‹ Monsieur Clown!Chapitre 8 sur 18 · JAMES GUION · texte numérisé non relu

JAMES GUION

Hé ! là, Gugusse !

Quel parisien n'a pas poussé ou entendu ce cri! La voûte de l'Hippodrome doit parfois, dans le silence de la journée, en rejeter l'écho.

Auprès de beaucoup, Guion passe pour être l'Auguste original. Nous avons vu ce qui en était.

Le fait certain^ dans tous les cas, c'est qu'il a été le vulgarisateur du rôle, si l'autre en a été l'inconscient créateur. Engagé à l'Hippodrome depuis la fondation de ce bel établissement, c'est lui qui a appris aux directeurs de cirques présents et futurs le parti qu'on pouvait tirer de ce rôle nouveau, si inexplicablement bouffon, et qui est cause de l'importance prise par lui

Dans certains cirques peu fortunés où l'on ne peut se payer le luxe d'un clown, l'Auguste règne en maître ; car il est inutile, je pense, de faire observer que la différence des prix entre les deux est grande, ce dernier n'étant pas tenu à une science aussi avancée que son seigneur et maître.

Guion, lui, l'idéal du genre, n'a, il faut le reconnaître, rien à envier à personne.

Doué d'une agilité aussi prodigieuse que peu commune, il en remontrerait au plus disloqué des acrobates, au plus fantastique des « hommes caoutchouc ^>.

Que de fois, pendant qu'à l'Hippodrome les filets s'enlevaient, Guion se laissant enlever avec eux roulait ensuite de chute en chute jusque sur la piste, et d'une hauteur à donner le vertige aux moins impressionnables.

Equilibriste, il l'est aussi Guion ! L'équilibre sur la tète, exercice auquel deux ou trois artistes peut-être sont arrivés, est exécuté par lui, aussi complètement que peut l'exiger le public le plus blasé et le plus difficile.

James Guion, qui a fait la joie du public durant de longues années, a quitté depuis peu l'Hippcdrome.

A la suite de son séjour à Londres, où ses affaires n'ont pas été des plus brillantes, l'administration a dû imposer à son pensionnaire une diminution lors du renouvellement de son engagement. James Guion n'ayant pas accepté, est parti pour Bruxelles, où ses prétentions et

ses succès n'étaient pas en rapport et qu'il a dû quitter bientôt après.

Les deux nouveaux Augustes de l'Hippodrome ne sont que d'assez pâles continuateurs de cet original et populaire artiste, prodigue et joueur aussi. Contrairement à l'habitude, James Guion a toujours gardé dans l'ordinaire de la vie un extérieur décelant un peu trop le rôle qu'il a si bien su élever ma foi ! à la hauteur d'une institution î

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