‹ Monsieur Clown!Chapitre 4 sur 18 · BILLY-HAYDEN · texte numérisé non relu

BILLY-HAYDEN

M. Hugues le Roux qui continue dans le journal Le Temps ses curieuses chroniques sur les forains et en même temps par occasion sur le monde des cirques, a trop bien parlé du clown Billy-Hayden pour que je ne mVmpresse pas de lui céder ici et tout d'abord la parole:

<. Cet artiste, dit-il, incarne le type du clown parleur, et un jour dans l'histoire du théâtre il tiendra, soyez-en sûr, une aussi belle place que feu Debureau.

<s Billy m'a conté son histoire. Il est né à Birmingham ; sa vocation date de la petite enfance. Un jour, grimpé sur les épaules de son père, il assista aux exercices d'un acrobate en

plein vent qui montait à la perche mobile. Ce spectacle porta à l'enfant un grand coup dans le cœur; rii'^n ne put l'empùcher de suivre la vocation qui lui était njc.

« Billy est un élève des Ménestrels. Au début de sa carrière, il a couru le monde barbouillé de noir. C'est en Allemagne qu'il eut pour la première fois la pensée de s'enfariner comme Pierrot. Du coup, il obtint un succès très vif. La finesse de son masque, jusque là perdue dans la suie, apparut subitement sous la farine. Et l'audace de tout oser vint au clown pour l'encouragement de la faveur publique. ^>

Et ailleurs M. Hugues le Roux nous dit encore :

« Billy-Hayden est un homme d'esprit ; il est en train d'écrire un ouvrage didactique sur l'éducation de l'âne et du cochon. Ce travail est plein de maximes qui, par la prud'hommie, par la hauteur des vues morales sur l'étude du tempérament de l'élève, la nécessité de la douceur et de la fermeté, du fouet et de la carotte, m'a rappelé les plus belles pages du Traité des éludes, de Rollin.

<v Le livre d'Hayden est dédié à « une sommité pédagogique » que je ne nomme point par discrétion. Voici un fragment de la préface:

V. Dans oune siècle hoù en même temps qu'aux spiritual faculties, oune si great importance est accôdée aux exercisss dé la dgymnastique, je prends la liberty d'attiré l'attenchion dé Vôtre I^ordship sour lé travail dé m.és ânes boxeurs et dé m.é cauchons sauteurs.... ■<>

« Or, savez-vousce qu'il rêve le clown, savezvous ce qu'il attend de la publication de son

m^anuscrit?

« 11 ne me l'a pas dit, mais un de ses confrères m'a vendu la mèche.

« Le soir, débarbouillé de sa farine, de son noir et de son rouge, devant sa glace, entre deux bougies allumées, Billy-Hayden, le comique excentrique, essaye quel effet produirait à sa boutonnière d'instituteur d'ânes le petit ruban violet, récompense des savants modestes.

« Et il trouve que cela accompagnerait heureusement sa calvitie, et son front de penseur. »

Billy-Hayden que tout Paris a pu voir aux Cirques d'Eté et d'Hiver, restera en effet, le type du clown parleur, lettré, bel esprit.

Il ne recherche plus les effets de dislocation qu'il considère sans aucun doute comme profondément indignes de lui. Son caractère est trop britannique pour que le clown même oublie sa gravité originelle.

De temps à autre il lance son mot dont la place au cours de son « entrée comique » a été calculée avec une attention inquiète.

Et si le compère qui doit lui donner la réplique ou lui poser des questions, les fait un peu trop attendre, Billy-Hayden avec un impertur-

blable sang-froid, une impassibilité sereine, une gravité bouffonne, se contente de lui dire : Eh ! bien?... tu dôôrs, Marseillais?

Quand Billy-Hayden est sur la piste avec sa troupe d'animaux savants, le compère est toujours là à poste fixe, car, remarquons-le en passant, les animaux pour Hayden sont l'occasion de ses plus désopilants lazzi.

C'est généralement l'âne et le cochon qui font les frais de ses entrées comiques.

— Sont-ils bien difiBciles à dresser ces animaux ? demande le compère.

— Très difficiles, répond Hayden. Très peu d'artistes y sont parvenus ; nous sommes deux seulement, moi et un autre.

— Ah 1 et. .. quel est l'autre?

— L'autre? Il est mort.

Vous ne trouverez pas le fond du sac de Billy- Hayden. N'est-ce pas lui l'inventeur de cette nouvelle scène grotesque qu'il nous a lui-même servie tout dernièrement.

Le clown revêt un costume de femme et se fait suivre d'un tout jeune comparse préalablement

enveloppé d'une gigantesque « tournure ^>, de façon qu'à un moment déterminé, Hayden s'avançant brusquement, laisse en route son vivant appendice qui reste parfaitement droite et ne tarde même pas lui-même à subir un mouvement marchant du plus haut comique.

Oh ! l'amusant Billy-Hayden !

Page 1