime à causer, à ce que je vois, n'ait pas parte plus tôt de choses qui se sont passées riva déjà plus de six semaines ?

— C'est bien simple ; cette dame partait le lendemain matin pour la campagne ; elle n'en est revenue qu'avant-hier.

— Oh ! vous m'en direz tant !... Allons, prendre le café alors,

— C'est égal, mon cher Batonnin, dit M. Glairval en riant, votre nouvelle a fait four... C'est fâcheux, hein?

y\. Batonnin se pince les lèvres, et, par extraordiDaire,ne sou- Fil pas.

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