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LA PANTOMIME

Le triomphe de la clownerie.

La pantomime ! La grande farandole, l'inénarrable sarabande des amuseurs, jocrisses enfarinés, danseurs de cordes, sauteurs, écuyers, transformés en bamboches aux souquenilles coloriées.

Tout à la joie, les clowns, grands et petits, arlequins et pierrots, loustics des champs de foire, lutins des mélodrames ; carnavalesque assemblage des ensorcelés de la piste.

Tout le monde au manège !

C'est la noce aquatique de l'immortel Chocolat !

La pantomime, vieille comme l'écorce ter-

rcstrc, est, dans les cirques, une institution nouvelle ou du moins complètement renouvelée, et perfectionnée même au point de faire une sérieuse concurrence aux représentations théâtrales.

Témoin cette dépêche reçue au mois de novembre dernier par un journal de Paris de son correspondant de Vienne :

« En apprenant l'arrivée du cirque Renz, qui a l'habitude de donner des pantomimes à spectacle et même des ballets, les directeurs de théâtres de Vienne, imitant l'exemple de ceux de Berlin, ont demandé à l'autorité qu'il fût interdit au cirque de rien jouer qui eût un rapport quelconque avec les représentations théâtrales. Ils ont eu gain de cause quant aux ballets qui leur auraient fait , disent-ils, une fâcheuse concurrence. »

La dépêche se termine par ces lignes réjouissantes :

« La police de son côté, toujours paternelle, fait défense aux dompteurs du cirque Renz d'introduire leur tête dans la gueule des animaux féroces. »

« Les Kroumirs » ! Tel est le sujet d'une des premières pantomimes représentées chez Priami Pierantoni, à Nancy, il y aune douzaine d'années environ.

Depuis, les pantomimes se sont rapidement succédées.

A l'Hippodrome, de Paris, nous avons eu la « Chasse » en 1878, reprise en 1887.

Le Cirque d'Hiver nous a donné la « Fête du village » puis, tout dernièrement, « Ceylan» ; et Fernando la « Guerre au Tonkin » qui fut représentée durant une tournée en province.

Cette année nous avons assisté, à l'Hippodrome, à la triomphante pantomime de « Sko-

belefï » qui avait été précédée de la « Fantasia arabe ».

Etaient-ce bien de vrais arabes, les porteurs de burnous de cette étincelante cavalcade, des arabes du désert ?

N'en doutez pas.

L'idée de la « Fantasia » une fois conçue, l'un des frères Berthier se rendit aussitôt en Algérie et entama des pourparlers avec plusieurs chefs de tribus arabes.

Il échoua d'abord piteusement.

A peine avait-il formulé ses premières propositions, qu'un bruit sinistre se répandit comme la foudre dans la population toute entière.

Que voulait-on faire des malheureux que l'étranger désirait transporter en Europe ! C'était , racontait-on dans la foule crédule^ pour les mettre à la torture, pour leur faire subir des supplices innommés, horreur !

Force fut bien à M. Berthier, dont les intentions innocentes étaient étrangement interprétées, de se retirer au plus vite, afin d'échapper ainsi aux tentatives dont sa personne eut pu être

l'objet de la part de quelque arabe ignorant et stupide.

M. Berthier ne se découragea pas pour si peu. Il se remit bravement en campagne et alla trouver cette fois la sous-population des environs d'Alger.

L'accueil fut tout autre. Plusieurs membres de cette population errante se montrèrent enchantés d'un voyage dans la capitale fameuse et acceptèrent l'engagement qui leur fut proposé.

M. Berthier en fit habiller quarante, nomma séance tenante un chef et les emmena à Paris.

Quelques-uns d'entre eux n'étaient que des cavaliers médiocres : on les exerça et l'Hippodrome put ainsi exhiber des arabes, de vrais arabes, d'autant plus vrais qu'ils sortaient d'un milieu resté absolument étranger à la civilisation.

Cette <s Fantasia arabe » où des soldats français jouent aussi un rôle important a été l'une des causes principales de l'insuccès éprouvé à Londres.

L'uniforme français et surtout les circon-

stances qu'il rappelait ont choqué messieurs nos voisins d'outre -Manche.

Ne pouvant rire de nous, ils ont préféré s'abstenir.

Les Cinghalais du Cirque d'Hiver n'ont pas besoin que je prouve leur origine ; leurs visages, gris de fer, leurs membres mal ajustés et leur démarche disgracieuse la dénonçaient assez haut.

Quant à leurs danses macabres, oh ! les pauvres gens ! Quelle folie du mouvement, quel délire de la convulsion !

Cette coutume désormais adoptée par les directeurs d'exhiber sur les pistes des naturels parfaitement authentiques et estampillés des pays où la scène est sensée se dérouler, est tout à fait excellente. L'imagination jouant toujours et partout un rôle prépondérant, si le spectacle blesse les yeux du spectateur, son imagination au moins est satisfaite. C'est bien quelque chose.

Jusqu'à présent, le Nouveau-Cirque nous a

offert, reconnaissons-le, des pantomimes très réussies.

Se souvient-on du succès obtenu par la Foire de Sévi lie ?

Les frais avaient été considérables, il faut bien le dire. Des Espagnols étaient venus de tous les points de l'Espagne, Séville, Madrid, Saint-Sébastien, pour nous apprendre leurs façons de chanter, de jouer, de danser et de s'entre-tuer ; pour nous faire admirer la ravissante Carmencita dont les poses lascives ont fait tressaillir les jeunes habitués des samedis.

Et la course de taureaux, donc ! La course du taureau, serait plus exact, du taureau aux cornes en caoutchouc.

C'est égal, avouez que la vraisemblance était serrée de près, d'autant que nous avions affaire à de jeunes vaches espagnoles — ce qui n'était pas précisément fait pour diminuer la confusion des langues.

La « Grenouillère » dont M. Saint-Phar, l'orateur de la troupe est le modeste auteur, a obtenu aussi un sérieux succès. Mais la « Noce de Chocolat » quel abracadabrant mélange de diableries aquatiques !

Ah ! l'imagination d'Agoust nous en a servi de belles, d'Agoust^ l'ancien jongleur qui a parcouru le monde en compagnie des Hanlon- Volta, et qui aujourd'hui, toujours froid, phlegmatique, mais devenu tout-à-fait correct, élégant et grave, organise avec un incontestable talent ses tourbillonnantes pantomimes.

Sa dernière composition « l'Ile des Singes » est légèrement amphigourique ; les plus robustes cervelles s'épuisent sous le coup d'inventions à jet continu.

Les nègres jouent ici un rôle prépondérant. Comment l'administration s'est-elle procurée cette flottille de « Bamboulas » sautillants et glabres ? Par un moyen auquel les petites annonces des journaux sont restées tout-à-fait étrangères. '

Agoust reçut d'abord la proposition d'un nègre, ancien pensionnaire de TEden, établissement où Agoust, on le sait, a tenu un rôle important.

Qui se ressemble, s'assemble. Ce nègre en connaissait un autre ; il l'amena au Nouveau- Cirque. Ce second en procura un troisième et ainsi, parce procédé qui rappelle vaguement à

l'esprit le fil macaronique, Agoust se trouva pourvu d'un régiment de négrillons, en nombre largement suffisant pour régler les diverses péripéties de la pantomime.

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