‹ Monsieur ChéramiChapitre 39 sur 42 · IMPATIENCE SANS AMOUR · texte numérisé non relu

IMPATIENCE SANS AMOUR

Pendant que ceci se passait, on était dans une vive inquiétude chez madame Monléard.

Depuis que le comte de 'a Bérinière lui avait positivement offert sa main, qu'elle n'avait pas refusée, chaque jour il venait lui faire sa cour. Les dix mois de rigueur pour un veuvage étaient écoulés. Le comte, qui était pressé de voir couronner sa flamme, faisait déjà des dispositions pour son mariage. Au nombre de ces dispositions étaient les cadeaux, les bijoux, les cachemires qu'il voulait offrir à sa future épouse, et, 'la veille du jour qu'il avait reçu la visite de Cherami, il avait pendant toute la journée emmené Fatmy voir les modes les plus nouvelles en parures et en châles, afin de connaître son goût et d'acheter en conséquence. Et la jolie veuve n'avait fait aucune façon pour monter dans l'équipage qui devait bientôt lui appartenir.

Dans la journée qui avait suivi la provocation de Cherami, le comte, obligé de se chercher deux, témoins pour son duel, n'avait pas eu le temps d'aller faire sa cour à Fanny. Il ne l'avait vue que le soir, et, en homme bien élevé, s'était bien gardé de lui parler de l'affaire qu'il allait avoir à cause d'elle. Le lendemain, ses témoins s'étaient rendus chez son adversaire, puis étaient venus annoncer à M. de la Bérinière que le rendez-vous était pris et tout

convenu. Cela avait encore occupe le comte. Il était brave, et, cependant, ce duel le contrariait; ses entrevues avec la jolie veuve s'en étaient ressenties ; il avait été près d'elle moins amoureux, moins aimable et moins gai.

Lorsque le jour suivant s'écoule sans que le comte vienne lui faire visite, Fanny s'étonne, s'impatiente, s'inquiète. Vingt fois elle va à son miroir, qui lui dit qu'elle est toujours aussi jolie et que son vieil adorateur doit être trop heureux qu'elle veuille bien avoir Tair de l'aimer. Cependant, la journée, la soirée se passent et le comte ne paraît pas.

— îl veut me faire de charmants cadeaux, se dit Fanny, el il veut me les apporter lui même; mais tous ces fournisseurs sont si peu de parole!... Il les aura attendus en vain... et il n'a pas voulu venir sans m'apporter ses présents. J'aurai tout cela demain.

Le lendemain, midi, une heure, deux heures sonnent, et point de nouvelles du comte.

— Cela n'est pas naturel, se dit Fanny. Certainement, il y a quelque chose de nouveau... Maintenant, je me souviens que M. de la Bérinicre était distrait, préoccupé, les deux derniers soirs qu'il est venu... Je lui en ai fait la guerre, et il m'a dit que je me trompais. Non, je ne me trompais pas !... Justine, descendez chez le concierge, demandez s'il n'y a point de lettre pour moi... si l'on n'a pas envoyé de la part du comte. Ces gens- Là oublient souvent de dire quand on est venu.

Justine remonte bientôt annoncer qu'il n*y a point de lettres, el que personne n'estvenu. Fanny se meta la fenêtre et ne voit rien venir.

A cinq heures du soir, n'y tenant pTus, elfe dft à sa bonne: — Prenez une voilure à l'heure; voici l'adr.'sse do ?.!. de la Dcriuière ; inl'ormez--:^ous au concierge s'il lui es\ arrivé quelque chose; s'il est malade, demandez à le voir, dites-lui tout l'intérêt que je prends à sa sanlé. Allez, et que je sache enfin à quoi m'en tenir.

Justine part en voilure. La jolio veuve compte les minutes, r<'garde à chaque instant à sa pendule; enfm,*sa domestique revient... A son air essouffle, cfftré, il est facile de duvinor qu'elle a bien des choses à dire ; en eftet, elle frappe dans sl> mains en s'écriant : — Ah !... madame ! certainement qu'il y a du nouveau. Ah! ce pauvre comte, quel événement 1...

• — Comment ! Just'ne, esuce nu'il est mort ?

MO>SIEUR CHERAMI 311

— Non, madame, il n'est pas encore mort ; mais peu s'en faut!

— Quel accident lui est donc arrivé?

— Ce n'est pas un accident, madame... c'est un combat à l'épée... un duel enfin !...

— Le comte se serait battu en duel ?

— Oui, madame, et, hier malin, on l'a rapporté chez lui blessé... Un grand coup d'épée dans le côié... qui pouvait être mortel!. mais, cependant, il piraîi qu'il en guérira... Le médecin l'espère... mais les médecins se trompent si souvent!...

— Ah! mon Dieu !... mais c'est atfreux, cela... Et avec qui s'est-il battu ?

— Ah !... madame... son valet n'en sait rien... Il ne l'avait pas emmené!...

— Oh ! je le saurai, moi, je le saurai... Un duel!.. Quel autre que Gustave aurait eu l'idée de se battre avec M.delaBérinière?.,. Ce garçon-là est né pour faire mon malheur... Ainsi, lu n'as pas vu le comte ?

— Non, madame, il était défendu aujourd'hui de laisser entrer personne... mais demain, peut-être, la consigne sera levée.

— Ce pauvre comte!., pourvu quMl n'aille pas mourir! Vois donc, Justine, quel guignon pour moi!..

— C'est vrai... Encore si madame était comtesse, ce ne serait que demi-mal.

— Vous dites que le médecin en répond?

— C'est le valet de chambre qui m'a dit cela.

— Enfin... j'irai moi-même demain; mais, auparavant, je verrai ma sœur!...

— Je croyais que madame n'allait plus chez monsieur son père?

— Ah! parce que, dans un moment d'humeur^ il m'a dit de ne plus revenir?.. Est-ce qu'il pense encore à cela. D'ailleurs, ce n'csi pas mon père, c'est Adolphine que je veux voir.

Le leiidemain, à onze heures du matin, madan.e Monléard est introduite chez sa sœur, qui pousse un cri de surprise en la voyalit...

— Comment! c'est loi, Fanny?

— Sans doute; Madeleine m'x dit que mon père venait de sortir; j'aime autant cela.

312 MONSIEUR GHERAMI

— Oh! sois tranquille... sa colère est passée... Tu sais bien que chez lui cela ne dure pas longtemps!

— Mnis c'est moi maintenant qui suis en colère.

— Toi!., et contre qui ?

— Contre tout le monde... Tu fais un air étonné... tu dois bien savoir ce qui s'est passé?

— Non. Que s'est-il donc passé qui l'irrite ainsi ?

— Il y a bien de quoi... M. de la Bérinière s'est battu en duel ; il a reçu un grand coup d'épée... et, un peu plus, on me le luail !...

— Ah! mon Dieu ! et avec qui s'est-il donc battu?

— Tu me le demandes!.. Tu le sais bien; d'ailleurs, c'est facile à deviner.

— Je ne le devine pas, cependant.

— El quel autre que Gustave... furieux de ce que je lui aie préféré le comte?...

— Gustave!... mais ce n'est pas possible... Il y a huit jours qu'il a quitté Paris... il est venu nous faire ses adieux ; et M. de Raincy, qui revient d'Angleterre, l'y a rencontré.

— Userait possible!., ce n'est pas Gustave?.. Mais qui donc alors... à moins que ce grand bretteur... qui s'est déjà battu avec Auguste?..

— Oui... ce doit être lui.

— Ah çà 1 mais il a donc le diable au corps, cet homme-là?... Comment 1 dès que je sui.s mariée, ou que l'on va m'épouser... il arrive avec sa flamberge !... Mais c'est odieux ! Ah! ce M. Cherami!... Moi, qui lui avais fait des politesses... qui l'avais engagé à venir me voir !...

— Comment! tu l'avais engagé?... Un homme qui s'est baliu avec ton mari !...

— iih bien! qu'est-ce que cela fait?... Tu sais bien qu'ils s'éiaient raccommodés... Enfin, je vais aller savoir des nouvelles de ce pauvre comte... Aujourd'hui on pourra le voir peul-élre, et j'^ saurai comment est arrivé ce duel. Ah! mon Dieu! si M. de la Biirinière allait mourir... je serais veuve une seconde fois... et sans ôiie comtesse!..

Fanny laisse Adolphine, qui est bien troublée, bien agitée par ce qu'elle vient d'apprendre. La jolie veuve se fait conduire chez M. de la Bérinière. Le médecin a levé la consigne; on peui

Toir le blessé à condition de ne le faire parler que fort peu La jeune femme se présente avec toutes les démonstrations du plus vif intérêt; e'.le pousse de grandes exclamations, de gro« soupirs, elle cligne si souvent des yeux qu'elle parvient à «les rendre très-rouges. Le comte sourit à sa jolie visiteuse et lui tend la main Celle-ci prend cette main qu'elle presse contre sa poitrine en s'écriant :

— Si l'on vous avait tué, je ne vous aurais pas survécu !.. Mais quel est donc le barbare?... Comment est survenu ce duel?

— C'est qu'on m'a défendu de beaucoup parler, murmure le eomie d'une voix faible.

— Ah! c'est juste... excusez-moi... ma curiosité est bien natu relie!. ..Rien que deux mots... Est-ce avec... mon ami d*enfance que vous vous êtes battu ?

— Non... c'est un monsieur de ses amis... qui se nomme Chcrami.

— M. Gherami! Ah!.,, le vilain homme!... C'est déjà lui... avec Auguste... Mais que lui ai-je donc fait, à cet homme? ou plutôt que lui ont fait ceux que j'aime?... Enfin, cher comte, vous guérirez, cela ne fait pas de doute; alors, à force de soins, d*amour, j'espère vous faire oublier uf» incident dont je suis la première cause... '

h — Ce ne sera rien?...

I — Non, certainement, cela ne sera rien... Oh ! Dieu !... Si la

^blessure avait été dangereuse... S'il m'avait fallu craindre pour

vos jours... je ne sais pas ce que je serais devenue!... Ah ! c'est

lorsqu'un malheur arrive à ceux qui nous sont chers, que nous

sentons... combien ils nous sont chers !

— Vous êtes trop aimabie!

— Soiitïrez-voua?

— Peu... mais je suis extrêmement faible.

— Je vous quitte, car, malgré moi, je pourrais vous faire parler et cela vous fatiguerait. Au revoir, mon cher comte... tous les jours je viendrai... ou j'enverrai pour avoir de vos nouvelles...

— Merci mille fois!...

— Que mon souvenir vous tienne compagnie, comme le vôtre me sera lioux .

Et la petite temme s'éloigne en se disant :

— Mon Dieu, qu'il est vilain au lit !

314 MOiSSIEUR CHERAMI

CHERAMI VEUT RÉPARER SES BEVUES.

Trois semaines so passent. Le comte commence à se lever et à marcher dans sa chambre: cependant il est encore irès-faible, et le sang qu'il a perdu par sa blessure semble avoir emporté tout ce qu'il avait encore de jeune, de vif et d'aimable. Fanny a été U voir presque tous les jours, bien qu'elle s'ennuie considérablement pendant tout le temps qu'elle passe près du blessé; maiselleabien soin de cacher son ennui, Je dissimuler ses bâillements ; elie feint, au contraire, un redoublement de tendresse; elle tiouve surtout la convalescence bien longue, d'autant plus longue qu'elle remarque le changement qui s'est opéré dans l'humeur de son futur époux, oui semble avoir vieilli de dix ans en quinze jours.

Cependant le comte est bientôt en état de sortir en voiture ; alors Fanny murmure, tout en baissant les yeux :

— Je crois que nous pourrons incessamment fixer le jour qui doit nous unir à jamais.

Mais M. de la Bérinière hoche la tête en répondant

— Oh! je ne suis pas encore assez fort! .. Et la petite veuve se dit :

— J'ai bien peur qu'il ne le soit plus jamais... assez fort!... Les choses en sont là, lorsqu'un matin la bonne de madame

Monléard vient annoncer à sa maîtresse que M. Cherami demande s'il peut avoir l'honneur de lui parler.

— M. Cherami!... s'écrie Fanny. Quoi! cet homme ose s^^ préscnlcr chez moi!... mon mauvais génie!... mais n'importe! J^î suis curieuse de savoir ce qu'il veut me dire... Faites entrer ce ujunsieur.

Cherami, qui a eu soin de faire une élégante toilette, se pré' sente d'un air souriant, en disant :

— Siadame Monléard n'attend pas ma visite...

— Uh! non, monsieur, assurément. Après ce qui s'est passé entre vous et M. de la Bérinière, je ne vous aîiendais pas chez

MONSIIJIUR CHERAMI 315

moi; mais, puisque vous voilà, je pense que vous voudrez bien jne dire pourquoi vous avez ainsi provoqué une personne que VoTus ne connaissiez pas et qui ne vous avait rien fait?...

— Mon Dieu! madame, vous devez bien le deviner... Je voulais venger ce pauvre Gustave que vous jouez... comme un macaron.

— Eh) monsieur, quelle rage avez-vous donc de vouloir prendre fait et cause pour Gustave?... Vous voyez bien qu'il ne songe pas à se battre, lui ! il se soumet aux événements, il est gentil, il ne se fâche pas; il part, et voilà. tout. Mais vous !... Et votre conduite est d'autant plus blâmable, que dernièrement... lorsque je vous rencontrai, vous m'avez fait mille offres de service... Vous m'avez assuré que vous seriez enchanté de pouvoir m'être agréable I... Et, pour m'être agréable, vous allez, à propos de rien, provoquer chez lui M. de la Bérinière, vous le forcez à se battre, et, lorsqu'il allait m'épouser, vous lui donnez un coup d'épéel... Ah! si ce sont là les services que vous vouliez me rendre, je vous dispense de m'obliger à l'avenir.

— Je commence par vous répondre, madame, que je reconnais ma faute... J'ai cédé à un premier mouvement de vivacité; mais j'ai eu tort... J'ai bien compris, depuis, que j'avais fait une énorme brioche; et je viens humblement vous demander mon pardon...

— Vous avouez vos torts... c'est fort bien ! mais ce qui est fait n'en est pas moins fait.

— Le comte est guéri ; il sort déjà en voilure ; je le sais.

— Oui, le comte commence à sortir ; mais il n'est plus le môme... Son humeur est totalement changée... il a perdu sa gaieté, son ton léger, badin... C'était un jeune homme ; aujourd'hui, c'est un vieillard... Lorsque je lui parle de notre mariage, il me répond : « Mes forces ne reviennent pas!... » Enfin, il n'a plus l'air d'être amoureux de moi, et c'est vous, monsieur, qui êtes cause de cela.

— Eh bien! madame, si j'ai fait le mal, je veux le réparer... Le comte redeviendra amoureux... galant... empressé de vous épouser, car je veux maintenant qu'il vous épouse, et, par la sambleu 1 je réussirai... j'ai mon lièvre!...

— Vous avez un lièvre?...

— Ceci est un petit mot d'habitude... je veux dire que j'ai mon projet.

— Est-ce bien vrai, ce que vous me dites là, monsieur?... Avez-

vous réellement envie maintenant de me voir épouser M. de la Bérinière?...

— Madame, les femmes m'ont souvent trompé ; mais, moi, j'ai toujours été franc avec elles... pour ne pas leur ressembler. Je n'ai aucune raison pour vous mentir.

— Et comment fercz-vous pour que le comte redevienne ce qu'il était?

— Fiez-vous à moi!... Seulement, il faut que je puisse êire reçu chez M. de l.i Bcrinicro... Si je m'y présente, il n'est i as dit qu'il voudra me voir. 11 faudrait que vous eussiez la borné de lui dire quelques mots en ma faveur... que je reconnais mes torts, et voudrais lui faire mes excuses... que je vous ai priée d'intercéder pour moi.

— S'il ne faut que cela... soit! Tantôt, j'irai voir le comte; venez demain matin, vous connaîtrez sa réponse... Si elle est favorable?...

— Dans huit jours tout sera fini, et vous serez comtesse.

— En vérité?... Mais quel moyen emploierez-vous?

— Ne vous inquiétez pas, je vous dis que j'ai mou lièvre.

tE SPÉCIFIQUE DE LA COUSINE.

Vers le milieu de la journée, la jolie veuve se rend, suivant 8C3 habitude, chez M. de la Bérinière qu'elle trouve établi dans son fauteuil à laVoltaire, et buvant une infusion de tilleul.

— Comment allez-vous aujourd'hui, mon cher comte? demande Fanny en s'asseyant près c^u convalescent.

— Tout doucement, belle dame, je vous remercie... la blessure est parfaitement guérie ; mais ce sont les forces qui ne reviennent pas vite...

— Et que buvez-vous là?

— Une infusion de fleurs do tilleul...

— Est-ce que vous croyez que c'est cela qui vous redonnera des forces?...

— Mon médecin dii que cela est très-bon... Cela calnr-

— Il me semble que vous êtes bien assez calme... Tenez, comte, je n'ai pas grande confiance dans votre médecin?...

— Vous voyez cependant qu'il a guéri ma blessure.

— Votre blessure devait se guérir... ce n'était pas uni' maladie; mais, maintenant, au lieu de vous faire prendre une nourriture fortifiante, il vous met à la tisane... à la viande blan::he ; il vous traite comme un enfant 1...

— Vous avez peut-être raison, belle dame... Le fait e i qu'il me tient bien longtemps au régime..-, sous prétexte qu'il faut de la prudence!...

— Si vous l'écoutez, dans six mois vous serez encore en trai;ement... Mais laissons cela : je me suis chargée près de vous d'une commission... assez singulière...

— Qu'est-ce que c'est, belle dame?...

— Ce monsieur avec qui vous avez eu ce duel...

— M. Cherami?

— Justement. M. Cherami s'est présenté ce matin chez moi...

— Ah bah 1 est-ce qu'il voulait aussi vous provoquer?

— Oh nonl... bien au contrairel... Ilvenait me demander pardon de sa conduite. . Il reconnaît ses torts... il est désolé de ce qu'il a fait, e^ juiu.', :'. dem. ide la faveur de venir vous offrir ses excuse?, cl -v/ù.-. c-i .imer la joie qu'il éprouve de voire gué-

— Pardieul voilà un singulier original!,.. Il veut se battre pour son ami...

— Oui... c'était un moment d'exaspération !..

— Et, maintenant, il en est fâché!... Mais je ne lui en veux pas du tout, moi, à ce monsieur... Il tire très-bien.-. Oh! c'est une excellente iame !...

— Et voulez- vous lui permettre de vcûlr vous offrir sci regrets?...

— Ma foi ! écoutez, je le veux bien ; mais c'est à condiiion qu'il me dira ce que c'étaient que les deux témoins qu'il avait amenés avec lui... Vous ne pouvez pas, madame, vous faire une idée de ces deux hommes ! qui, certainement, ne s'étaient jam us trouvés à pareille fêle... C'était à pouffer de rire!... De Geivier 6 en amusait beaucoup; mais Maugrillé était sur le point de se

fâcher; il voulait se baltre avec eux... Je vous assure que c'était fort drôle!...

— Alors vous permettez à M. Gherami de venir vous voir?

— Oui, à la condition que je viens de vous poser.

^ Ceci est, je pense, bien facile : demain malin, ce monsieur doit venir chez moi savoir votre réponse, je vous l'enverrai.

— Soit! Ce M. Cherami m'a paru, d'ailleurs, aussi spirituel qu'original.

Cherami ne manque pas de se rendre le lendemain chez madame Monléard, qui lui annonce que M. de la Bérinière consent à le recevoir à la condition qu'il lui dira quels étaient ses témoins.

— Et maintenant, ajoute la jeune veuve, comment comptezvous faire pour rendre au comte sa santé et sa belle humeur?

— Soyez tranquille , madame , répond le bel Arthur , ceci me regarde; le comte a besoin d'être remonté au moral comme au physique... C'est une vieille pendule qui ne marche plus... mais tant que le grand ressort n'est | oint cassé, il doit y avoir de la ressource ; je le' ferai marcher.

En sortant de chez Fanny, Cherami prend un cabriolet et se fait conduire au Palais-Royal ; il entre chez Corselet et se fait donner une demi-bouteille de Chartreuse, qualité superfine; puis il arrache l'étiquette, le cachet, tout ce qui pourrait faire reconnaître la liqueur, met la bouteille dans sa poche et se fait mener rue Ville-l'Évêque, en se disant : — C'est très-cher; mais on ne saurait faire trop de sacrifices quand il s'agit d'assurer le bonheur d'un ami... Il ne me reste plus que cent cinquante francs sur les mille francs de Gustave ; mais je les dépensera» de grand cœur si cela décide notre vieil amoureux à se mari( r avec la petite veuve.

On annonce à M. de la Bérinière que M. Cherami demande la faveur de le voir.

— Faites entrer, dit le comte.

Cherami, élégant et parfumé comme aux beaux jours de si fortune, se présente devant le comte, qui fait quelques pas ver lui.

— De grâce, monsieur le comte, ne vous levez pas!... On m'; dit que vous étiez encore faible... et je suis déjà trop heureu> que vous vouliez bien me permettre de vous présenter mes hom-

mages et mes excuses pour la folle cooduile que j'ai tenue avee k vous.

— Ne parlons plus de cela, monsieur Cherami; vous vouliez avoir un duel avec moi, vous l'avez eu... c'est une affaire terminée. Asseyez-vous donc... et dites-moi un peu, entre nous, quels étaient ces deux... particuliers qui vous servaient de témoins? Vous conviendrez que leur tournure... toutes leurs manières étaient bien comiques... et je jurerais que c'était la première fois qu'ils assistaient à un duel.

— Ma foi, monsieur le comte, c'est la vérité; mais que voulez-vous ! Toutes les personnes sur lesquelles je complais m'ont manqué, je n'avais plus le choix; j'ai diacide, quoique avec peine, ces deux industriels à m'accompagner sur le pré.

— Qu'est-ce qu'ils font, ces individus-là ?

— iMonsieur le comte, l'alné fait le commerce des eaux du Moni-Dore sur une assez vaste échelle ; le plus jeune est son commis.

— Ce sont des Auvergnats?

— Oui, monsieur le comte.

— Je l'aurais parié!... Du reste, le plus jeune est très-fort, à ce qu'il paraît, car on m'a dit quMl m'avait porté tout seul dans ses bras jusqu'à ma voilure.

— Cela est vrai... il est très-robusie... Et monsieur le comte est parfaitement guéri de sa blessure ?

— Oui, elle est cicatrisée. Cependant, voilà déjà six semaines de notre rencontre... et mes forces ne reviennent pas...

— Monsieur le comte, voulez-vous me permettre de vous faire une offre?

^- Voyons, de quel genre est votre offre ?...

— Je me suis battu assez souvent dans ma vie.

— Oh! je le crois...

— J'ai été blessé quelquefois.

— Vous lirez cependant fort bien... mais il y a des coups de maladroit !...

— Eh bien, monsieur le comte, une bonne vieille cousine qui m'aimait beaucoup, malgré mes folies, m'avait fait cadeau d'une Kqueur avec laquelle, après la blessure la plus grave, j'étais sur pied en fort peu de temps.

— Ah! diable I

— J^ me suis servi de cette liqueur toutes les fois que j'ai été bless(? et jamais l'effet n'a manqué...

— El de quoi se compose cette liqueur ?

— Je l'ignore, c'était le secret de ma vieille cousine ; elle est mono sans tre l'avoir confié... Mais cela ne peut être que trèssain, puisque cela m"a toujours guéri.

— L!st-ce que vous avez encore de celte liqueur?

— J'en ai conservé précieusement quelques demi-bouteilles, et en voici une que je me suis permis d'apporter, dans l'espérance que monsieur le comte aura confiance en moi...

— Ma foi ! pourquoi pas ?

— J'aurai d* abord l'honneur de la goûter avec monsieur le comte pour m'assurer qu'elle n'a point périclité.

M. de la Bérinière fait apporter des verres à liqueur. Cherami verse de sa chartreuse superfine et en avale lui-même un verre.

— C'est bon, c'est fort bon! dit le comte après avoir bu. Mais, il me semble... cela a le même goût que la chartreuse?..,

— Oh î monsieur le comte, il y a bien, en effet, un peu de rapport en buvant; mais, ensuite, le parfum... le goût n'est plus le même.

— C'est possible... J'ai fort peu bu de chartreuse ; je ne prends que rarement de la liqueur.

— Celle-ci ne vous fera que plus d'effet... C'est, je pense, un composé de simples, de plantes bienfaisantes. Ma vieille cousine allait souvent herboriser...

— Cela sent aussi le vulnéraire.

— En effet, et qui est lui-Uiême très-bienfaisant...

— C'est irès-chaud dans la poitrine... Il me semble déjà que je me sens plus fort, plus dispos...

. — Cela opère très- vite...

— Et combien faut- il on boire pour ctro parfaitement guéri?

— Mais il faut avaler celle demi-bouleille...

— En combien de temps?

— En trois jours.

— En trois jours... boire tout celai...

— Oh!... cela ne contient pas beaucoup. Buvez-en aujourd'hui quatre petits verres; demain, cinq; ap:ès-demaia, six ou sept, et ce sera fini. Mais ne parlez pas à votn^ roédicin du re-

MONSIEUR CHERAMl 321

mède de ma vieille cousine... Il ne manquerait pas d'en dire du mal; les médecins ne veulent jamais que l'on guérisse avec ce qu'ils n*onl pas ordonné.

— Je sais cela... Mais, véritablement, je me sens beaucoup mieux 1

— Prenez-en tout de suite un second verre... et les autrt9 après votre dîner.

— Voyons, je me résigne... Oh! oui, cela a un tout aoUe goût que la chartreuse... c'est plus doux !...

— Plus vous en boirez et plus cela vous semblera agréablew

— C'est charmant; votre vieille cousine vous a laissé là quel que chose de bien précieux.

— Elle passait tout son temps à composer des liqueupt. Celle-ci vous donnera aussi de l'appétit... Vous pouvez manger beaucoup et de tout ; elle ferait digérer des pierres 1

— C'est ravissant!... Parole d'honneur! je sens mes jambes qui frétillent... 11 me semble que je danserais !

— Après -demain, vous serez en état de danser. Permettezvous que je revienne dans quelques jours, monsieur le comte, savoir des nouvelles de voire santé?

— Quand vous voudrez, monsieur Gherami ; vous êtes un excellent médecin et je me trouve déjà fort bien de votre remède.

— Alors, à bientôt, monsieur le comte I... Suivez bien mon ordonnance !...

— Oh ! je n'aurais garde de l'oublier!

Gherami s'éloigne en se disant : — Il n*est pas possible que eela lui fasse du mal, ça le chauffera un peu, voilà tout; mais il eu a besoin, il tournait à la guimauve.

CM QUI DBTAIT ARRITBA.

La jeune veuve se disposait à se rendre chez le comte le lendemain du jour qu'elle lUi avait envoyé Gherami. Elle était cu- »euse de savoir si ce dernier avait déjà amélioré la santé de

son futur, lorsque sa bonne lui annonce M. de la Bérinière.

Fanny pousse un cri de surprise en voyant le comte se présenter chez elle presque aussi lestement qu'avant son duel. C'était le second jour de son traitement par la chartreuse, le comte en avait bu trois petits verres avant de sortir; cette liqueur, véritablement bienfaisante lorsqu'on n'en use que modérément, lui avait rendu la vigueur; elle avait ranimé ses esprits, et, enchanté d'un changement qu'il croyait être le retour de son état normal, M. de la Bérinière avait \oulu l'apprendre lui-même à la jeune veuve.

Fanny témoigne au comte toute la joie qu'elle ressent de le TOir rendij à la santé.

— Oui, je vais très-bien, répond M. de la Bérinière. Je reprends mes forces avec une vivacité qui me surprend moi-même. Croiriez-vous, belle dame, que c'est à ce brave M. Gherami que je dois cela?...

— Il se pourrait I... Serait-il médecin?

— Non, mais il possède une liqueur d'une vieille cousine, qui remet sur-le-champ les convalescents en pleine santé; il n'y a que deux jours que j'en prends... et je ne suis plus le même... Deiuaiu, je finirai la fiole... c'est demain mardi; et, à la fin de cette semaine, je vous conduis à l'autel. Tout sera disposé en conséquence.

— Oh! mais que je suis donc heureuse de vous voir tout à fait guéri!... Vous avez retrouvé votre amabilité, votre gaieté d'autrefois...

— Oui... j*ai retrouvé une foule de choses... et quand j'aurai pris le reste de mon élixir, ce sera un mari de vingt-cinq ans que vous aurez!...

— Mais vous n'en paraissez guère plus, aujourd'hui.

— Trop aimable, en vérité 1... J'ai voulu venir moi-même vous faire part de cet heureux changement... Je vais vous quiUer pour me rendre chez mon banquier. Il faut qu'il me donne beaucoup d'argent, car je yeux vous couvrir de parures et de bijoux...

— Ah 1... monsieur le comte, ne faites pas de folies, je vous en supplie!...

— Ce n'est point en faire, tendre amie, que de chercher à ïous plaire... Ah 1 demain, comme je ferai mes emplettes , jo

n'aurai peut-être pas le plaisir de vous voir ; mais attendez-moi après-demain, vers midi, moi et tous mes petits bibelots...

— Vous êtes toujours le bienvenu, monsieur le comte.

M. de la Bérinière s'éloigne après avoir baisé la main de la jeune veuve, et celle-ci se livre à la joie la plus vive, en s'écriant : — Enfin! je vais donc être comtesse... Ah ! ce 31. Cherami est un homme charmant!... Et quand je serai comtesse et que j'aurai équipage et quarante mille francs de rente, qu'on ne perdra pas à la Bourse cette fois, mon père ne trouvera pas que j'ai eu tort de refuser une seconde fois d'épouser Gustave ; car enfin, dans ce m'onde, il me semble qu'il faut d'abord penser à soi 1

Quand le comte s'éveille le troisième jour de son traitement il est tout surpris de se sentir presque aussi faible qu'avant d'avoir bu de la précieuse liqueur ; il ne comprend pas que la force qu'elle lui donne n'est que factice et s'évanouit avec les spiritueux qu'elle contient ; il appelle son valet de chambre, se fait donner la précieuse demi-bouteille, en boit deux petits verres coup sur coup, et se sent bientôt ranimé.

— Oh ! je boirai tout aujourd'hui I... se dit le comte, en se faisant habiller par son valet.

~ Combien la bouteille contient-elle encore de verres, François?

— Mais, monsieur le comte, je crois 'qu'il y en a encore six^ au moins, avec deux verres que vous avez bus...

— Eh bien , cela fera huit... mais je serai tout à fait dispos...

— Monsieur ne craint pas que cela ne i'échauffe trop ?

— Non, non... Des simples!... c'est très-bienfaisant!.. . Versem'en un petit verre.

— Voilà, monsieur le comte I...

— C'est bon... j'y prends goût!... C'est extraordinaire, le bien que cela me fait... J'ai envie do faire une piroueito, François...

— N'en faites pas, monsieur, cela vous étourdirait...

— Voyons, j'ai bien des courses à faire ajourd'hui, des marchands à voir... des cadeaux à acheter pour ma future... car je me marie samedi, François !

— Ah ! tant mieux, monsieur!

— Je vais dresser une liste des achats que je veux faire... la journée sera fatigante... François, verse-moi encore un petit verre.

m MONSIEUR CaERAMI

— Oui, monsieur...

— Je ne sais pas trop où je dînerai aujourd'hui... Je ne pense pas revenir ici.

— Chez madame Momléard peul-être ?

— Ob I non, ce serait lui causer de l'embarras... Je dînerai lu cabaret avec le premier ami que je rencontrerai... As-tu fait atteler?

— Oui, monsieur, votre coupé vous attend...

— Je pars... Ahl pardieul... encore un petit verre avant d* m'en aller...

— Monsieur est bien rouge déjà...

— Tant mieux ! Ce sont mes couleurs qui reviennent... Tu vas mettre la bouteille dans ma voiture, je la finirai tout en faisant mes courses.

Le comte avale son cinquième verre de chartreuse, fait une demi-pirouelle dans la chambre, manque de tomber, parce qu'il est très-étourdi ; mais son valet de chambre le retient, et il parvient, tout en se cognant à droite et à gauche, à gagner sa voilure dans laquelle il se jette, en disant :

— Je crois, le diable m'emporte I que je serais capable de grimper à un mât de cocagne.

La journée est. employée par le futur marié à visiter des magasins de bijouterie, de dentelles, dô cachemires ; il fait ses commandes, et, parmi une foule de ces jolis riens que i on :ippolie nécessaires et dont les dames ornent leur étagère, il fait un choix qui doit flatter celle qui va porter son nom. Tous ces soins on pris une grande partie de son temps; mais il a trouvé le moment de finir la demi-bouteille qu'il a emportée; il sent dans sa poitrine une chaleur inconnue; il éprouve une grande altéralion et se dit :

— Je boirai de l'eau de Seltz à mon dîner.

Sur les cinq heures, en sortant d'un beau magasin de nouveautés, M. de la Bérinière aperçoit ses deux témoins, M.M. de Maugrillé et de Gervier, qui venaient de son côté en se dannani le bras. Il s'empresse d'aller à eux :

— Bonjour, messieursl Où allez-vous ainsi?

— Mnis nous allons dîner...

— Chez des amis?

— Non, chez le premier trafteur venu, pourvu qu'il soit bon.

— Alors, vous me ferez le plaisir de venir dîner avec raoi; BOUS fêterons mon rétablissement et mon prochain mariage...

— Soitl...

— Montez dans ma voilure, nous nous serrerons un peu... Je vous mène chez Philippe ; cela vous va-l-il ?

— Parfaitement; on y est fort bien.

On monte en voiture. Durant le chemin, M. de Maugrillé regarde souvent le comte ; enfin, il lui dit :

— Êtcs-vous complètement guéri?

— Mais comme vous voyez.

— Je vous trouve le teint très-animé... vos yeux brillent d'un <5clat surnaturel !

— C'est la suite du remède que j'ai pri^... un traitement foil agréable, ma foi.

— Que votre médecin vous a ordonné?

— Non, je le tiens de mon adversaire, M. Cherami.

— Votre adversaire!... Vous l'avez revu?

— Sans douie; nous sommes les meilleurs amis du monde... C'est une mauvaise tête, mais un fort bon garçon.

— Lui avez-vous demandé quels étaient ces deux Iroquois qui lui servaient do témoins.

— Oui ; 1 un est un riche propriétaire d'Auvergne qui fait venii ici des eaux du Mont-Dore; l'autre est son commis.

— Ah ! le soi-disant Polonais... M. Cliamousky... Ah ! je les reconnaîtrai toujours ces deux gaillards-là...

On arrive chez Philippe. Le comte commande un dîner fin et des vins des premiers crus ; comme il se sent très-altéré, il juge convenable de commencer par du Champagne frappé. Ces n;essieurs fêtent le rétablissement du comie et boivent à son futur mariage; M. dcGervier, qui a l'humeur foriiiaie, vcui absolument bjirc aux doux témoins de Chorami, qu'il se tlaile de rencouirpr quelque jour ci iiuxqueis il veut acheter des eaux du Moni-Dore. Le comte ne se ménage pas, il ingurgite le Champagne en s'écrianl .

— C'est la fin de ma vie de garçon.

— Prenez garde, mon cher la Bérinière, lui dit M. de Maugrillé 'pour un convalescent, vous allez bien vite, vous ne vous mcnagi^i guère ! ..

— Je ne me suis iai»y\s si bien pp'ité.

If

^ç>Q MONSIEUR CHERAMI

Tout à eoup, M. de Gervier, qui s'est mis un moment à la fenêtre pour prendre l'air, part d'un rire homérique, en s'écriant :

— Les voilà, ce sont bien eux... je les reconnais.

— Qui donc?

— Les débitants d'eaux du Mont-Dore... Venez les voir... ils passent dans la rue... ils ont leur tonneau avec eux.

M. de Maugrillé va regarder et pousse un cri d'indignation.

— Des porteurs d'eau !... C'étaient des porteurs d'eau !...

Le comte, qui va regarder aussi, assure qu'il ne les reconnaît pas; enfin M. de Gervier reprend :

— Eh! mon Dieu !... ce n'est pas de l'eau du Mont-Dore qu'ils vendent; mais, après tout, c'est une eau qui est encore plus indispensable. Quant à moi, je trouve la chose bien plus drôle comme cela; et ce duel sera un de mes plus piquants souvenirs.

M. de Maugrillé se tait et fait la grimace. Le comte retourne à table en disant :

— Allons, messieurs, ceci ne doit pas nous empêcher de boire à mon prochain bonheur; c'est extraordinaire comme je suis altéré ce soir!

Le dîner se prolonge assez lard ; puis, enfin, on quitte la table, et chacun se sépare. De Gervier allant voir ses amours, M. de Maugrillé faire sa partie de whist, et le comte se mettre au lit... il se sent très-fatigué.

Le mercredi est arrivé; la jolie veuve attend tous les présents que son futur lui a promis, et elle se dit :

— Je me flatte qu'aujourd'hui, ce ne sera pas comme l'autre fois, je n'attendra-i pas en vain... Il ne va pas lui survenir un autre duel... personne n'a plus envie de le provoquer. M. Chertmiestà présent dans mes intérêts, il désire que j'épouse le comte... C'est singulier, comme il a tourné... il est peut-être brouillé avec Gustave; le principal, c'est qu'il a tenu sa promesse, il a rendu M. de la Bérmière à la santé, et c'est un service que je n'oublierai pas.

Cependant, midi, une heure, deux heures sonnent, et personne ne paraît, ni prétendu, ni présents. Fanny se promène avec impatience dans son appartement, en murmurant :

— Ah ! quel ennui d'allendiel... Ce n'est peut-êlre pas la faute du comte... mais, depuis quelque temps, il semble que je doive être t'^^ours contrariée

MONSIEUR CHEKAMI 3^27

Lorsque quatre heures sonnent, la jeune femme n'y lient plus, elle dit à sa domestique :

— Justine, il faut encore courir chez M. de la Bériniôre, savoir ce qu'il y a de nouveau... ce qui l'empêche de venir... je ne puis pas passer ma vie à atiendre ce monsieurf... Va, hâtetoi, prends une voiture à l'heure... Je me ruine en voitures pour cet homme... il faut espérer qu'il me dédommagera.

Justine obéit à sa maîtresse; mais, lorsqu'elle revient, c'est cocore avec une figure bouleversée.

— Mon Dieu 1 que lui est-il encore arrivé? s'écrie Fanny.

— Madame, M. le comte est rentré hier, vers dix heures, avec un violent mal de tôte... il avait dîné chez le traiteur. A peine au lit, il a eu la fièvre, puis le délire ; on a fait chercher le médecin qui a déclaré que M. de la Bérinière avait une inflammation d'intestins, une fluxion de poitrine et une indigestion... Enfin, il est très-mal.

— Ah ! Justine, suis-je assez malheureuse!... Aller se donner une indigestion au moiBent de se marier!...

— C'est impardonnable, madame!...

— El dire que cela lui arrive au moment d'en finir... Il a du TjQonde près de lui, je pense?

— Oh 1 oui, madame.

— Crois-tu que je doive y aller ce soir?

— A quoi bon, madame, puisqu'il a le délire?.. . Il ne vous reconnaiirait pas.

— Allons! j'irai demain... Ah! je suis vraiment bien à plaindre.

Trois jours plus tard, c'est un samedi; et Cherami se rend rue Ville-l'EvCque en se disant :

— Voyous quel a été l'effet du loiiique que j'ai donné à ce cher comte. C'est dimanche que je suis venu... il doit être maintenant gaillard et dispos, ou il ne le sera jamais.

Suivant son habitude, Cherami ne s'arrête pas chez le concierge, il arrive dans rantichambre du comte et y trouve le valet de chambre qui lient un mouchoir sur ses yeux.

— Qu'y a t-il donc, et comment se porte votre maître, mon ami ?

— Monsieur le comte est mort cette nuit, répond le valet eo soupirant.

528 MONSIEUR CHERAMl

-Mort! s'écrie Cherami. Que me dites-vous là t. .. Mort si me!... Et de quoi diable est-il mort?

-l'inflammation., indigestion... fluxion... D a prU le Ut mardi soir., le médecin l'a tout de suite condamné.

— Pauvre comte! Ah! cela me fait vraiment de la peiae! El Cherami s'éloigne en se disant :

— Nous avons peui-être un peu trop chauffé le four.

LB RETOUB d'uLTSSB.

Un mois s'est écoulé depuis la mort du comte de la Bérinière. Est-ce chagrin? eslKie dépit? madame Monléard s'est renfermée chez elle, et, depuis ce temps, elle n'a été voir personne, pas même son père, pas même sa sœur. Elle doit bien savoir cependant qu'Adolphine serait la première à compatir à ses peines; mais les gens insensibles ne croient jamais à la sensibiliié des autres et, si Ion a l'air de les plaindre, ils sont persuadés qu'au fond du cœur on se réjouit de leur malheur. Le proverbe a raison : on jnge les autres par soi-même.

M. Batonnin, qui était toujours instruit le premier de ce qui arrivait de fâcheux à ses amis et connaissances, avait bien vile appris la mon du comte et s'était rendu sur-le-champ chex M. Gerbault pour lui dire :

— Savez-vous révéï.ement cruel, le malheur qui arrive à voire tille aînée?... Lecomtedela Bérinière vient de mourir... et avant de l'avoir épousée.

— Il me semblo, avait répondu le père de Fanny, que le malheur est plutôt pour le comte que pour ma fille.

— Sans doute., mais, après tout, le co:i.to n était plus jeune; tandis que madame voire fille allait être comtesse, avoir quarante mille francs de renie, et > crois qu'en l'épousant le comte la faisait d'avance son hérilièrc... On ne trouve pas de ces maris- là tous les jours!...

^ MONSIEUR CHERAMl 3-29

— Monsieur Balonnin, c'est bien triste de spéculer sur la mort de la personne que Ton épouse!

— C'est vrai, c'est triste, mais ça se fait.

-^ Vous direz tout ce que vous voudrez, ce n'est pas ma fille qte je plains.

— Vous m'étonnez !

Adolphine, ne voyant pas venir sa sœur, s'était rendue chez elle; mais, chaque fois, le concierge lui avait crié :

— Madame Monléard est sortie ! et la jeune fille avait compris qî'.e sa sœur ne voulait point recevoir sa visite.

Un matin, Gherami se disposait à sortir, lorsque madame Louchard mon'e lui dire d'un air mystérieux : — 11 y a en bas une personne qni demande si vou^ êtes visible, et je venais m'assurer que vous éiiez habillé de pied en carpe.

— Et quelle est donc celte personne qui fait tant de manières pour monter chez moi ?

— C'est une dame jeune et jolie.

— Une jeune et jolie femme qui vient chez moi!... Ah ! digne hôtesse, je me crois revenu au temps de mes prouesses.

— Je vais dire àcette dame de monter?...

— Une minute 1... Laissez-moi un peu lisser mes cheveux, faire ma raie... voir si mes favoris sont bien peignés.

— Voyez-vous, le coquet !

— Il n'est jamais défendu de s'embellir... Allez, faites montet la particulière... j'ai mon lièvre.

Une petite dame fort bien mise et d'une tournure distinguée eniro bieniôt dans la chambre de Gherami ; losrqu'elle est certaine i:::"il est seul, cHc relève son voile en lui disant : — Bonjour, tiiî.nsicur ; me reconnaissez-vous ?

~- Eh! Dieu me pardonne, c'est madame Monléard, la charm'inte veuve... Asseyez-vous donc, belle dame; excusez-moi si je ne vous reçois pr.s dans un palais... mais, pour le moment, je n'ai q'j.î c« réduit à ma disposition. Qui me procure le bonheur ûa votre visite ?

— Je voulais causer un peu avec vous... Il s'est passé un si triste événement depuis... que nous ne nous sommes vus.

— Ne m'en parlez pas l La mort de ce pauvre comte m'a tout bouleversé... je i:e voulais pas y croire...

— D'autant plus qu'il paraissait tout à fait revenu à la santé... Que lui aviez-vous donc fail prendre?

— Ah! mon Dieu! tout simplement delà chartreuse... une liqueur excellente, fortifiante... Mais il paraît qu'il avait dîné avec deux amis... qu'il ne s'est pas ménagé, que le Champagne lui a lait mal...

— Enfin, il est mort... il faut bien en prendre son parii. Seulement, c'est pour moi doublement malheureux... Je perds une grande fortune, un titre que j'allais posséder...

— C'est vrai, vous perdez tout cela !

— El puis... je perds encore... je perds... le mari avec qui j'avais rompu. . . afin de devenir comtesse.

— En effet... vous en perdez deux. .. Vous voilà presque veuve de trois maris...

— Mon Dieu ! il me semble cependant que j'étais excusable d'avoir eu un moment d'ambition... Qui n'en a pas dans ce monde? Nous tendons tous à nous élever...

— C'est la première chose à laquelle nous aspirons en naissant.

— Monsieur Cherami, êtes-vous toujours ami avec Gustave?

— Avec Gustave! Oh ! c'est une amitié à la vie, à la mort ; il n'y aura jamais de lacune dans notre amitié... C'est un garçon pour qui je me jetterais au feu.

— Ah ! c'est très-bien, cela... Et, dites moi, savez-vous s'il sera bientôt de retour à Paris ?

— Hum !... je te vois venir, toi !... se dit Cherami en se caressant les favoris.

Puis il répond : — Mais non... D'après ce que j'ai appris dans la maison de son oncle, il paraît que Gustave, au lieu de revenir en France, va se rendre en Russie, où il est probable qu'il séjournera longtemps... pout-élre un an ou deux ,. ou quatre...

Fanny tait un mouvcmer.t de dépii en disant : — Quelle idée !... Aller en Russie... un pays oii l'on gèle... tandis u on est si bien en France... à Paris surtout!...

— Ah 1 permettez... les femmes ne som pas gelées en Rus-ie. Il paraît qu'il y en a de fort jolies, d'imm^^nsémeni riches !.. Gustave est gentil garçon... il tournera la tôle à quelque boyarde, 3t fera par là un mariage entouré de diamants.

La petite veuve se lève brusquement, rabat son voile sur ses

MOxNSIEUR CHER AMI 331

yeux et dit : — Adieu, monsieur Gherami, je vous quitte.

— Quoi ! déjà ! Madame n'avait donc pas antre chose à me dire?

— Non... Franchement, je désirais avoir des nouvelles de Gustave ; mais ce que vous m'appronez... Enfin, il changera }ieutêtre d'idée... il ne restera pas en Russie, il s'y ennuiera. En tout cas, si vous apprenez quelque chose sur son compte... si vous saviez au juste où il esi, vous seriez bien gentil de me le faire savoir.

— Madame, je serai toujours heureux de pouvoir vous être agréable.

— Adieu, monsieur Gherami.

Fanny est partie, et Gherami la regarde aller en se disant ;

— Le plus souvent que je te dirais où est Qustave, si je le savais! Je crois, Dieu me paidonne, qu'elle a envie de courir après lui... qu'elle espère le repincer dans ses filets!... Ah ! il faudrait qu'il fût stupide ou ensorcelé... Mais il y a des hommes d'esprit même, que l'amour rend bêtes comme des pots. J'ai déjà menti à la petite veuve en lui disant que Gustave allait se rendre en Russie. Quand je suis allé m'informer de lui avant-hier à son concierge... qui me connaît maintenant, il m'a dit, au contraire, que l'on attendait sous peu de jours le neveu du banquier. Par la sambleu ! retournons-y, il est peut-être arrivé.

Gherami se rend en toute hâte à la demeure du banquier, et le concierge lui crie : — M. Gustave Darlemont est revenu d'hier, il est chez lui.

Alors, notre homme escalade les marches; en quelque secondes il est chez son jeune ami et commence par se jeter dans ses bras. Ge premier moment d'effusion passé, Gherami considère Gustave ôt pousse un cri en disant : — Mille tonnerres 1... Qu'esl-ce que c'est que cela ?

Gette exclamation lui est arrachée à la vue d'une larcre cicatrice qui part du front du jeune homme, coupe son sourcil gauche et se termine dans le bout de la joue.

— Gela? répond Gustave en souriant. G'est le résultat d'un duel au sabre avec un officier irlandais. Vous vous battiez pour moi ici, mon brave Gherami, c'était bien le moins que je fisse moi-même mes affaires là-bas.

— Gomment! vous saviez?... Mais laissez-moi d'abord vous embrasser encore!... Celte balafre vous sied à ravir; et mainte

J3^ MONSIEUR CHERAMI

oanl je suis enchanté que vous ayez eu ce duel, dans lequel votre adversaire u'y allait pas de main morte ; mille diables ! quelle estafilade!... Ah ! l'on ne dira plus que je me bats pour vous... cela fera taire bien des mauvaises langues. Mais à propos de micice duel?

— A la suite d'un déjeuner dans lequel on avait fort bien <récu, et où se trouvaient des artistes, des négociants ei un cfHcier irlandais. On parlait des femmes, ce sujet inépuisable de conversation entre jeune gens ; je dis que les Françaises, môme |r>s moins jolies, l'emportaient toujours pour la tournure et la irrâce sur les femmes des autres pays ; là-dessus l'Irlandais se lâche et m appelle blanc-bec!... Je lui jetai ma serviette à la figure... après cela, duel au sabre... ce fut l'arme choisie par mon adversaire ; et cette blessure fut bien longue à guérir et me retint six semaines au lit, sans quoi il y a longtemps que je serais de retour.

— Ce cher Gustave!... An ! la belle balafre!... Elle vous va fort bifen, et je vous en fais de nouveau mon compliment.

— Mais moi, ce ne sont pas des rompliments que j'ai à vous faire, ce sont des reproches 1... Dites-moi un peu pourquoi vous avez été provoquer ce pauvre comte de la Bérinière... que vous avait-il fait?

— Rien, à moi; mais il vous avait fait à vous, à qui il prenait la prétendue...

— Eh I mon ami, en y réfléchissant un peu, ne deviez-vous pas sentir, au contraire, que c'était un grand service qu'il me rendait?... Sans lui, je devenais le mari d'une femme qui n'a jamais eu pour moi la plus légère affection ,. et n'a pas craint de me laisser comme un ballot que l'on rejette quand m e occasion se présente d'en avoir au même prix de pus riches. Cette femme qui, pour prix de ma constance, des tourments qu'elle m'avait fait souffrir, n'a pas craint de me faire une seconde trahison !... Ah ! mon ami ; niais je la connais à présent, cette femme, je l'apprécie ce qu'elle vaut... Un cœur sec, égoïste, rnmpli de vanité, n'aimant que l'argent, ne reconnaissant de 11. Ho qu'à la fortune, incapable pour les autres du plus léger sacrili ■". et trouvant que tout cela lui est dû. Voilà que le aurait été h.y compa^-cî'... Ne lîols-je ;;as \\r)>i JCT.ir.ii.? reconnaissance à celui qui est cause que j'ai rompu ayf* e.às?

MONSIEUR CHERAMl 333

— Est-ce bien vousque j'entends, Gustave?... Vous, qui parlez ainsi de Fanny 1... Mais vous êtes donc enfin guéri de votre psssion pour elle?

— Oh 1 oui, bien guéri... en vérité, Gherami, que penser iez- V0U8 de moi si je l'aimais encore après la dernière insulte qu'elle m'a faite?...

— Je penserais qu'elle vous a jeté un sort... bien que je ne &ùle pas beaucoup aux sortilèges ! mais vous ne l'aimez plus, c'est le principal... Vous savez que ce pauvre comte est mort avant de l'épouser? mais pas de sa blessure... il s'est flanqué une indigestion...

— C'est très-malheureux pour cette dame; mais je vous avoue que je ne la plains pas.

— Vous ne vous doutez pas d'une chose... c'est qu'elle songe maintenant à courir après vous...

— Laissez-la courir, mon cher, je vous certifie qu'elle ne rn'at» trapera plus.

— Vous êtes bien sûr de vous ?

— Oh ! parfaitement sûr.

— C'est qu'elle est bigrement enjôleuse, la petite veuve î... Je serais plus sûr de vous si vous aviez un autre amour au cœur,

— Un autre amour! Convenez, Cherami, que celui que j'ai ressenti pour Fanny n'est pas fait pour m'encourager?...

— Toutes les femmes ne sont pas des Fanny... il y en a de tendres, d'aimantes, de bonnes... qui seraient si heureuses d'être aimées par vous,.

— Heureuses d'être aimées par moi !... Qui vous fait donc pfi'jser cela?...

— Je le pense... parce que j'en suis sûr.

— Vous êtes sûr que l'on m'aimerait ?

— Oh 1 bien mieux que cela... je suis sûr que l'on vous aime ., que l'on nourrit pour vous une passion secrète... un soniinient que Von a toujours caché, refoulé au fond du coîur, parce qu'il éîait sans espoir... parce qu'on n'était que la confidente de vos ainjurs pour une autre.

— Mon Dieul... que dites-vous? s'écrie Gustave frappé d'uu éclair subit; vous croyez qu*Adolphine?...

— Ah ! vous avez deviné... tant mieux ! cela prouve que voua aviez pressenti la chose.

— Mais non... qui fait croire qu'Adolphine pense à moi?

— Si vous n'aviez pas été amoureux d'une autre, vous, il y a longtemps que vous vous en seriez aperçu. Je l'avais déjà deviné, moi, à une foule de petites choses ; à la manière dont elle vous regardait... car une femme ne regarde pas l'homme qu'elle aime de la môme façon que les autres... j'ai fait des études là-dessus; enfin, ce qui m'a tout à fait prouvé qu'on vous aimait, c'est lorsque je me suis rendu chez M. Gerbault pour lui apprendre la fin malheureuse de ce pauvre Auguste. J'étais embarrassé pour dire l'événement, je m'expliquais mal ; alors mademoiselle Aiiolphine croit que c'est vous dont je viens annoncer la mort. Aussitôt elle pousse un cri de désespoir, elle perd connaissance... nous avons eu beaucoup de peine à la faire revenir... et il a fallu que je lui répète bien des fois : « Ce n'est pas Gustave qui est mort, » pour qu'elle reprenne ses sens; mais je me suis dit tout bas : — C'est celle-ci et non pas l'autre qui en tient pour mon jeune ami ; et j'ai bien dans l'idée que le papa Gerbault a fait les mêmes réflexions que moi.

— El pourquoi ne m'avez-vous jama dit tout cela, Cherami?

— Parce que ce n'est pas la peine de chanter un joli air à un sourd; vous étiez alors entiché de celle Fanny,vous ne m'auriez pas écouté.

— Merci, mon ami, merci d'avoir observé tout celai... Vous ne sauriez croire l'émotion que cela me cause!...

— Mais si, c'est toujours agréable de savoir qu'on a tourné la tête à une jeune et jolie fille.

— Pauvre Adolphine!... ^'il était vrai.. . Si elle m'aimait...

— Et tous ces partis qu'elle a refusés!... Il me semble avoir entendu dire que le comte aussi avait voulu l'épouser... et puis un M. de Raincy... et puis bien d'autres. Quel moiif lui faisait refuser tous ceux qui se présentaient, si elle n'avait pas un amour au cœur? et cet amour, c'est vous... et pourtant elle n'espérait pas vous épouser. Ah ! quelle différence d'avec sa sœur ! Enfin,

e vous ai dit ce que j'avais à vous dire ; maintenant, vous vous conduirez comme il vous plaira. Mais vous voilà de retour.... j'espère que vous n'allez pas repartir demain ?

— Oh 1 je ne pars plus... c'est fini, assez de voyages ; maintenant je me fixe à Paris.

— Ah!.., à la bonne heure ! vive la joie !... Mais vous savez

que votre oncle est toujours aussi coriace à mon égard?... Il me reçoit très-mal quand je lui demande une place.

— Soyez tranquille, mon ami ; maintenant que je suis ici, je m'occuperai de vous, et nous arrangerons cela.

— Très-bien ; je vous quitte, car vous devez avoir beaucoup à faire; quand vous reverrai-je?

— Venez dans quelques jours... et je vous dirai... enfin, je vous conterai ce que j'aurai fait.

— C'est entendu... Au revoir 1... Mon ami est revenu, j'ai mon lièvre 1

Page 1