FOOTTIT
Ce sauteur endiablé, jeune père de famille de vingt-quatre ans, qui, revêtu d'un costume civil, ressemble comme les précédents, du reste, à un gentleman d'excellente marque, a bien le type du genre.
La tête taillée en cône dont le menton serait le sommet, le nez en bec de grue, et les joues ondulantes comme dans un rire continu, le tout surmonté d'une mèche naturelle de cheveux que Foottit, avec cet art de grimage dont j'ai parlé plus haut, fait paraître et disparaître à son gré, tel est le personnage.
Ah ! il était bien né pour la piste encore celui-là !
C'est dès l'âge de trois ans que ses dispositions cabriolantes ont pu être constatées et que la vie acrobatique a commencé pour lui.
Refusez donc votre stupéfaction en contemplant ses poses d'un autre monde, qui le feraient prendre pour un échappé de quelque planète en décomposition.
Foottit est unique en son genre ; avec un art que je n'avais point vu chez d'autres, il réunit les deux talents du clown d'abord et de l'écuyer ensuite.
Aussi la scène appelée la « parodie de l'écuyère » atteint-elle les proportions d'une colossale bouffonnerie.
Après une entrée de cheval, Foottit déclare qu'il veut remplacer l'écuyère et, à son tour, exécuter ses cabrioles sur le cheval même.
Il sort et rentre presque aussitôt, en robe courte et contrefaisant les grâces maniérées de son modèle.
Il grimpe sur l'animal et là, raide, grimaçant, forçant les gestes de l'artiste imitée, il exécute
une étourdissante contrefaçon de tous les exercices accomplis par elle un instant avant.
Foottit n'est pas bavard. Il a ses mots. Si, poussé par quelqu'un, il tombe violemment assis sur la piste, il a cassé sa « montre ». S'il est frappé par un confrère, sur la base de son individu: Ohé! ohé! s'écrie-t-il, laissez donc mon poâtrine !
Est-ce bien lui qui a inventé la farce de l'œil et de la souris !
Il arrive sur la piste en poussant des cris à réveiller un mort et de déchirantes lamentations.
— Qu'y a-t-il, clown, lui demande l'écuyer?
— Ah ! répond-il, en entrecoupant ses paroles de hoquets multipliés et de sanglots, mon malheureux frère avait mal aux yeux... il
est allé consulter un médecin oh! là là!....
qui lui a enlevé un œil pour l'arranger
horrible !... mais pendant que l'œil était sur la table... le chat l'a mangé... Heu eu eu eu! Alors le médecin a pris un œil du chat et l'a mis à la place de celui de mon frère.
Et les lamentations sinistres recommencent.
— Eh ! bien alors, clown, qu'avez-vous, maintenant tout est pour le mieux, pourquoi vous lamenter encore?
Et après que le clown a gémi de nouveau : « Mais non, dit-il, c'est à présent... bien plus mauvais... bien plus mauvais qu'avant.
Pourquoi donc, clown ?
Parce que mon frère ne peut plus dormir que d'un œil — avec l'autre, celui du chat, — il cherche les souris.
Foottit n'a pas le don des langues ; il diffère en cela d'un grand nombre de ses confrères. Il baragouine bien un peu le français, mais avec une très grande difficulté ; après trois ans de séjour à Paris il n'a pu, malgré sa jeunesse, se faire à notre langage. La plupart des mots lui échappent totalement.
S'il se rend dans un pays dont la langue lui est encore plus radicalement inconnue, à l'aide d'un guide il traduit son propre répertoire, ce
qui lui coûte peu, l'imperfection du langage étant, comme pour tous les autres, une des conditions indispensables du succès.
BIBB, SANDY, GOUGOU, MÉDRANO
BOSWELL, MONTERO, PRICE