A MON PÈRE
travailleur solitaire sont plus aigus et plus menaçants que ceux des échos de la forêt.
Toutes les pies et tous les geais du voisinage s'^ ameutent^ tous les serpents sortent des broussailles en sifflant : La recherche de la Réalité est interdite.
Mais qu'une parcelle de vérité soit trouvée^ et il en jaillira une flamme vive qui mettre la joie au cœur du patient chercheur, et le paiera par un épanouissement intérieur des labeurs qu'a demandés son œuvre.
GHAMPFLEURY.
Paris, 1864.
DE BOISDHYVER
L ANCIEN EVECHE
L'évêché de Bayeux est situé dans une des parties les plus solitaires de la ville : il ne passe pas quatre personnes par jour dans la rue de FÉvêché, qui fait partie du quartier connu sous le titre général de quartier du Cloître. Les habitants de la ville désignent ainsi un groupe d'anciens hôtels appartenant actuellement à des nobles, et qui, jadis, servaient de dépendances à de grandes communautés religieuses. Le Cloître, morcelé parla Révolution, était d'une importance considérable à en juger par les bâtiments isolés aujourd'hui, qui en faisaient partie jadis : c'est-à-dire le séminaire et quelques hôtels très-vastes qui semblent sous le patronage de l'évêché. Cette partie de la ville a conservé, avec son titre, toutes les rigidités de r ancien cloître. Le silence le plus complet y règne; les volets de bois des étages supérieurs donnant sur la
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rue sont toujours fermés, et si par hasard, quelques fenêtres du rez-de-chaussée laissent apercevoir des rideaux qui témoignent que la maison est habitée, le voyageur curieux pressent des habitudes particulières et d'une autre époque, défendues par de gros barreaux de fer ventrus et rouilles, qui défient les efforts des voleurs, abritées derrière ces carreaux d'une ancienne fabrication, quelquesuns bombés comme le cul d'une bouteille à Tintérieur, verdâtres, jaunis par la poussière. Au premier étage, des hirondelles ont établi leurs nids dans les coins des volets de bois, avec l'intelligence d'observateurs profonds qui se disent: Ici nous pouvons nous établir en paix; on n'ouvrira jamais les fenêtres.
Les règlements municipaux ont respecté les habitudes tranquilles des habitants du Cloître. Chaque pavé est entouré d'un petit carré d'herbes assez longues pour faire matelas aux pieds des promeneurs; les balayeurs des faubourgs n'y promènent point leurs tombereaux, car ils n'y trouveraient rien à ramasser ; les servantes ne vont pas, comme dans les autres parties de la ville, jeter les ordures de la maison au coin des bornes; le tambour de ville n'y annonce pas non plus les arrêtés municipaux, certain qu'il parlerait pour les murs, et le crieur public, chargé de la publicité des ventes après décès, garde toute la puissance de sa voix pour les quartiers plus vivants de la ville.
Des bouquets de giroflées sauvages ont poussé comme par hasard sur les murs noirs des maisons, au-dessus des toits desquelles on aperçoit de grands arbres qui poussent en paix dans de larges cours. Dans toute autre ville, ce contraste d"un calme absolu paraîtrait plus frappant qu'à Bayeux, qui est une petite vieille ville sans commerce, n'ayant pas sacrifié aux modes nouvelles, et conservant précieusement les anciennes habitudes de la vie normande.
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C'est dans ce diocèse que fut appelé M. de Jjoisdhyver, prêtre distingué qui dut un éveché à son éloquence et u son beau caractère.
Sorti de l'archevêché de Paris, où il avait exercé des fonctions importantes, M. de Boisdhyver fut frappé de l'aspect sombre et claustral de cet éveché, enfoui dans de petites rues sombres où le soleil ne pénétre guère plus que les passants. L'intérieur du palais répondait à l'extérieur : c'était une vieille construction située entre cour et jardin, exhaussée par un large escalier de dix marches. Les murs de la façade étaient sombres comme ceux d'une cathédrale gothique; au dedans, l'humidité avait tracé sur lés plafonds et sur lès tentures ses tristes et capricieux dessins d'ocre malsaine. L'évêque précédent, qui venait de mourir, laissa partout ses traces de vieillard malade et fatigué de la vie. Le mobilier était en mauvais état, mal soigné, triste à considérer; dans l'antichambre, de grands tableaux peints avec maladresse, cependant pleins d'un sentiment ascétique bien proche du fanatisme, remplissaient l'esprit d'images désolantes. Un Christ jaune et morbide, semblable à un moulage de cire, montrait ses plaies d'où coulaient des larmes de sang à donner le frisson, car elles semblaient peintes avec du vrai sang. Il y avait peu d'appartements qui ne fussent ornés de ces cruelles représentations, sorties de l'imagination d'un homme du pays, esprit tourmenté, qui remplissait la cathédrale et tout ce qui tenait au clergé de ses peintures sombres par lesquelles il espérait obtenir le pardon de ses péchés.
Les serviteurs de l'évéché avaient pris la livrée de l'hôtel. C'étaient des êtres crasseux et gras, en mauvaises redingotes râpées, en bonnets de soie noire roussie, qui semblaient une armée de vieux donneurs d'eau bénite. Ils marchaient le dos courbé, à pas lents, jetaient des regards de côté, ayant pour unique occupation de ne pas se faire
entendre, d'ouvrir les portes avec précaution, de glisser sous les voûtes comme des ombres. Une servante âgée suffisait à l'entretien de la cuisine et de la lingerie. Elle portait un costume moitié religieux, noir et blanc, et son grand bonnet, dont les tuyaux empesés se redressaient brusquement comme un éventail déployé, laissait paraître une figure d'un jaune calme, de cette couleur particulière aux personnes sans passions, qui témoigne d'un profond égoïsme. Sa plus grande occupation venait d'une bande de lapins qu'elle entretenait dans une longue caisse de bois, l'ornement le plus apparent de la cour. Si l'on excepte les lapins qui, de temps en temps, passaient leurs longues oreilles par les fentes de la caisse, aucun être animé ne troublait le repos de cette cour. Deux fois par jour, madame Compère apportait à ses lapins une ample ration de carottes et de choux que lui fournissait le jardin de l'évêché. Dans ce jardin, elle retrouvait un être vivant : un vieux corbeau noir qui se tenait perché ordinairement sur une échelle de jardinier, et qui ne se dérangeait que pour présenter ses respects à la femme de charge et aux chanoines. Ce corbeau curieux sautait d'échelon en échelon quand il voyait apparaître le bonnet tuyauté de madame Compère, et quoique depuis bientôt dix ans il la vît faire ses provisions de carottes et de feuilles de choux, il se portait à côté d'elle en allongeant la tête, et semblait prendre un intérêt immense à cette opération. Puis, il remontait au haut de son échelle et n'en descendait qu'à six heures du soir, heure à laquelle les chanoines font leur promenade habituelle dans le jardin après leur repas. 11 sautillait derrière eux par petits bonds, et prenait peut-être autant de plaisir à leur conversation qu'aux récoltes de carottes et de choux de madame Compère.
Le jardin, dans un bas-fond, était humide et triste; de grandes allées d'arbres touffus ne laissaient pas aperce-
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voir le ciel, entretenaient l'humidité des allées moussues où se promenaient de grosses limaces visqueuses, et ne rappelaient guère la tranquillité des grands bois où des voûtes de feuillage donnent à l'homme des sensations odorantes. Le promenoir tenait du janséniste et du célibataire : du janséniste, il avait le caractère sombre, du célibataire, les côtés mesquins et étroits. Tout ce qui était fleur et décoration représentait particulièrement le célibataire bourgeois; les plates-bandes dessinées en forme de cœur, de violon, en losanges, arrêtées par un contour de buis maigres, la nature des fleurs qui remplissaient ces plates-bandes, des soucis, des pavots simples, jamais de roses, montraient un jardinier indifférent à la fête des yeux. Le jardin était bordé par une rivière aux eaux noirâtres, salies par les ateliers voisins de teinture, qui ne laissait pousser ni arbres ni gazons sur ses bords.
Tel était l'évêché quand M. de Boisdhyver arriva à Bayeux. Il parut peu convenable au nouvel évêque de laisser les bâtiments dans cet état, et il commença par faire maison nette de tous les vieux meubles qui emplissaient l'hôtel. Les revendeurs et les fripiers de la ville purent dire avec orgueil qu'ils avaient des meubles de l'évêché, et cet événement fit que pendant longtemps le prix des anciens mobiliers se tint assez ferme à Bayeux, car des revendeurs, feignant de les regarder comme des objets sacrés, faisaient mine de ne s'en séparer qu'avec chagrin comme s'ils avaient été bénits, et disaient avec un ton d'orgueil, au marchandeur récalcitrant : » Songez-y, monsieur, c'est un meuble de l'évêché, » comme ils auraient dit : « C'est un meuble de Boule. » Cette vente, jointe à d'autres circonstances qu'on trouvera plus loin, laissa une telle trace dans la tradition du pays, que les fripiers en profilèrent pour décorer tous les meubles mangés aux vers du titre de (( meubles de l'évêché )). A l'heure qu'il est, c'est-à-dire
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quarante ans après l'installation de M. de Boisdhyver, on trouverait encore à acheter du mobilier de l'évêché, aussi authentique, il est vrai, que les cannes de Voltaire.
Sans s'arrêter aux idées de luxe moderne, M. de Boisdhyver, dont l'âge ne dépassait guère la quarantaine, ne pouvait avoir les goûts, les habitudes de vivre de son prédécesseur, vieillard infirme, cloué sur son lit pendant dix ans par un asthme qui ne lui laissait pas de repos et lui interdisait le mouvement et la marche. Aussi tout le bâtiment avait été marqué de la maladie du vieil évêque : l'asthme était voyant dans les dégradations de l'hôtel, dans son humidité, dans ses murs verdàtres, dans les habits des serviteurs. L'évêché n'existait guère que de nom pour les habitants de Bayeux, qui, depuis longtemps, avaient été privés de la vue de leur gouvernement spirituel; les grandes fêtes de l'Église n'étaient plus marquées par cet appareil pompeux qu'imprime un chef à des solennités chères aux fidèles. Bien que l'évêque fût représenté par son grand vicaire et par ses chanoines, l'effet n'était pas le même : c'était un conseil de ministres sans roi. Le vieil évêque avait conservé son intelligence sur son lit de douleur, ce qui empêchait de le remplacer; mais même avant d'être atteint de la cruelle maladie qui devait l'emporter, il n'avait jamais eu les goûts de représentations et d'apparat chrétien que la petite ville de Bayeux était peu propre à faire naître.
On connut bientôt dans la cité que Monseigneur de Boisdhyver préparait de grandes choses, car il s'était retiré au séminaire le lendemain de son arrivée, ce qui ne put s'expliquer que par des travaux ou des améliorations considérables qui se faisaient dans l'évêché. Aussi, pour la première fois, put-on voir dans le quartier du Cloître quelques figures de bourgeois curieux de connaître à l'avance ce qui se préparaît dans l'hôtel; mais ils revenaient déconcertés, la grande porte étant
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fermée comme par le passé, et s'il se tramait qiiolqnos surprises au dedans, rien n'en transpirait au dehors. Ou sut pourtant que les maçons, les menuisiers, les fumistes, étaient employés à l'éveché, et le fait n'eût été que trèsordinaire s'il n'avait été question de parqueter une partie des appartements. Cela donna à jaser, car l'abolition des carreaux indiquait une tendance trés-prononcée vers le luxe. Tout se sait dans les petites villes : les intérêts se touchent de trop, près, les relations d'hier sont tellement celles de demain et de l'année prochaine, qu'un être qui cherche à échapper aux fréquentations journalières de ses concitoyens est regardé comme un ennemi plein de dissimulation, dont il est de l'intérêt commun de connaître toutes ses manœuvres.
Une grande caisse arriva de Paris par le roulage, à l'adresse de M. de Boisdhyver. Le directeur du roulage, enchaîné par des intérêts communs à tous les petits marchands de la ville, ne livra la caisse qu'un jour après son arrivée. Tout Bayeux vint faire une reconnaissance de la caisse. Qu'y avait-il dans cette caisse? Que pouvaitelle contenir? C'étaient des commentaires sans nombre. Les uns flairaient la caisse, d'autres frappaient dessus avec le doigt; tous auraient voulu revêtir l'habit vert du douanier pour, armés d une sonde, perforer la caisse mystérieuse et en connaître le contenu. Par le seul fait de cette caisse, qui occupa tellement les esprits, on s'imagine combien fut discutée la personne de l'évêque.
Il courait par la ville des portraits fantastiques de M. de Boisdhyver, qui était dépeint tantôt en jeune prêtre, tantôt en vénérable ecclésiastique aux mains tremblantes. Si les personnes les moins assidues aux services religieux s'occupaient ainsi de l'évêque, cela donne à penser quels commentaires on en tira dans les familles bourgeoises, qui ne manquent jamais d'aller le dimanche à l'église dans un but d'observations et de malins propos. Des comparai-
sons s'établirent naturellement entre l'évêque défunt et son successeur, quoique personne ne connût et n'eût aperçu encore M. de Boisdhyver ; les vieilles gens prenaient parti pour le défunt évêque asthmatique, et l'opinion générale fut d'abord défavorable au nouveau chef du clergé du diocèse, surtout quand la Compère rentra tout à fait dans la vie civile avec son corbeau et ses lapins.
Madame Compère, concierge de l'évêché depuis vingtcinq ans, se trouva couchée sur le testament du défunt évêque pour une rente de six cents livres, et cette fortune lui tourna la tète. Maîtresse absolue de faire ce qu'il lui plaisait dans l'hôtel, elle avait fini par se croire inamovihle, et cette idée fit qu'elle essaya de traiter, quelques jours après son arrivée, M. de Boisdhyver en homme qui devait oloéir à ses volontés. L'architecte du département, chargé de veiller à la restauration de l'hôtel épiscopal, ayant trouvé que la niche aux lapins produisait un fâcheux effet dans la grande cour de réception, avertit la concierge d'avoir à loger ailleurs ses animaux favoris. Madame Compère répondit en maîtresse de maison que depuis dix ans des générations de lapins avaient vécu dans cet endroit, qu'ils y étaient habitués, et qu'elle les tuerait plutôt que de les changer de place.
On porta ce différend devant l'évêque, qui fit venir madame Compère au séminaire, lui tint un discours affectueux, dit combien il désirait garder les personnes qui avaient toujours vécu dans l'évêché, et apaisa la concierge en lui donnant une indemnité pour la translation des lapins dans un autre lieu. Cette première querelle semblait apaisée lorsqu'une seconde affaire amena une rupture irréconciliable. Le corbeau avait l'habitude de se percher sur le dernier bâton de l'échelle dans le jardin. Cette échelle semblait lui appartenir; elle ne servait à aucun usage, on l'eût dit appliquée contre le mur uniquement pour le corbeau; aussi, depuis dix ans d'exposition
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à Tair, à l'humidité, à la pluie, s'était-elle changée en bois pourri sur lequel un oiseau seul pouvait grimper avec sûreté.
L'architecte ayant avisé cette ruine, donna ordre à ses ouvriers de l'enlever ; mais, du haut de l'échelle, le corbeau, comprenant que son observatoire était menacé de destruction, regardait les ouvriers avec inquiétude, penchait le bec en bas, et secouait ses ailes effarées et furieuses ; quand il s'aperçut que ses colères étaient inutiles et qu'il aiguisait en vain son bec contre le bois sans effrayer ses ennemis, il poussa de tels cris que madame Compère accourut à son secours, croyant que les jours de l'oiseau étaient menacés.
—Je vois bien, dit-elle, qu'on cherche tous les moyens de me chasser d'ici, mais je n'ai besoin de personne... Vous pouvez dire à votre évêque, monsieur l'architecte, que je quitte l'hôtel dès aujourd'hui. Nous verrons comment il s'en tirera sans moi... Il ne trouvera pas de personne aussi honnête que moi, je vous le garantis... C'est une honte de chasser une pauvre femme après vingt-cinq ans de service, sous le prétexte qu'elle a quelque pitié pour des animaux du bon Dieu... Mais c'était entendu d'avance, votre évêque voulait faire maison nette ; on commence par moi, d'autres suivront...
Madame Compère parla ainsi longtemps sur ce ton, quoi que lui dît l'architecte ; mais, sans vouloir l'entendre, la femme de charge, blessée jusqu'au vif, déménagea dans la matinée le peu de meubles et de bardes qu'elle possédait, et vint dans la ville louer un taudis où elle installa les lapins et le corbeau. Sans que M. de Boisdhyver s'en doutât, le pépin du mécontentement était semé dans une terre fertile et allait donner en peu de temps un arbre touffu.
Madame Compère, par ses relations avec le nouvel évêque, fut d'abord recherchée des curieux, et ne manqua
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pas de déblatérer contre le prélat, qui arrivait avec un arsenal de réformes. Il y a toujours autour du personnel des églises un troupeau de dévots et de dévotes chez lesquels la religion n'a pu faire germer la mansuétude. Ces dévots se rattachent à tout ce qui touche au clergé; ils sourient au bedeau, connaissent le suisse, causent volontiers avec les gens attachés à l'église, sont friands de nouvelles de sacristie, ne jurent que par les prêtres. Depuis dix ans madame Compère leur donnait officieusement le bulletin de la santé du précédent évêque, et pour se hausser dans l'opinion, se posait plutôt en gouvernante qu'en femme de charge. Aussi jouissait-elle d'une grande considération parmi les vieilles filles, qui enviaient sa position auprès de Monseigneur. Les bigotes prirent hautement le parti de madame Compère, qu'on plaignit comme une victime, et qui fut traitée en reine exilée ayant conservé toute sa puissance.
Les cadeaux et les offres plurent chez l'ancienne concierge en manière de protestations, comme les souscriptions politiques que font les adversaires d un gouvernement; on proposa à madame Compère d'élever ses lapins, première cause de sa disgrâce. Vers six heures du soir, quand le groupe des mécontents était rassemblé, on tirait les animaux de leur niche, et bien qu'une violente odeur de choux se répandît dans l'assemblée, chaque dévote embrassait les lapins, qui auraient préféré qu'on les laissât en paix; toutes les éphitètes d'amour, telles qu'en ont les vieilles filles dans leur répertoire, furent accordées aux lapins, regardés comme des martyrs.
— N'est-ce pas une indignité ! disait madame Compère en saisissant un de ces animaux par ses longues oreilles et en le balançant devant l'assemblée. Dire qu'on m'a forcée d'emmener une mère dans cet état !
Les dévotes se récriaient, et les accusations les plus noires retombaient ainsi sur la tète de M. de Boisdhyver.
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Quant au corbeau, perché sur un armoire, il planait sur l'assemblée des vieilles filles et paraissait regretter le beau temps où, du haut de son échelle chérie, il suivait les variations des nuages et de la température, les mille petits drames qui se passent dans un jardin entre les insectes et les fleurs.
Les vieilles filles donnèrent le ton à Bayeux sur le compte de M. de Boisdhyver, et quoiqu'elles fussent connues par leurs âpres mécontentements du présent, l'opinion publique ne laissa pas que d'en être influencée. On en conclut que le premier acte de l'évêque, en prenant possession de son hôtel, avait été de renvoyer inhumainement d'anciens serviteurs.